Textes cités par Terrien, p. 61 et
J'ai peur cependant que quelques-uns ne soient amenés par cette idée d'emblème ou à sacrifier tout rapport réel du cœur de chair à l'amour, rapport qui est le fondement du symbolisme, ou à ne plus donner à la dévotion tonte son ampleur et toute sa portée, en restreignant par trop le champ du symbolisme et la valeur représentative du cœur. N'oublions jamais que la dévotion au Sacré-Cœur ne serait plus ce qu'elle est, si elle perdait contact avec le cœur réel, et si le cœur de Jésus n'était pas conçu comme en rapport réel avec la vie affective, et par là avec tout l'intime de Jésus.
Voici donc, si je ne me trompe, comment à peu près on peut formuler les rapports de la dévotion au Sacré-Cœur avec la science du cœur.
Le cœur de Jésus est un cœur humain parfait ; le cœur est chez lui ce qu'il est normalement chez nous.
Or nous sentons notre cœur intéressé dans nos états affectifs et jusque dans nos disposition^ morales ; nous sentons nos états affectifs et jusqu'à nos dispositions morales reliés avec certains états et certains mouvements de notre cœur. Ce n'est pas seulement par métaphore que nous disons : Le cœur me battait fort ; j'avais le cœur gros ; j'en ai encore le cœur serré ; mon cœur se dilatait : il était comme liquéfié ; cœur chaud, cœur froid, etc.
Ces expressions traduisent pour nous une réalité physiologique en même temps qu'une réalité psychique. En quoi consiste cette réalité physiologique, nous ne saurions le dire, et nous laissons aux physiologistes le soin de l'expliquer. Mais cette correspondance est pour nous un fait d'expérience, et c'est sur ce fait d'expérience que repose le
symbolisme du cœur, que repose toute la dévotion *.
Pour nous rendre compte des choses en ellesmêmes, nous recourons aux philosophes et aux savants. Les philosophes nous disent que le cœur ne saurait être l'organe d'un amour spirituel ; ils ajoutent qu'un amour pleinement humain a naturellement quelque chose de sensible en même temps que de spirituel, l'homme étant un animal raisonnable, et qu'un amour sensible doit être en rapport avec un organe corporel. Ici le physiologiste intervient, et tout en nous disant que l'organe propre de nos émotions sensibles n'est pas le cœur, il reconnaît que le « cœur, organe principal de la circulation du sang, est encore un centre où viennent retentir toutes les impressions nerveuses sensitives 2. »
Certes, il est intéressant d'entendre les savants nous expliquer ce que nous éprouvons et nous redire, ce que nous savions bien, que « l'amour qui fait palpiter le cœur n'est... pas seulement une forme poétique, c'est aussi une réalité physiolo-
1. C'est à ce fait d'expérience quiaa appollè-at tous las auteurs qui ont écrit sur la dévotion. Mgr de Pressy, par exemple, s'exprime ainsi : « Cette vérité est confirmée par Y expérience de tous les hommes... Quiconque a un cœur, et a aimé quelque chose un peu vivement, n'a besoin que de son propre sentiment pour se convaincre de la réalité des impressions que l'amour fait sur le cœur... Ce n'est pas à nous de les décrire, ces impressions ; mais sur le témoignage qu'en rendent ceux qui les éprouvent, nous ne craignons pas d'en être démentis, lorsque nous affirmons comme une vérité incontestable, que le cœur a beaucoup de part à l'amour, i Instruction sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, c. u. Œuvres très complètes de Mgr de Pressy, Paris 1842, t. n, col. 1056-1057 (édition Aligne).
2. Claude Bernard, cité par Terrien p. 137. Voir Riche, Les fonctions dp l 'organe cardiagup. c iv. p. 98 sq.
gique l. » Nous les écouterons de même avec intérêt quand ils nous expliqueront les fonctions capitales du cœur dans notre vie, et comment le cœur est l'organe central qui semble entrer le premier en activité, qui semble mourir le dernier, qui distribue partout la vie avec le sang ; quand ils nous diront que la vie végétative, et notamment la circulation du sang, dont le cœur est l'organe principal, est en rapport étroit de cause et d'effet avec la vie affective. Mais nous n'oublierons pas que notre dévotion repose sur des expériences immédiates, antérieures à la science ; elle n'est donc pas solidaire des découvertes de la science, moins encore de ses tâtonnements et de ses hypothèses changeantes. Elle se meut dans un autre domaine. Quelques faits d'expérience quotidienne suffisent pour fonder le symbolisme du cœur et pour établir qu'il est en rapport réel avec notre vie affective. Avec cela, la dévotion au Sacré-Cœur est suffisamment fondée en physiologie. La science vient après et vient à côté. Les théologiens du Sacré-Cœur l'ont oublié parfois. Espérons qu'ils ne l'oublieront plus.
1. Claude Bernard, cité par Riche, op. cit., p. 105. Voir d'autres textes, et plus récents, recueillis par M. de La Bégassière, article cité, n, col. 567-569.