Dans Mois du Sacré-Cœur,^ jour, p
2. Pour Denis, les textes sont moins directs; voir Franciosi, col. 27S-279; dom Bouirais, p. 183. Pour Aruoldi, Mois du Sacré-Cœur, 6* jour, p. 66*62 : pour Nicolas Kempf, ibid. 7' jour, p. 63-GG ; pour Bloemenvcnna, ibid. S* jour, p. 67-70; pour P. Dorland, dom Boutrais, p. 184.
3. Voir, dans dom Boutrais, entre la page 126 et 127, la reproduction d'une gravure, qui est dans le texte même d'un Psautier latin'et allemand, avec éclaircissements recueillis dans Denis le Chartreux, publié à Cologne en 1535. C'est une image des cinq plaies et des instruments de la Passion; le cœur blessé est au centre.
Çà et là.
Pierre de Blois. Un manuscrit espagnol. La première hymne au Sacré-Cœur. Simon de Cascia. Julienne de Norwich. La B. Dorothée. Sainte Lidwine. Saint Laurent Justinien. Françoise Romaine. Jeanne de Valois.
En dehors de ces Ordres religieux, on trouve éparses, mais nombreuses, des traces de la même dévotion. Revenons sur nos pas pour recueillir quelques textes. En voici un de Pierre de Blois, f 1200 : « Le fer... a pénétré jusqu'à son cœur, pour nous faire voir que, avec son cœur, les secrets de son cœur nous sont révélés : par l'ouverture corporelle se montrent les entrailles miséricordieuses de notre Dieu... La lance m'a ouvert le secret du Seigneur... La lance est comme la clef qui m'ouvre (pour que je voie) combien suave est le Seigneur1. » Nous sommes tout près de saint Bernard, pensée et expression. Reconnaissons-le cependant, saint Bernard et son école sont en avance sur le pieux archidiacre, pour ce qui est de la dévotion proprement dite.
Beaucoup plus nette se dégage la pensée du cœur et plus marquée la dévotion à ce cœur sacré dans un opuscule manuscrit d'un auteur inconnu du xiie siècle, intitulé Liber de doctrina cordis.
1, Pierre de Blois, Sermo 19, De cena Demini, Migne, t. CCV1L col. 618.
Ceux qui ont découvert et publié ce beau passage n'ont malheureusement que peu de renseignements sur le manuscrit et aucun sur l'auteur. Mais nous pouvons nous fier au texte qu'ils nous donnent. J'en traduis les extraits les plus significatiis : « Offre ton cœur à celui qui... le premier t'a donné son cœur afin que tu lui rendes coeur pour cœur. . . Heureux échange, où... tu gardes tout pour toi. et ton cœur et le cœur du Christ... Ne t'a-t-il pas montré la maison de son cœur [domum cordis), alors surtout qu'un des soldats lui ouvrit le côté? Ce fut une brèche en la muraille, ce fut la porte ouverte par une clef royale pour que ton cœur eût accès à son cœur, pour que par une foi droite, par un amour entier, tu puisses sans obstacle entrer jusqu'à son cœur. Enflamme là ton cœur par la foi et la méditation1. »
On rencontre parmi les œuvres de saint Bernard, une longue prière rythmée pour saluer chacun des
1. Liber de doc trina cordis. Ouvrage manuscrit d'un auteur inconnu, xu* siècle. Texte latin dans Franciosi, col. 163-164; d'après Llobet et Balaguer, National Homenaje de las Ciencias, Letras y Artes Espanolas al Sacratisimo Corazôn de Jésus, Barcelone, 1882, p. 180; sauf que Franciosi a donum Cordis là où il y a dans le livre espagnol domwv Cordis. Je ne sais ce que donne le mst, et peu importe à notre but. Un ami complaisant, M. Castéran, a bien voulu transcrire pour moi la page 180 du National Homenaje, où il y a d'autres textes, mais moins expressifs. Le texte ci-dessus est au folio cxlv du mst; on l'attribue à un Tractalu» de Doctrina Cordis B. Gregorii Magni. Le mst a été trouvé dans un des deux couvents de Poblet (Tarragone) ou de Santas Creus. Ce sont deux couvents cisterciens fondés en 1154. Bien que nos auteurs attribuent le mst au xii6 siècle, il ne serait pas téméraire, sans doute, de dire : xir ou xiii*3 siècle.
membres du Christ souffrant et suspendu en croix. Elle s'adresse tour à tour aux pieds, aux genoux, aux mains, au côté, à la poitrine, au cœur, à la face. On remarquera la distinction du côté, de la poitrine, du cœur, bien que, dans rapplieadou mystique les traits se confondent quelque peu. La pièce n'est pas de saint Bernard ; mais elle est du xme siècle, et l'on y trouve, dans le rythme lent et monotone des strophes qui tombent une à une comme des gouttes d'eau, l'ensemble des considérations qui ont nourri, sur ce sujet, la piété du moyen âge. En voici quelques échantillons.
