‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 81 sur 215 · CHAPITRE IU · texte numérisé non relu

CHAPITRE IU

Une dévotion se spécifie surtout par son objet ; mais elle est, en elle-même, un ensemble d'idées, de sentiments, de pratiques, en rapport avec cet objet. Pour achever de la connaître, il faut donc l'étudier aussi de ce côté, en nous demandant quel est l'acte propre de la dévotion au Sacré-Cœur.

La réponse peut se déduire de l'objet et de la fin de la dévotion, cette fin étant elle-même déterminée par la nature de l'objet. Mais pour ne pas procéder uniquement a priori, nous devrons examiner aussi les textes et les faits l.

La question de l'acte propre pourrait tout aussi bien s'exprimer ainsi : Quel est l'esprit et le caractère propre de la dévotion au Sacré-Cœur, quelles en sont les pratiques spéciales suivant cet esprit et ce caractère ? On peut tout ramener à ces deux chefs : fin et acte propre de la dévotion, en expliquant l'esprit, les pratiques, le caractère.

Fin de la dévotion au Sacré-Cœur.

L'amour appelle l'amour; l'amour méconnu appelle l'amour réparateur.

Quand Jésus montrait à la B. Marguerite-Marie son cœur passionné d'amour pour les hommes, et,

1. Voir ci-de33U3, lre partie, c. ni, § '2, les textes de la- 13. Marguerite-Marie sur l'esprit de la dévotion.

l'acte propre de i.a dévotion au sacré-cœor 161

incapable de contenir plus longtemps les flammes qui le dévoraient, désirant faire part à tous des richesses infinies de son cœur, que voulait-il ? Attirer l'attention des hommes sur cet amour, les amener à lui rendre hommage, les inviter à puiser dans ce cœur infiniment riche. Si, suivant les paroles de la Bienheureuse, « il prend un singulier plaisir à être honoré sous la figure de son Cœur de chair, » quel but veut-il que nous nous proposions en lui rendant cet honneur ? Il s'agit de la fin précise et prochaine de la dévotion, non pas de la fin dernière et générale, qui est évidemment la gloire de Dieu et la sanctification des âmes.

Il veut que nous nous proposions d'honorer son amour, et d'y répondre en lui rendant amour pour amour. Là manifestation du Saoré-Cœur à la B. Marguerite-Marie est la manifestation de l'amour. On peut donc ramener toute la dévotion à ceci. D'un côté, un amour qui appelle l'amour, un amour tendre et débordant qui appelle un amour proportionné ; de l'autre côté, l'amour qui répond à l'appel de l'amour, l'amour soucieux de n'être pas trop, en reste avec l'amour immense qui l'a prévenu et qui le provoque. Si la dévotion au Sacré-Cœur se ramène, suivant le mot de Pie VI, à vénérer l'immense charité et l'amour prodigue (eftusum) de Notre-Seigneur pour nous, il est clair que c'est pour allumer notre amour à ce foyer d'amour. La chose va de soi.

Quelques textes seulement pour montrer qu'il en est bien ainsi.

La Bienheureuse écrit au P. Croiset : « Il m'était montré un Cœur toujours présent, jetant des flammes de toute part, avec ces paroles : Si tu

savais combien je suis altéré de me faire aimer des hommes, tu ne négligerais rien pour cela... J'ai soif, je brûle d'être aimé *. »

Elle avait écrit précédemment à la Mère de Saumaise : « Il régnera malgré ses ennemis, et se rendra le maître et le possesseur de nos cœurs ; car c'est sa principale fin dans cette dévotion, que de convertir les âmes à son amour 2. »

Et encore au P. Croiset : « Il me fit voir que Fardent désir qu'il avait d'être aimé des hommes, lui avait fait former ce dessein de manifester son Cœur aux hommes, avec tous les trésors d'amour, de miséricorde, de grâce, de sanctification et de salut qu'il contenait. Tous ceux qui voudraient lui rendre et procurer tout l'amour, l'honneur et la gloire qui serait en leur pouvoir, il les enrichirait avec abondance et profusion de ces divins trésors du Cœur de Dieu, qui en était la source. » Pour cela « il fallait l'honorer sous la figure de ce Cœur de chair. Cette dévotion était comme un dernier effort de son amour qui voulait favoriser les hommes en ces derniers siècles d'une telle rédemption amoureuse, pour nous mettre sous la douce liberté de l'empire de son amour, qu'il voulait rétablir dans le cœur de tous ceux qui voudraient embrasser cette dévotion 3. »

C'est bien ainsi que l'entendaient les promoteurs de la dévotion : « La fin de la nouvelle dévotion, disait le postulateur de 1697, est de payer un tribut d'amour à la source même de l'amour 4. »

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