‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 205 sur 215 · Ami de la religion, t. ni, p · texte numérisé non relu

Ami de la religion, t. ni, p

2. Voir P. Viollet, Œuvres chrétionnes des familles royales de France, Paris 1870, p. 264 ; cf. Met, livre cité, p. 278 ; Letierce, Le Sacré-Cœur, p. 389.

3. Relation inédite de l'abbé Boulangier, citée par H. Fouqueray, dans Etudes, 20 octobre 1905, t. cv, p. 163.

France au Sacré-Cœur de Jésus, et il donne un extrait très beau de l'acte de consécration *.

Les témoignages abondent de ce recours général au Sacré-Cœur pendant la Révolution. On sait que les soldats vendéens portaient ostensiblement une petite image brodée du Sacré-Cœur 2.

Le P. Lanfant, une des victimes de septembre, parle, dans une de ses lettres, avril 1791, de miracles attribués à l'image. Il dit ailleurs, qu'un seul couvent de Paris en a distribué cent vingtcinq mille, et que « les têtes les plus illustres, les têtes même couronnées, sont munies de ce pieux bouclier. » Il écrit encore, en style volontairement obscur ; « La dévotion au Cœur fait de grands progrès... Elle est regardée comme devant être le salut de l'empire. Ce n'est pas sans doute une vérité de foi, mais la piété se nourrit de cette idée. » Des détails semblables abondent sous sa plume 3.

Ces images excitaient la fureur des Jacobins, qui voyaient là un signe de ralliement contre la République, Madame de la Biliais et ses deux filles, guillotinées à Nantes le 7 mars 1794, étaient accusées principalement d'avoir distribué « à profusion des images du Sacré-Cœur et autres signes contre-révolutionnaires. » Le 19 juillet de

1. Voir A. de Beauchesne, Vie de Madame Elisabeth, t. n, p. 122. Cf. Letierce, loc. cit. p. 410 ; Alet, p. 280.

2. Une carmélite vendéenne m'assure qu'on en a trouvé plusieurs, parfaitement conservées, quelqnes-unes avec des traces de sang vermeil, enterrées autrefois avec le corps des soldats vendéens, dont il ne restait plus que la poussière, et dont les vêtements étaient également en poussière.

3. Voir H. Fouqueray, Le Père Lanfant, dans les Etudes, 20 octobre 1905, t. cv, p. 162-163.

la même année, 10 jours avant la chute de Robespierre, Victoire de Saint-Luc mourait de même à Paris, condamnée « comme religieuse et propagatrice d'images superstitieuses. » Elle était, en effet, religieuse de la Retraite à Carhaix, en Bretagne, et elle avait brodé et répandu des images du Sacré-Cœur l.

La pensée du Sacré-Cœur a été intimement mêlée, en France, durant tout le xixe siècle, aux idées de restauration chrétienne et de relèvement national.

Aux débuts du siècle, Marguerite-Marie était peu connue, avant surtout qu'on eût repris, en 1826, le procès de béatification, et l'on ne parlait guère du message au roi. Sur le culte même du Sacré-Cœur on n'avait, en dehors d'un petit cercle d'âmes choisies, que des notions confuses 2. Mais la dévotion et les désirs des captifs du Temple étaient connus : la duchesse d'Angoulême était là pour en témoigner ; des amies de Madame Elisabeth s'efforçaient de réaliser un vœu de la pieuse princesse au cœur immaculé de Marie, et racontaient une consécration faite par la famille royale, déjà captive 3 ; des écrits circulaient sous le nom de Louis XVI et de sa sœur, pleins de ces idées 4 ;

1. Voir Alet, ouvrage cité, p. 284. Griefs analogues contre les Carmélites de Compiègne, que Rome vient de béatifier.

2. Pour savoir où en était la dévotion en France, entre 1815 et 1825, lire Ami de la religion, 1819, t. xx, p. 247, La fête du Sacré-Cœur ; 1819, t. xxi, p. 289, A propos d'un livre sur le Sacré-Cœur ; 1820, t. xxn, p. 337, 384, et t. xxm, p. 241 : Sur rétablissement de la fête du Sacré-Cœur ; 1822, t. xxxiii, p. 17 : Sur une brochure contre la fête du Sacré-Cœur.