Pour le côté blessé :
Salve, latus Salvatoris, Salut, côté du Sauveur,
In quo latet met dulcoris, Où se cache un miel très doux, In quo patet vis amoris, Où se montre un ardent amour, Ex quo scatet fons cruoris, D'où jaillit une source de sang Qui corda lavât sordida... Qui lave les cœurs souillés.
Salve, mitis apertura. Salut, douce ouverture,
De qua manat vena pura, D'où coule un si pur ruisseau; Porta patens et profond*, Porte ouverte et profonde, Super rosam rubicunda, Plus rouge que la rose, Medelasalutifera... Remède salutaire.
Pour la poitrine :
Salve, salus mea, Deus, Salut, ô Dieu, mon Sauveur,
Jesu, dulcis amor meus; Jésus, mon doux amour,
Salve, pectus reverendum, Salut, poitrine vénérable,
Cum tremore contingen- Qu'on ne doit toucher qu'avec
dum, crainte,
Amoris domicilium... Domicile d'amour.
Plaga i ubens, aperire, Plaie toute rouge, ouvrez-vous.
Fac cor meum te sentire, Faites que mon cœur vous goûte, Sine me in te transire! Permettez-moi de passer en vous, Vellem totus introire : J'y voudrais entrer tout entier :
Pulsanti pande pauperi... Ouvrez au pauvre qui frappe.
:bT
In hac fossa me reconde, Dans cette fosse cachez-moi, Infer meum cor profonde, Mettez-y mon cœur bien au fond : Ubi latens incalescat, Que là tout caché il s'échauffe,
Et in pace conquiescat, Et qu'il y repose en paix, Ne prorsus quemquam Sans craindre personne au monde, timeat.
/e-'u dulcis, pastor pie, Fili Dei et Mariae, Largo fonte tui cor dis
Fœditatem meœ sordis, Bénigne Pater, dilue.
Doux Jésus, 6 bon pasteur, Fils de Dieu et Fils de Marie, Dans l'abondante source de vota*
cœur Que la laideur de mes souillures, Père bénin, soit effacée.
Pour le cœur
Summi Régis cor, aveto, Cœur du souverain Roi, sa Te saluto corde laeto, Je vous salue d'un cœur joye
Te complécti me delectat, Il me plaît de voua embrasa
Et iioc meum cor affectai, Et c'est le désir de mon cœur, Ut ad te loquar animes.. Animez-moi à vous parler.
Propter mortein quam tu- Par la mort que vous avez souffert».-,
listi, Quando pro me defecisti, Quand pour moi vous avez défailli, Cordis mei cor dilectum, 0 cœur bien-aimé de mon c In te meum fer affectum : En vous portez tout mou amour : Hoc est quod opto pluri- C'est là mon désir le plus vif.
mum.
Per medullam cordis mei, Par la moelle de mon cœur, Peccatoris atque rei, Pécheur que je suis et coupable,
Tttua amor tranaferatur, Que votre amour pénètre à fond; Quo cor totum rapiatur. Qu'il ravisse tout mon cœur, Languens amoris vulnei> ... Mon cœur blessé d'amour.
Viva cordis voce clamo, Dulce cor, te namque amo Ad cor meum inclinare, Ut se possit applirare, Devoto tibi pectore....
Rosa cordis, aperire, Cujus odor fragrat mire, Te dignare dilatare, Fac cor meum anhelare Flamma desiderii.
Je crie de la voix vivante du cœur, Doux cœur, car je vous aime :
Inclinez-vous vers mon cœur, Afin qu'il puisse s'unir à vous Dévotement, cœur à cœur.
Rose du cœur, ouvrez-vous,
Vous dont le parfum est si doux,
Daignez vous dil
Rendez mon cœur haletant
Sous le feu du désir.
