‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 150 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

.rai cru devoir grouper dans un chapitre à part ce qui regarde les Visitandines, les Jésuites, le B. Jean Eudes. Pourquoi? Tout d'abord parce qu'il y a là plus ample matière et qu'on eût fait un chapitre sans fin et disproportionné en mettant tout dans un même chapitre. Il semble aussi qu'on saisisse davantage ici des traces d'un efîbrt spécial, d'une action suivie, pour organiser et pour répandre la dévotion. Enfin, des discussions se sont élevées sur la part précise qu'il faut faire aux Visitandines, aux Jésuites, au B. Jean Eudes, dans la propagation delà dévotion. Sans vouloir prendre parti dans la controverse, on peut avoir envio de connaître les faits avec exactitude. Ce sont docc des faits et des textes que l'on trouvera ici. Nous commençons par les Visitandines, en rattachant, comme il convient, leur dévotion à celle de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantai.

Saint François de Sales et les Visitandines.

Dévotion personnelle du saint; cette dévotion dans V oeuvre qu'il fonde. Sainte Jeanne de Chantai. Autres Visitandines. U aurore de Paray-le-Monial.

Saint François de Sales mérite, à double titre, une place de choix dans cette histoire; par ses écrits et par ses intuitions surnaturelles sur la vocation des Visitandines.

Dans ses traités ascétiques, il n'a pas parlé ex professo du cœur de Jésus. Mais il y avait grande dévotion, et nous en avons dans ses écrits maint témoignage exquis. Sans rien d'ailleurs qui lui soit bien personnel, sauf sa manière et son style. Ceux qui ont écrit sur le Sacré-Cœur en ont recueilli un bon nombre1, et l'on pourrait faire tout un livre Des sentiments de saint François de Sales sur le Sacré-Cœur2.

Il suffit de citer quelques lignes. Il écrit à sainte Chantai, vers Noël : « Vous êtes bien... auprès de ceste crèche sacrée... Son petit cœur

1. Voir Niïles, 1. i, part. 1, c. i, S 2, P- 16; part. 3, c. i, S 1, p. 437. Voir surtout N. Albert, Somme ascétique de saint François de Salet, 28 édition, Paris, 1879, t. II, p. 102-115. Cf. A. De Becdelièvre, La dévotion au Saci*é-Cœur dans l œuvre de saint François de Sales, dans le Messager du Cœur de Jésus, sept, et cet. 1908, t. LXXXI1I, p. 551-553, 617-620.

2. Titre cité par Bougaud, c. vin, p. 181, n. 3, et ailleurs, sans autre indication. C'est peut-être un recueil manuscrit.

pantelant d'amour pour nous devroit bien enflammer le nostre. Mais voyez combien amoureusement il a escrit votre nom dans le fond de son divin cœur, qni palpite là sur la paille pour la passion affectueuse qu'il a de votre avancement : et ne jette pas un seul soupir devant son Père, auquel vous n'ayez part, ni un seul trait d'esprit que pour votre bonheur. L'aymant attire le fer. l'ambre attire la paille et le foin : ou que nous soyons fer par dureté, ou que nous soyons paille par imbécillité, nous nous devons joindre à ce souverain petit poupon qui est un vrai tire-cœur1. » Et la veille de sainte Catherine de Sienne : « Que ne nous arrive-t-il comme à cette bénite sainte... que le Sauveur nous ostast notre cœur et inist le sien en lieu du nostre. Mais n'aura-t-il pas plus tost fait de rendre le nostre tout sien?... 0! qu'il le fasse, ce doux Jésus, je l'en conjure par le sien propre, et par l'amour qu'il y enferme, qui est l'amour des amours2. »

Les textes de ce genre ne sont pas rares chez lui. Ceux-ci suffiraient à justifier ces paroles à4 Pie ÏX, dans le bref pontifical, qui le proclam'; Docteur de l'Église : « Ses lettres aussi offrent un 3 très riche moisson ascétique. Et c'est merveille, notamment, comment, plein de l'Esprit de Dieu, et s'approchant de l'Auteur même de la suavité, il a jeté les germes de cette dévotion au Sacré-Cœur

1. Epislres spirituelles, I. VIII, Epistre vi, Œuvres, Paris, l&fi, t. I, p. 631.

t. Loc. cit., Epistre lxij, p. t&2.

de Jésus que, dans nos temps malheureux, nous avons la grande joie de voir merveilleusement propagée au grand profit de la piété1. »

Ce n'est pas cependant par ses écrits ni par ses sentiments personnels qu'il se signale le plus à l'historien de la dévotion. Là où il a une place à part, c'est en ce qui regarde la mission et l'esprit de la Visitation. On dirait qu'il à vu d'avance les relations de sa congrégation avec le Sacré-Cœur. M^ Bougaud a recueilli (il est vrai, en les arrangeant un peu), nombre de textes intéressants à ce sujet. « Ne voulez-vous pas, disait-il à ses religieuses, être filles adoratrices et servantes du coeur amoureux de ce divin Sauveur2? » Il disait encore en substance : « Les religieuses de la Visitation qui seront si heureuses que d'observer leurs règles fidèlement pourront porter le nom de filles évangéligues, établies particulièrement en ce dernier siècle pour être les imitatrices des deux plus chères vertus du sacré cœur du Verbe incarné, la douceur et l'humilité, qui sont comme la base et le fondement de leur ordre, et leur donnent ce privilège particulier et. cette grâce incomparable de porter la qualité de filles du cœur de Jésus3. » Enfin voici ce qu'il écrivait à sainte Chan-

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