‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 172 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nous avons vu, dans la première partie, la dévotion au Sacré-Cœur se constituer dans les révélations de Jésus à Marguerite-Marie, et s'ouvrir devant elle de grandioses perspectives d'avenir. Il nous reste à situer cette dévotion dans le développement historique, à dire l'activité apostolique de la Bienheureuse et de ses premiers collaborateurs, à voir s'épanouir la dévotion qu'elle avait reçue du ciel

Etat de la dévotion vers 1674.

Coup d'œil sur le passé. Quelques contemporains : Houdon, etc. Les emprunts de la Bienheureuse, son originalité.

Marguerite-Marie n'a pas eu à inventer la dévotion au Sacré-Cœur, elle existait déjà. Avant de se révéler à elle, Jésus avait découvert son cœur à des âmes de choix et leur en avait montré les richesses. La piété chrétienne, en méditant sur la plaie mystérieuse du côté, y avait vu le cœur blessé, vu le refuge qu'il offrait à l'âme coupable ou harassée, et les trésors qu'il renfermait : vu la blessure d'amour dans la plaie matérielle ; vu enfin

le cœur divin tout aimable et tout aimant, symbole expressif d'amour, résumé vivant des vertus et de la vie du Christ. L'objet du culte était donné. Le culte lui-même existait, avec la plupart des pratiques. Les ascètes étaient venus après les mystiques : ils avaient, sinon organisé la dévotion, au moins indiqué les divers éléments qui devaient en faire le fond, signalé divers exercices qui lui convenaient. Le P. Eudes enfin avait présenté le Sacré-Cœur aux foules, d'abord dans et à travers le cœur de Marie, puis dans une fête spéciale du cœur adorable, de sorte que, ici comme ailleurs, on allait naturellement de Marie à Jésus.

Le culte existait donc, très net pour quelques âmes privilégiées, qui en vivaient ; mais un peu confus, tel qu'il se présentait aux foules dans les livres et dans la prédication du P. Eudes et de ses disciples, mêlé aussi d'éléments caducs, qui ne pouvaient entrer dans le mouvement de la piété chrétienne. Ce mouvement même était peu étendu ; il ne se dessinait pas d'une manière précise, et il est probable qu'il ne se fût guère répandu dans l'Église, après la disparition de celui qui l'avait produit *. C'est alors que Jésus est intervenu pour le ranimer, l'orienter, le constituer en dévotion viable, à la fois large et précise : précise dans son objet, sa fin, son esprit, quelques-unes de ses pratiques, destinées à donner le ton ; large dans ses manifestations et dans le choix de ses moyens — tout cela avec un mélange admirable d'idéal et d'ambitions les plus élevées, d'exercices les plus

1 . Nous verrons bientôt un exemple à l'appui : les Bénédictines de Lyon se rappelant vaguement qu'autrefois l' office avait été concédé à leur Ordre.

simples, d'attraits les plus vifs pour les âmes les plus diverses.

En même temps, le souffle du Saint-Esprit et l'action discrète de Jésus préparaient l'éclosion du culte. Les précurseurs s'étaient multipliés. Au moment même où Jésus va se révéler à Paray, beaucoup d'âmes vivaient encore, auxquelles il se communiquait confidentiellement, un peu comme un poète lit à quelques amis la pièce qu'il va donner au public. Dans les mêmes temps, les auteurs en parlent davantage.

On ne sait parfois s'il faut voir ici ou là une aurore, ou un rayonnement discret du soleil déjà levé ; une influence du P. Eudes ou un écho de Paray. En Bretagne, le P. Huby, mort à Vannes en 1693, fut un apôtre infatigable du Sacré-Cœur. Il faisait frapper des médailles du Cœur de Jésus et du Cœur de Marie ; il a des prières embrasées au Sacré-Cœur ; il propageait une sorte de chapelet du Sacré-Cœur admirablement mêlé, comme le chemin de croix, de méditation à la portée des plus humbles et de prière vocale. Eut-il connaissance des apparitions de Paray ? Que dut-il au P. Eudes ? Que dut-il à ses prédécesseurs ? On ne saurait le dire. La dévotion semblait éclore comme spontanément dans les âmes *.

Vers le même temps, le P. Philippe Jeningen, l'apôtre de la Souabe, recevait d'insignes faveurs du Sacré-Cœur et s'en faisait non seulement le disciple dévot, mais Fardent apôtre. Sut-il quelque chose de Paray ou du mouvement suscité en Normandie par le P. Eudes, en Bretagne par le

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