ÏJoan. iv
entre lui et nous pour fondre ensemble la condescendance infinie qui sans déchoir descend à la plus intime familiarité, et le respect affectueux qui ose aimer simplement, sans oublier l'audace qu'il y a d'aimer si haut. Je veux indiquer certains traits plus spéciaux de cet amour, tel que le demande la dévotion.
C'est un amour réciproque et qui n'oublie jamais qu'il est aimé. S'il était tenté de l'oublier, un regard sur le Sacré-Cœur le lui rappelle aussitôt.
Cet amour réciproque est, malgré les distances, un amour d'amitié, un amour de familiarité, de fraternité intime et tendre, avec la nuance que nous avons dite. Cela tient en partie, sans doute, à ce que l'amour du Sacré-Cœur pour nous se présente comme un amour humain, sous des formes sensibles, à la mesure, pour ainsi dire, de notre cœur. Mais cela tient surtout à ce que cet amour étant celui de Jésus, du Verbe incarné, nous ne pouvons oublier qu'il a voulu être de notre famille pour nous faire de la sienne, qu'il a voulu, étant Dieu, se faire homme, pour faire de l'homme un Dieu.
jCet amour réciproque n'oublie pas qu'il a été prévenu ; que Jésus a fait toutes les avances et que lui n'a qu'à répondre. Il s'arrête donc à étudier cet amour prévenant et tout ce qu'il a fait, et il essaie, tout en sachant bien qu'il n'y arrivera jamais, de répondre aux tendresses et aux ardeurs de cet amour par tout ce qu'il a de tendresse et d'ardeur, à sa générosité par tout ce qu'il a de dévouement désintéressé, etc. Bref, il s'efforce, dans une lutte inégale, de répondre par la perfection de l'amour à l'amour parfait qui l'a prévenu.
Mais l'amour de Jésus, tel qu'il s'est montré à Marguerite-Marie, est un amour méconnu et outragé. Et c'est ce qui donne son importance à l'acte de réparation dans le culte du Sacré-Cœur. Cette place de la réparation y est telle que parfois on semble la présenter comme l'acte premier et essentiel de la dévotion. Il n'en est rien cependant.
Et d'abord, la réparation, telle qu'elle nous apparaît ici, est une réparation d'amour, non une réparation de justice ou d'expiation ; elle se traduit par l'amende honorable, qui s'adresse précisément à l'amour méconnu et outragé. L'amour vient donc en première ligne. Ajoutons que la réparation est mise au second rang dans les textes. Il y est dit que la fin principale de la dévotion est l'amour ; la réparation ne vient qu'après et comme acte spécial d'amour envers l'amour méconnu et outragé. L'amour, la consécration ou don amoureux de soi au Sacré-Cœur, la vie toute pour lui et de lui, tiennent infiniment plus de place dans les écrits et les préocupations de la B. Marguerite- Marie que la réparation et l'amende honorable. Il en serait autrement qu'il ne faudrait pas pour cela mettre celle-ci en premier Heu. Par la force des choses, elle ne vient qu'après, comme témoignage spécial d'amour.
^D'autres actes, d'autres pratiques sont chers aux dévots du Sacré-Cœur : communion réparatrice et dévotion à l'eucharistie, heure sainte et dévotion à la passion, etc. Chers à leur amour parce que demandés expressément par Jésus à ses amis fidèles, dans la personne de son amante choisie, parce que pratiqués ou indiqués par ellemême comme agréables au cœur du divin Ami,
parce que manifestations spontanées d'un amour tendre, délicat, généreux 1. Tout cela découle de la nature propre de cette dévotion. Ce sont des effets de l'amour. Rien ne lui est étranger de ce qui traduit l'amour. Mais tout ce qu'on fait et tout ce qu'on souffre s'y rapporte à l'amour comme à sa source, à l'amour comme à son terme. Lisez ce que saint Paul dit de la charité 2 : vous y trouverez comme une description de la vraie dévotion au Sacré-Cœur, parce que vous y trouverez une description du vrai amour. L'esprit de la dévotion est donc l'esprit d'amour. Toutes les pratiques en sont animées ; toutes y portent.
Partout où nous trouvons la dévotion au Sacré-Cœur, nous remarquons ce caractère d'amour.
C'est par amour qu'elle s'attache à Jésus pour y étudier son amour depuis la Crèche jusqu'au Calvaire, s'arrêtant aux faits extérieurs, mais pour y chercher les traces de l'amour : pour mieux l'aimer, elle cherche à le mieux connaître. C'est par amour qu'elle compatit à ses peines, qu'elle lui rend hommage en le voyant méconnu, qu'elle jouit de ses joies et de ses triomphes comme si c'étaient les siens, qu'elle vit de lui enfin, et qu'elle s'efforce de lui plaire, en l'aimant de plus en plus, pour lui montrer son amour, et de se rendre de plus en plus aimable à ses yeux pour contenter cet amour.
C'est aux prédicateurs et aux auteurs ascétiques qu'il appartient de développer toutes ces choses. Il fallait les indiquer ici pour aider à se
1 . Voir première partie, c. m, § 1, p. 43; § 2, p. 61-65 et suiv*