Da cor cordi sociari, Que mon cœur, s'unisse au vôtre.
Tecum, Jesu, vulnerari; Qu'il soit blessé avec vous, Jésus; Nam cor cordi similatur, Car nos deux cœurs seront semblables, Si cor meum perforatur Si le mien est transpercé Sagittis improperii1. Des flèches de l'outrage.
Le B. Simon de Cascia(f 1348), de l'ordre de Saint- Augustin, dans son ouvrage De gestis Christi, n'est que l'écho fidèle de la tradition quand il nous dit les mystères de l'eau et du sang sortant de la plaie du côté ; mais il trouve le Sacré-Cœur quand il s'arrête à considérer l'intention cachée dans l'emploi du mot aperuit. « 11 faut voir l'action du Saint-Esprit dans l'expression de l'Évangéliste... 11 veut que le côté ouvert nous manifeste l'amour du cœur qui nous a aimés jusqu'à la mort, et que
1. En appendice aux œuvres de saint Bernard, Migne t. CLXXXIV, col. 13-21-1323. Le P. Blume a conjecturé, et avec raison, semble-t-il, que les strophes sur le cœur (Summi Régis cor, aveto), ont dû former à l'origine un poème à part, qui serait le premier chant connu en l'honneur du Sacré-Cœur. Jamais, il est vrai, on ne les trouve isolées dans les manuscrits (dont les premiers sont des débuts du xive siècle). Mais elles ne cadrent pas tout à fait avec l'ensemble dont elles font maintenant partie, (par exemple, elles ne commencent pas par Salve, comme les autres), et l'ensemble ne paraît pas les supposer (les strophes au côté blessé et à la poitrine disent à peu près les mêmes choses et font comme double emploi). Blume va plus loin. Il attribue la pièce, ainsi dégagée, au B. Hermann Joseph, de l'Ordre des Prémontrés, qui mourut à Zulpich en 1241, et dont il a publié l'œuvre poétique dans le 50e fascicule des Anale f ta hymnica medii aevi. Voir l'article de Blume, GbUlichen Herzens erster Sanger, der sel. Hermann Joseph, dans les Stimrnen ans Maria-Laach. janvier 1909, t. LXXVI, p. 121-124. Le texte de Blume diffère notablement de celui que je donne ici, d'après Mabillon. On le trouvera dans les Etudes du 5 juin 1911, article sur La diffusion de la dévotion aux XIII', XIV et XV* siècles. Je dois l'indication du travail de Blume à l'obligeance de M. F. Tournier.
nous allions à cet amour ineffable qui l'a fait venir vers nous ; il veut que nous approchions de son cœur, ce cœur profond, ce cœur caché, ce cœur qui pense à tout, ce cœur qui sait tout, ce cœur qui aime; il veut que, grâce à la porte ouverte, nous devenions, au moins dans la vivacité de l'amour, semblables à son cœur (cordif ormes), et que nous entrions en esprit dans le secret caché depuis l'éternité, et maintenant comme dévoilé à sa mor* par l'ouverture de son côté1. »
Dans une contemplation d'une recluse anglaise, au xuie siècle, sur la Passion de Notre-Seigneur et l'ouverture du côté, nous trouvons ceci : « Ils font venir Longin, qui de sa lance lui perce le côté, ouvre son cœur, et de cette large blessure coule le sang qui nous a rachetés et l'eau qui purifie le monde de ses péchés... Ah! doux Jésus! vous m'ouvrez votre cœur, afin que je vous connaisse vraiment; là je vois pleinement combien vous m'avez aimée. Comment vous refuser mon cœur, puisque vous avez acheté cœur pour cœur2? »... C'est, on le voit, une formule parfaite de la dévotion au Sacré-Cœur, toute semblable à celle que nous avons recueillie dans la Vigne mystique.
L'expression est moins nette, mais l'idée de
1. De gestis Chrisli, Cologne, 1533, 1. XIII, p. 807; dans Franciosi, col. 241. Nous avons déjà vu ce texte presque mot pour mot dans un sermon de saint Bernardin de Sienne.