3. Voir Notice biographique sur Madame la Comtesse de Saisseval, par le P. de Ponlevoy, Paris, 1850 ; Letierce, Le Sacré-Cœur, p. 387 et suivantes, p. 406 et suivantes.

4. Paul Viollet, ouvrage cité, p. 354-355 ; Letierce, loc. cit.

une religieuse du Couvent des Oiseaux. Mère Marie de Jésus, entendait de Notre-Seigneur, le 21 juin 1823, des paroles semblables à celles qui avaient été dites autrefois à Marguerite-Marie, pour que le roi se consacrât au Sacré-Cœur, avec sa famille et son royaume *.

Cette idée de relèvement par le Sacré-Cœur ne devait pas disparaître avec les rois. Elle a vécu dans les âmes pieuses, à travers les vicissitudes de la patrie et de son gouvernement ; elle est de celles qui ont contribué à donner au siècle, dans sa vie chrétienne, le caractère que signalait Mgr d'Hulst, en 1896, en l'appelant le siècle du Sacré-Cœur 2.

Elle est déjà impliquée dans la tendance quasi instinctive qui, depuis deux cents ans, pousse les âmes dévotes à recourir au Sacré-Cœur dans les calamités publiques, et qui a suscité tant de vœux au Sacré-Cœur, tant de consécrations durant la guerre de 1870.

Elle s'associe naturellement aux idées de réparation sociale, de repentir et d'amende honorable pour les infidélités publiques et les apostasies de la société moderne. Il suffit de rappeler à ce propos la Basilique du Vœu national à Montmartre, avec son inscription : Christo ejusque sacratissimo Cordi Gallia paenitens et devota ; de rappeler la consécration faite à Paray, le 29 juin 1873, par un groupe de députés catholiques, en attendant la consécration nationale, qui, en ces temps-là, semblait tout près de poindre à l'horizon.

1. Voir Notice sur la Mère Marie de Jésus, dans la Vie de la Révérende Mère Marie-Anne, Paris, 1868. Cf. V. Alet, ouvrage cité, p. 295 et suiv. ; Letierce, loc. cit. p. 602-609.

2. La vie surnaturelle en France au xixe siècle. Dans La France chrétienne dans V histoire, 1. x, c. v, p. 633. Paris, 1896.

Paray et Montmartre, Montmartre surtout, allaient devenir un foyer vivant de dévotion au Sacré-Cœur. Que d'idées y ont germé et s'y sont épanouies, de dévouement au Sacré-Cœur ou de relèvement par ce Sacré-Cœur ! Que d' œuvres sont sorties de là, ou vont s'y retremper 1 !

Après l'idée de relèvement par le Sacré-Cœur, c'était l'idée d'hommage au Sacré-Cœur, hommage des individus, hommage surtout des groupes sociaux, en attendant l'hommage solennel de la nation elle-même 2.

Une des formes de ce recours ou de cet hommage a été le drapeau du Sacré-Cœur. Le Sacré- Cœur l'avait demandé au roi par Marguerite-Marie. La France catholique du xixe siècle a rêvé, ici encore, de reprendre l'héritage du passé, tombé en déshérence. On sait comment l'image du Sacré- Cœur servit de drapeau à Patay et combien glorieusement il fut porté en 1870, par les zouaves de Charette 3. Ce n'était pas le drapeau national, mais il le préparait, et peut-être il en donna l'idée. Celui-ci, le drapeau tricolore avec Sacre-Cœur sur la bande blanche, a fait son apparition à Montmartre le 29 juin 1890. Il était porté par une délégation du Syndicat des employés du commerce et de l'industrie. Depuis, il a été adopté par nombre d'associations particulières, et les yeux des Fran-

1. Pour les détails, voir V. Alet, ouvrage cité, c. ix, § 1» p. 319 et suiv. ; c. x, p. 347 et suiv.

2. Cf. René du Bouays de La Bégassière, Xotre culte cathotique et français du Sacré-Cœur, Lyon, 1901, surtout p. 61 et suiv., p. 83 et suiv., p. 115 et suiv. Cf. H. Bamière, Le règne social du Cœur de Jésus, Toulouse 1892 : recueil d'articles publiés dans le Messager du Cœur de Jésus.

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