Vie de Mm* d'Herculais, ibid. p
2. M. Gazier cite les cas de Henri IV et de Louis XIV. léguant leurs cœurs aux Jésuites; de Mœo de Longueville et d'Ârnauld, léguant les leurs à Port-Royal. Il rappelle Mascaron développant en trois points, dans son Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans, prononcée au Val-de-Gràce en 1670, « les qualités de ce cœur qui était effectivement sous le cata'alque » ; Bossuet prononçant à la Visitation de Chaillot celle de la reine d'Angleterre, et parlant de ce cœar « qui se réveille, tout poudre qu'il est,
même du culte profane ne peut-elle pas être regardée comme une des préparations providentielles au culte du Sacré-Cœur?
Les Congrégations religieuses.
Dominicains (Ignace del Nente), Chartreux, Franciscains [P. Joseph, Jeanne- Marie de la Croix), Bénédictins (Flandrine de Nassau, Mme de Nèrestang, Mechtilde du Saint- Sacrement), Ursulines (Marie de V Incarnation) ; fondadatrices : Mère de Xainctonge, Marcelle Germain, Jeanne de Matel.
C'est naturellement dans les Congrégations religieuses qu'il faut s'attendre surtout à trouver cette dévotion de tendresse et de piété. Dans les anciennes, le branle était donné, et elle était çà et là comme de tradition; dans les nouvelles, nous en rencontrerons également des exemples. Déjà il a été dit un mot des Carmélites. Parmi les Dominicains, nous pouvons signaler deux écrits où il est expressément traité du cœur de Jésus. Le premier est du P. Ignace del Nente, et fut publié à Florence en 1642. Il est écrit en italien, et il a pour titre : Solitudes des saintes et pieuses affections envers les Mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la Vierge-Marie. Ces Solitudes ou Retraites sont au
et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher ». Il aurait pu ajouter l'Oraison funèbre du Prince de Condé par Bourdaloue, qui rouie aussi tout eatière sur les qualités du cœur qui était là.
LA î>EVOTTON AU XVTTe SIÈCLE o Ï3
nombre de sept. Les cinq premières ont pour objet l'Annonciation, la Nativité, la Sainte-Enfance; les deux dernières, qui n'entraient pas dans le plan primitif, sont consacrées Tune à l'Eucharistie, l'autre au cœur de Jésus. Plus d'une fois, dans le cours du livre, il est fait mention de ce divin cœur. Mais l'auteur a voulu composer une « Solitude de quelques heures », qui fût expressément en son honneur, comme il s'en explique lui-même dans Y Avertissement. H s'appuie sur une révélation de Notre-Seigneur à sainte Gertrude, et il montre d'un mot comment, le cœur du Christ étant uni « au cœur du Verbe et de la Divinité, qui le contemple, l'adore, l'offre au Père céleste, et vit dans l'union de son divin amour, fait n sairement une œuvre sublime, la plus agréable qu'il puisse présenter à Dieu ». Pour titre : « Seul avec le Sacré-Cœur ». En commençant, une belle prière pour offrir « au Père éternel en union avec le cœur de Jésus » toutes les bonnes pensées et exercicesdecetteS6»/z7w^/e.Méditationpréliminaire: Exhortation à la solitude avec le cœur de Nôtre- Seigneur Jésus-Christ. Suivent : une exhortation à méditer dans le cœur de Jésus, des affections de douloureux repentir en union avec le cœur de Jésus, un soliloque d'union au cœur de Jésus, cinq méditations (très courtes) sur le très divin cœur de Jésus, une offrande du cœur de Jéhiis au éternel, des Lnvocauons et oraisons au cœur de Jésus, un second soliloque en cinq parties où nous voyons comment Marie perd son cœur dans le cœur
de Jésus, quelles douceurs, quelle sagesse, quelle charité elle puisait dans le cœur de Jésus, et comment Jésus consolait sa Mère des souffrances quil lui imposait.
Tout cela est très pieux, très pénétrant, une perle de dévotion au Sacré-Cœur1.
M. Didiot, qui nous a donné en français l'opuscule du P. del IVente, signale encore, p. 5, d'après Echard et Quétif, l'ouvrage d'un dominicain flamand, le P. Antoine Barbieux, publié à Lille en 1661, sous le titre La dévotion au très saint cœur du Fils de Dieu et de sa très sainte Mère. Je ne le connais que par cette indication.
Les Chartreux continuent au xvne siècle les traditions de leurs devanciers : leurs écrivains parlent du cœur divin, leurs mystiques reçoivent ses faveurs. Dom Antoine de Molina, Chartreux de Miraflores vers 1605, dans ses Méditations sur la Passion, n'a garde d'oublier la passion du cœur aux heures de l'agonie2. Dom René Hensaeus, qui était en 1610, prieur de la Chartreuse de Brùhn en Moravie, cherchant pourquoi Jésus a voulu que son côté fût percé, donne cette raison, entre autres : « Enfin Jésus a voulu que son côté fut ouvert afin que, par cette blessure visible il nous fît voir la plaie invisible qui a percé son cœur. »
1. Voir Seul avec le Sacré-Cœur. Opuscule italien publié en 1643, par le P. Ignace del Nente, dominicain, traduit et annoté par le Dr Jules Didiot. Maison Casterman, Tournai et Paris 1890, 36 pages in-18*.
2. Méditation sur la Passion. Méditation 5e. Mois du Sacré- Cœur par £ anciens auéeurs Chartreux. 29e jour, p. 160-164.
DEVOTÏOIf AU XVn* SIECLE
C'est, on se le rappelle, la formule même de la dévotion que l'Église a faite sienne en l'empruntant au pieux auteur de la Vigne mystique. « Entrez dune, conclut dom Hensaeus, par cette porte du paradis. Allez vers la fontaine et l'arbre de vie, qui ne sont autres que le cœur même de Jésus, afin que vous voyiez comment il vous a porté dans son cœur. Entrez par cette porte dans le cellier mystique : l'Époux des âmes vous y invite, quand il dit : Si guis suit, veniat ad me et bibat, que l'âme altérée vienne à moi et se désaltère1. »
Dom Polycarpe de la Rivière, tour à tour prieur de la Chartreuse de Bordeaux (16*29) et de celle de Bonpas, près d'Avignon, a des idées et des élans semblables2; et aussi don Jean Anadon, prieur des Chartreux de Saragosse (f 1682) 3.
Sœur Anne Griffon (1580-164.1), d'Abbeville, Chartreuse à Gosnay en Artois, raconte comment un jour, elle reçut « une grande douceur et abondance de délices », qu'elle voyait « comme couler du cœur » de Jésus. « Ce qui découlait, dit-elle, du cœur de mon doux Sauveur était une lumière pure qui m'attirait à lui. Ce très subtil rayon qui sortait de ce cœur divin et qui pénétrait le plus intime de mon âme, tirait à soi toute l'affection de mon cœur pour le perdre et le transformer en lui, d'une manière admirable et incompréhensible... M'entende qui pourra. » Ce qui suit est plus encore