2. Cité par Dalgairns, dans son Essai sur la vie spirituelle en Angleterre au moyen âge, pour servir d'introduction à YEchelle de la perfection, par W. Hilton; Franciosi, 237.
fond est la même dans des révélations faites par Notre-Seigneur à une autre recluse, la B. Julienne de Norwich, en 1373 : « Notre-Seigneur, paraissant tout heureux, regarda son côté ouvert et le considéra quelque temps avec une joie visible. Puis, d'un doux regard, invitant mon entendement à y pénétrer par la blessure que fit la lance, il m'y montra une belle place, remplie de délices, assez vaste pour que toute la portion du genre humain qui sera sauvée puisse s'y reposer dans la paix et l'amour; avec cela, il me rappela à l'esprit le précieux sang et l'eau que par amour il en laissa couler. Enfin, tout radieux, il me fit voir son divin cœur percé par la lance. Et pendant que je jouissais d'une vision aussi douce, Jésus me dévoila, en partie, sa divinité, s'efforçant d'amener ma pauvre âme. .. je ne dis pas à comprendre, mais à réfléchir seulement un peu à l'amour infini, qui n'a pas eu de commencement, qui est et qui sera éternellement. Ensuite, notre bon Sauveur me dit tout à fait délicieusement : Vois coinbien je t'ai aimée /' »
La vie de laB. Dorothée, une recluse, elle aussi1 (13^3-13%), nous offre, de façon plus voilée, un cas d'échange des cœurs, analogue à celui de sainte Catherine de Sienne. Un jour qu'elle était tentée de défiance et priait instamment la Sainte Vierge de venir à son secours, « le Seigneur Jésus,
1. Julienne de Norwich, Révélations de l'amour de Dieu, traduites par un Bénédictin de Farnborough, Paris (1910), c. 24, Dixième révélation, p. 95-96.
DIFFUSION IHJ CULTE 271
son merveilleux amant, lui ôta son vieux cœur, et mit en sa place un cœur nouveau et tout embrasé. Elle sentit, dans son ravissement, qu'on lui ôtait le cœur, et qu'on mettait en place uûe masse de chair toute en feu ; en la recevant, elle était si heureuse qu'elle n'en put sur le moment rien dire à personne... Cette extraction du cœur, ajoute le vieux narrateur, et cette substitution d'un outre cœur fut-elle seulement une altération naturelle, ou fut-elle un changement de substance, celui-là le sait qui renouvela son cœur, et qui put le renouveler d'une façon comme de l'autre1. » Un autre jour, qu'elle avait beaucoup prié, et avec une ferveur spéciale, « elle vit le Seigneur qui se montrait à elle amicalement... le cœur et le côté ouvert (cum corde suo et latere aperto). n 11 lui dit : « Depuis hier au coucher du soleil, je t'ai envoyé trois fois le Saint-Esprit pour te blesser et t'embraser, afin que, à ton tour, tu puisses lancer sur moi des flèches d'amour. Oui, j'accepte volontiers que tu lances tes flèches contre moi. Si je t'ai montré mon coté ouvert et mon cœur béant, c'est pour que, à l'avenir, il te soit facile de savoir où trouver mon cœur et le blesser de traits d'amour2. »
1. Vila B. Dorotheae, c. 3, n. 45, Acta Sanctorwn, U LXI, octobre t. XIII, ad diem 30, page 517 ; dans Franciosi, 260.
2. Apparitiones, c. 80, Ibid., p. 58L Ces deux faits sont rappelés dans une belle prière à la B. Dorothée, que les Bollandistes nous donnent d'après un vieux manuscrit : « 0 très doux Seigneur Jésus, qui ôtant son vieux cœur à votre servante Dorothée... lui avez donné un cœur nouveau et l'avez souvent blessé de la lance et des flèches de votre amour... je vous en
L'amour tendre, dans l'ordre humain, s'exprime naturellement par le don du cœur. L'amour envers Jésus emploie des formules semblables, et ces formules nous rapprochent du Sacré-Cœur. .Ainsi sainte Lidwine (1380-1433) disait à son bon Ange : « Dites à mon Bien-Aimé l'ardeur de mon cœur... Saluez-le dans le sanctuaire de son cœur, et dites-lui... de ne pas permettre que je donne jamais place dans mon cœur à un autre amant que lui1. »
Non plus que Pierre de Blois, qu'il connaît et qu'il cite, saint Laurent Justinien (1381-H55) ne montre une dévotion explicite au cœur de Jésus, sauf peut-être dans quelques citations qu'il fait. Mais il a, en parlant de la blessure du côté, des mots qui expriment à merveille la dévotion au Sacré-Cœur. « Faites l'expérience, voyez, goûtez, combien il est doux, combien agréable, combien sûr de faire sa demeure dans le côté de Jésus ! » Penser aux fatigues et aux souffrances du Christ, explique-t-il, c'est entrer dans les plaies de ses pieds; se rappeler ses bienfaits et ses miracles, c'est entrer dans les plaies de ses mains. « Mais si vous goûtez son amour ardent, l'ampleur de sa
prie par ses mérites et son intercession, donnez-moi dans votre miséricorde... un cœur contrit, nouveau et humble; accordezmoi de comprendre votre volonté, et par une bonne conduite et une sainte vie, de l'accomplir fidèlement. » Ibid. p. 493. Il n'est pas fait ici mention expresse du cœur de Jésus; mais on voit sans peine que toute la prière est comme imprégnée de cette pensée.
