Voir Letierce, Le Sacré-Cœur, p
2. En voici la partie qui regarde directement le Sacré-Cœur : « O mon Jésus, c'est dans votre Coeur, abîme d'amour, que
je quitte mon être et tout ce que je suis ; que je consomme et anéantis mon chétif cœur et tous ses mouvements. Non, je proteste, en présence de toutes les belles intelligences du Paradis, de tous les Saints de l'Empyrée, et spécialement de mon cher Ange, de saint Joseph et de saint Jean l'Evangéliste, mon fidèle ami, que je ne veux plus rien faire du tout par mon propre mouvement ; que j'aimerais mieux mourir que de regarder un seul moment d'autres intérêts que ceux de votre Cœur glorieux ; que je veux me tenir purement comme son instrument, me laissant conduire à tout ce qu'il voudra, et ne prenant aucune part qu'à ses seules affaires. Oui, ô Cœur suraimable, Cœur précieux, Cœur inestimable, quand je devrais être privé du ciel et de la terre, je le veux, s'il y va d'un seul petit brin de sa gloire. Vous serez à jamais mon cher tout. Que je meure, que je vive, qu'il m'arrive tout ce qui pourra, n'importe. Je ne pense, je ne veux, je n'aime que vous seulement. Je ne demande rien, je ne veux rien ; tout ce que vous voulez, c'est ce que je désire. Je ne veux penser que par vos pensées, n'estimer que ce que vous estimez et ne vivre que de votre vie. Je m'unis à tous les desseins que vous avez que la Sainte Vierge, saint Joseph, les anges et les saints soient honorés ; c'est dans cette union que je suis leur esclave. O amour, ô pur amour, ô divin amour, anéantissez-moi entièrement dans vos pures et divines flammes. » Œuvres, t. m, col. 1392. Texte curieusement différent dans Letierce, t. i, p. 115 ; idem, Le Sacré-Cœur,
rares cas où nous voyions en contact la dévotion du P. Eudes et celle de la B. Marguerite-Marie. Il est curieux que lui-même ne rattache pas l'une à l'autre : on dirait qu'il a oublié Jean-Baptiste en passant à Jésus \
Voici ce qu'il écrit à son fidèle ami, M. Bosguerard : « Depuis peu d'années, notre bon Sauveur a fait connaître à une religieuse de la Visitation de la petite ville de Paray en Bourgogne qu'il voulait établir la dévotion de son Sacré-Cœur dans ces temps-ci et qu'il se servirait des Pères Jésuites pour ce sujet, qui, en effet, l'ont déjà établie non seulement en Europe, mais dans^. les Indes et le Canada. Ils en ont fait un excellent livre imprimé à Lyon, dont j'ai été touché ; et à Rouen on a fait un extrait de ce livre qui se vend chez Hérault, au
1. En fait, il n'oublie pas la dévotion eudiste. Mais il n'y a pas pour lui deux dévotions au Sacré-Cœur. A propos d'une grâce faite à la sœur Marie- Angélique de la Providence, dont il écrit la vie, il parle du divin cœur « fournaise immense du pur amour, et abîme d'une charité infinie, la source de toutes les bénédictions. » Il continue : « C'est à ce divin cœur que nous devons tous nous laisser unir... entrant dans ses saintes dispositions... C'est en ce cœur divin où l'on trouve toutes les vertus qui sont nécessaires et toutes les bénédictions du ciel et de la terre. Tous les chrétiens lui devraient avoir une parfaite dévotion, s'appliquant à l'honorer, à le bénir, à le remercier, à l'aimer et à le glorifier en toutes les manières possibles. » Parle-t-il de la dévotion telle qu'il l'a reçue du P. Eudes, ou telle qu'il l'a trouvée dans le P. Croiset ? Je ne saurais le dire. Mais si ces lignes sont antérieures à ce qu'il a pu apprendre de Paray, ce n'est pas de beaucoup ; car l'héroïne est morte en 1685. D'autre part, il est question de la fête eudiste. Il est dit que « l'on en célèbre la fête très solennellement, le 20 octobre, dans l'église du séminaire d'Evreux. » Que conclure ? Au moins ceci : dans l'âme de M. Boudon, la dévotion de Paray s'est fondue avec celle du P. Eudes comme une seule et même chose. Et n'est-ce pas parce qu'il ne les distingue pas, qu'il n'a pas songé à les rattacher ? Pour les textes cités, voir L'amour de Dieu seul, 3e partie, c. vu ; Œuvres, t. ni, col. 725.
Palais l. J'ai connu par mon expérience ce qui y est remarqué, que Xotre- Seigneur fera de grandes grâces à ceux qui auront dévotion à son sacré Cœur. Il nous faut faire de notre mieux en sa divine vertu pour coopérer à l'établissement de cette dévotion. Le Pape a accordé indulgence plénière à toutes les maisons de la Visitation qui en feront la fête, et notre bon Sauveur a révélé à sainte Gertrude qu'il réservait cette dévotion pour les derniers temps 2. »
Il tint parole. Nous le verrions rien qu'à l'entête de ses lettres. Jusque là il écrivait : « Dieu seul ! Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. » Dans ses dernières années, il écrit : « Dieu seul... dans la sainte union du sacré Cœur de notre bon Sauveur, etc. » Il en parle souvent et à tout propos. Veut-il remercier ? Il le fait par le Sacré- Cœur : « Je prie en toute humilité ce Cœur divin, infiniment aimant et infiniment aimable, que vous trouviez en lui les reconnaissances que je dois à votre obligeante charité 3. » Veut-il prêcher la paix ? Il exhorte à la chercher dans le Sacré- Cœur : « L'âme qui se repose uniquement dans ce divin Cœur possède une paix qui passe tout sentiment et que tous les hommes et les démons ensemble ne pourraient troubler. Ainsi demeurer dans
1. Le livre du P. Croiset avait paru sans nom d'auteur. L'extrait de Rouen, œuvre, dit-on, d'une Visitandine, est de 1694, ce qui peut aider à dater la lettre; l'Indulgence est celle qu'Innocent XII accorda en 1693, par bref du 19 mai.