‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 87 sur 215 · I Cor., xm,^ et suiv · texte numérisé non relu

I Cor., xm,^ et suiv

L'ACTE PROPRE DE LA DÉVOTION AU bACRÉ-CŒUR 169

faire une idée plus juste et plus vivante de la dévotion.

Les âmes dévotes trouvent dans leur dévotion même de quoi s'en nourrir et s'en pénétrer. Et à mesure qu'elles s'en nourrissent et s'en pénètrent, leur dévotion grandit et devient en elles une source intarissable de considérations amoureuses, d'amour toujours plus affectueux, toujours plus agissant.

Cette dévotion comparée aux autres.

Les mystères spéciaux et le fond des mystères; les actes et le principe d'action.

Toutes les dévotions qui ont pour objet les mystères de Jésus, s'adressent à la personne de Jésus ; niais elles le visent dans un état spécial ou dans un fait de sa vie. A Noël, nous honorons Jésus naissant ; dans la passion, Jésus souffrant ; à Pâques, Jésus ressuscité, etc. La dévotion au Sacré-Cœur ne s'attache à aucun mystère spécial de Jésus, ni à aucun de ses états. Mais tous sont de son ressort, dans ce qu'ils ont de plus intime, en tant qu'elle y étudie son cœur, son amour, ses sentiments et ses vertus. Elle va donc au fond de chaque mystère pour en chercher l'âme, pour en dégager l'esprit, pour en avoir l'explication dernière. « Ainsi, disait le postulatenr de 1765, par la fête du Cœur de Jésus — il faut en dire autant de la dévotion — on ne nous représente pas seulement quelque grâce spéciale, on nous ouvre toute grande la source de toutes les grâces. On n'y rappelle pas un mystère particulier ; on propose à méditer et à adorer le principe de tous les mystères. Tout ce qu'il y a de

grâces et de mystères dans l'intime de Jésus et dans les secrets de son cœur ; tous les biens qui ont découlé pour les hommes de cet amour du très aimant Rédempteur ; tout ce que la passion intérieure du Christ... offre à notre regard et à notre amour, tout cela nous est représenté par la fête du Sacré-Cœur de Jésus, y est rappelé, y est honoré K »

On comprend, d'après cela, ce que nous disent les prédicateurs des convenances liturgiques de la fête et de sa place dans le cycle annuel, après tous les mystères spéciaux dont elle rappelle le souvenir en en dégageant comme la quintessence. On comprend ce qu'ils nous disent de l'excellence de cette dévotion, qu'on en regrade l'objet, ou la fin, ou l'acte propre.

Sans les suivre dans ces développements, contentons-nous d'indiquer comment la dévotion au Sacré-Cœur est un résumé clair et profond, une expression vive et parlante, la formule la plus heureuse de l'essence même du christianisme.

Le Sacré-Cœur et /'essence du Christianisme.

Le christianisme, religion de Jésus; le christianisme, religion d'amour. Formule excellente dans la dévotion au Sacré-Cœur.

Qu'est-ce en effet que le christianisme dans son fond le plus intime ? C'est la religion de Jésus, et c'est la religion de l'amour.

1. Replicatio, n. 20, dans Nilles, 1. i, part. 1, c. in, § 3, t. I, p. 146.

La religion de Jésus. Regardons les choses du côté de Dieu. Il ne nous connaît, pour ainsi dire, et ne nous aime qu'en Jésus, dans le seul médiateur ; il n'agrée nos hommages que présentés par Jésus ; pas d'autre commerce entre lui et nous que par l'intermédiaire de Jésus ; nous n'existons on peut dire, pour lui, dans l'ordre surnaturel, qu'en Jésus et par Jésus. Regardons-les de notre côté. Nous ne sommes sauvés qu'en Jésus ; nous ne connaissons notre Père céleste que par Jésus ; nous ne pouvons l'aimer que par Jésus ; nous ne vivons de la vie surnaturelle qu'en tant et dans la mesure où nous sommes un avec Jésus. Il est vraiment le tout de notre religion, le tout de la vie chrétienne. Eh bien ! rien ne' nous donne Jésus, ne nous le fait connaître et aimer dans son fond, ne nous met en rapport intime et personnel avec lui, ne nous fait vivre de lui et en lui comme la dévotion au Sacré-Cœur. N'est-elle pas entre lui et nous la fusion des cœurs, qui de deux ne fait qu'un ? Avec le Sacré-Cœur nous avons tout Jésus. De ce chef peut-on trouver rien de plus expressif, rien de plus efficace ? Saint Jean Chrysostome résumait saint Paul en disant : Le cœur de Paul, c'est le cœur du Christ. La dévotion au Sacré-Cœur fait du cœur chrétien le cœur de Jésus.