1. Acta Sanctorum, L II, avril, t. II, ad diem 24, p. 315$ dans Franciosi, 265.
dilection, sa sagesse admirable, les trésors de sa divinité, l'affluence des dons de l'Époux, l'union des deux natures, tressaillez de joie, car vous avez pénétré des secrets de son côté... Il y a, dit-on, une source en Épire où non seulement, comme ailleurs, s'éteignent les flambeaux allumés, mais où, à la différence des autres, s'allument les flambeaux éteints. Telles sont les sources du Sauveur, ses blessures : l'ardeur de la convoitise s'y éteint, et le feu de la charité s'y allume1. »
Sainte Françoise Romaine vit un jour «l'Agneau de Dieu, et des troupes de petits agneaux qui s'ébattaient devant lui, en lui faisant humblement la révérence. Puis une voix se fit entendre : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne et qu'il boive. Et l'Agneau divin présentait sa poitrine aux petits agneaux, pour les inviter à venir y boire à la grande plaie dont elle était blessée. Et les agneaux accouraient doucement. La dévote servante de Dieu y fut aussi conduite. Dans la blessure, elle vit un océan profond de lumière infinie, et, non contente de boire, elle eût voulu s'y plonger tout entière, si on le lui eût permis. Mais elle en lut empêchée sans savoir par qui... Et elle entendit une voix qui disait : Je suis cet amour qui crie d'une gran.ie voix : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne, et qu'il boive; ceux qui viennent, je veux les rassasier et j'ai ouvert mon cœur pour leur y donner asile 2 . » Dans un autre endroit, son his-
1. De casto connubio. c. 8, n. 2. Œuvres, Lyon, 1678, p. 155; d'après Franciosi. col. 273.
2. Vie par son confesseur, 1. II, vision8, n. 15-16. A ciasanctorum, t. VIII, mars, t. II, ad diem 9, p. 108; dans Franciosi, col. 2o7.
ntVOTION al s.-c 18
torien nous dit : « Un jour qu'elle buvait avidement à la blessure de la poitrine... elb vit le cœur du Sauveur touché d'un côté (ex uno latere) par la lance1. » Un autre jour, elle eut une vision analogue : « Dans la [.laie du côté, il y avait comme un océan de douceur infinie... Et elle entendit une voix très douce qui disait : « Je suis l'amour fidèle qui mets Vdme dans la vérité... Et de mes plaies il sort un tel éclat, quelle en devient toute vnte d'amour. Et quand elle est ainsi enflammée, je la transforme, et elle se remet tout entière dans mon cœur, à ma volonté : là elle trouve un abîme d'amour et de douceur2. » On voit comme nous sommes près du Sacré-Cœur. Nous y touchons même quelquefois. Notons-le .pourtant, c'est la plaie du côté qui est le centre de tout, tous les détails s'ordonnent par rapport à elle, même ceux où le cœuT est mentionné. Dans Marguerite-Marie ce sera l'inverse : les détail» seront souvent presque les mêmes; mais c'est le cœur qui sera au centre.
Le cœur symbole est plus en vue dans une vision de la B. Jeanne de Valois (l'*6i-1505). Un iour, « ravie en extase, elle vit le Christ et sa Mère... qui lui présentaient... deux cœurs. Voulant elle-même offrir son» cœur, comme le Christ le lui demandait, elle mit la main dans sa poitrine, et, ne le trouvant pas, elle fut é'onnée, pendant que le très doux Jésus lui souriait tendrement. Ce n'est pas merveille, ajoute l'historien, qu'elle ne l'aitpas