Élévations... p. 69; Gazier, 1. c
2. Élévations... p. 160; Gazier, 1. c. p. 200. M. Gazier conjecture que les Élévations pourraient iden remonter jusqu'à 1627. Mais c'est pure conjecture, les données manquent. Ce que dit M. Gazier du coeur surmonté d'une croix et percé de deux flèches, avec les monogrammes IHS — MA, est inexact. Le coeur est celui du fidèle et le sceau paraît être celui de la Visitation, que la Mère Angélique aura gardé quelque temps. Voir Grimoiïard de Saint-Laurent, p. 88-'J~
la porte de cette arche divine qui nous donne entrée dans votre cœur pour y être à couvert durant le temps de la vengeance... Cette ouverture est vraiment l'entrée de votre cœur, et ce cœur est l'école de la science de la croix et de la charité; et c'est où je désire l'étudier toute ma vie. C'est la porte du temple de votre cœur, où je désire souvent adorer Dieu en esprit et en vérité, comme dans le véritable sanctuaire. Ne me fermez pas, ô Jésus, cette arche, cette école et ce temple; mais faites au contraire que j'y entre souvent par la foi... Créez donc et formez en moi (un cœur pur, un cœur brûlant de charité), afin qu'il soit digne d'être introduit dans le sanctuaire de votre cœur1. » Ici encore, nous sommes en plein dans le courant traditionnel. Le symbolisme du cœur est peu marqué. Nous ne sommes pourtant pas en face d'une simple métaphore.
M. Gazier aurait pu citer d'autres cas, et bien plus remarquables. Celui, par exemple, de Marie de Valernod, dame d'Herculais (f 1654). Elle fut, dans un milieu tout imprégné desprit janséniste, une grande dévote du Sacré-Cœur. Un jour, son confesseur lui défend de communier pendant six mois : « Je ressentis fort cette défense, écrit-elle... Tandis que je priais ainsi, mon Sauveur me montra son côté ouvert, et j'aperçus des yeux de mon âme son cœur tout brûlant d'amour. Cette vue adoucit l'extrême désolation où je me trouvais
l. Élévations... édition Mougin-Rusand, Lyon, 1889, p. 319; d'après M. Gaciôr, 1. e. p. 201. Le texte n'aurait-il pas été rajeuni?
LA DEVOTION AU XVIIe SIÈCLE 339
plongée. Je m'adressai à ce cœur si aimant : « Sera-ce dans ce sacré réduit, ô mon Jésus, que j'entrerai pour recevoir du soulagement à mon mal? Oserai-je bien prendre la hardiesse de pénétrer dans ce Sancta sanctorum, où vous ne recevez que les âmes pures et parfaites? » Un autre jour qu'elle se résignait, par obéissance, à se priver encore de lui, Notre-Seiirneur lui apparut de nouveau. « Il me montra, écrit-elle, sa poitrine toute brûlante des flammes de son amour. Mon âme lui dit ce qu'elle souf irait loin de lui, et lui demanda de reposer sur son cœur. » Une voix lui assura qu'elle serait reçue1. Un jour entin qu'elle demandait à Dieu où elle trouverait pour lui rendre ce qu'elle avait reçu de lui, Notre-Seigneur lui ap parut, et, portant la main à son côté, lui montra son cœur, où le sang « bouillonnait avec des ardeurs de feu », comme le trésor où elle devait puiser. « 0 amour, ô sacré cœur, s'écria-t-elle, que je vous dois, mais que vous me donnez bien pour satisfaire à toutes mes dettes2. »
Tout ceci se passait avant 16i3, époque où s'arrête la relation. Mais quelques fragments de ses actions de grâces, en 1652, nous la montrent toute pleine de la pensée du Sacré-Cœur. « 0 mon Sauveur, vous qui reposez maintenant dans mon cœur, faites-moi reposer dans le vôtre... 0 mon tout, mon libéral amour, redoublez les nœuds par lesquels vous liez mon cœur à vous, ou plutôt,
1. Vie de Madame d'Herculais, née Marie d?. Yniprnod> par F. Tournier, Paris (1903), c. 7, p. 03. — 2, lind. p. b7-tt*.
cher amour, faites que ce cœur ne soit plus qu'un avec le vôtre. 0 amour, amour, que votre force réduise tous les cœurs en un seul, pour les sacrifier à mon Jésus, en expiation de tant de mépris qu'on fait de son adorable personne : que tous les cœurs soient consommés dans le cœur de Jésus avec le mien... 0 amour, qui se communique si amoureusement à moi, faites fondre et écouler tout mon cœur dans l'incomparable douceur que vous m'avez donnée, en me versant toute dans le cœur de mon adorable Jésus. Faites que je ne sois plus trouvée en moi-même, et qu'étant tout entière dans le cœur de mon Dieu, je me nourrisse, dans ce cœur tout aimant, de sa pure vie; et en même temps que je me reposerai en lui et que je me nourrirai de lui, que je communique au prochain sa charmante douceur, que j'enivre tous les cœurs de son amour, et que je les unisse à ce cœur divin, pour la gloire de sa divine Majesté. 0 cœur bienaimé et mon tout, remplissez-moi de votre vertu, unissez-vous à moi et changez-moi toute en vous l. » Nous avons rencontré jusqu'ici de belles prières au Sacré-Cœur, et de beaux élans d'amour. Bien pea, ce me semble, rendent un son si pur et si beau. Enfin, quelques mois avant sa mort, dans un entretien avec les religieuses de la Visitation, elle leur disait : « Mes chères sœurs, Dieu, en vous prenant pour ses épouses, vous a marquées d'un signe : il a mis son âme sur votre âme et son cœur
e de Ma° d'HerctUais, ibid. p. 74-75.
comme un cachet sur le vôtre, afin de le sceller, et pour qu'il en demeure le maître absolu et Tunique possesseur1. »
Il est probable que, en cherchant bien, on trouverait beaucoup de textes analogues. J'ai signalé Je cas de Mme de Longue ville. M. Gazier indique, page 201, note, des etiusions toutes semblables dans un autre ouvrage de Quesnel, intitulé Piété envers Jésus, Rouen 1697, notamment p. 259. Arnauld d'Andilly ne voyait évidemment rien de répréhensible dans les passages du B. Jean d'Avila sur le Sacré-Cœur que nous avons cités plus haut, d'après sa traduction. C'est seulement quand la dévotion sera présentée par le P. Eudes, par Mgr Languet, par les Jésuites, et dans des conditions toutes nouvelles, que les Jansénistes s'en feront les ennemis acharnés. En attendant, elle bénéficiait, comme le remarque M. Gazier, page 202, d'une sorte de culte profane du cœur humain qui n'était pas nouveau sans doute, au xvne siècle, mais qui se répandit beaucoup en ces temps-là, sous les influences combinées d'une psychologie très raffinée des sentiments, et d'une physiologie rudimentaire qui les attribuait au cœur2. Cette diffusion