La religion de l'amour. On a défini la religion comme la rencontre de deux amours. Comme religion, elle n'est pas présicément cela; elle est affaire de devoir, reconnaissance des relations essentielles entre Dieu et nous, et ces relations ne sont pas, à ne regarder que la nature des choses, des relations d'amitié ; ce sont des relations de maître à serviteur, de créateur à créature. Pour que soient

possibles ces relations d'amitié entre lui et nous, il faut une volonté spéciale de Dieu nous élevant à l'ordre surnaturel, une effusion de l'Esprit d'adoption nous permettant de dire « Mon Père » à celui qui, nous adoptant, veut bien nous appeler ses fils. Mais si la religion, comme telle, ne peut pas se définir la rencontre de deux amours, le christianisme le peut, et c'est là une des plus belles idées et des plus vraies que l'on en puisse donner. Du côté de Dieu, c'est un grand effort d'amour, pour gagner notre amour. On l'a défini : une grande pitié venant au secours d'une grande misère. Mais cette pitié même d'où vient-elle ? De l'amour. Le premier comme le dernier mot des voies de Dieu sur nous, c'est l'amour^ A quoi devons-nous Jésus ? A l'amour : Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret. A quoi la passion et^la rédemption ? A l'amour : Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me. Tout le mystère de Jésus se présente comme un suprême effort de l'amour : Cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos. L'Eglise tout entière, avec ses sacrements et sa magnifique organisation pour propager dans le monde la grâce et la vérité, est une invention de l'amour ; et Dieu a voulu que la première condition du gouvernement ecclésiastique fût l'amour, l'amour pour Dieu débordant en amour sur les hommes : Amas me ? Pasce agnos meos. Il a voulu de même que la première loi imposée aux fidèles fût la loi d'amour. C'est le grand commandement. Si l'on accomplit celui-là, tout ira bien : Dilige, et quod vis jac.

Du côté des fidèles, tout se ramène également à l'amour. La loi, nous venons de le voir, se résume

dans l'amour ; la foi chrétienne, c'est saint Jean qui nous le dit, se caractérise comme la foi en l'amour : Et nos credidimus caritati. Toute la vie chrétienne consiste à vivre en Jésus par l'amour ; et la perfection chrétienne se définit par l'union d'amour et la transformation amoureuse en Jésus.

Il est donc vrai, la religion chrétienne se résume en l'amour. C'est dire qu'elle se résume dans le Sacré-Cœur, puisque la dévotion au Sacré- Cœur est tout entière dévotion à l'amour, dévotion d'amour.

Enfin, le christianisme n'est pas Jésus et l'amour, comme deux choses distinctes. C'est l'amour de Jésus pour nous et notre amour pour Jésus ; c'est l'amour de Dieu pour nous en Jésus, et notre amour pour Dieu en Jésus. N'est-ce pas redire, en autres termes, que le christianisme est tout entier dans le Sacré-Cœur ?

Sans doute, ce n'est pas là une formule nécessaire. Mais qui peut nier que ce soit une formule admirable, courte, claire, singulièrement expressive, parlant à la fois au cœur et à l'esprit, à l'âme et aux yeux % Mgr Pie le disait dès 1857 : « Le christianisme ne saurait être identifié aussi absolument avec aucune autre dévotion comme avec celle du Sacré-Cœur l. » Mgr Dubois le disait naguère, dans un beau mandement sur Le culte du Sacré-Cœur ;« Toute la religion chrétienne est là, parce qu'elle est la religion du divin amour. Notre foi croit à cet amour, raison de tous nos mystères ; notre morale y répond, ce qui est l'accomplissement de la loi. » Ce culte est donc bien, suivant

Page 1