Ibid.3' partie, c. 5, p. 431 (Turin
2. Ibid. 3e p. c. 5, p. 438-439. La plupart de ces textes ou Hé recueillis par Franciosi, col. 407-408, d'après l'édition de ruiïn, 1846. C'est aussi à cette édition-là que je renvoie, l'ayant pas sous la main celle de Besançon. Une remarque mcore. Nous avons déjà dit que les faits mystiques, tout en ïtant réels comme expériences psychologiques, ne doivent Das être pris à la lettre, dans leur réalité objective. La vie de ;œur Bénigne nous offre, à ce sujet, un cas intéressant. Un jour me Notre-Seigneur l'avait si intimement associée aux souf- 'rances de sa croix qu'elle y semblait être elle-même attachée, ïlle eut quelques mouvements de crainte de s'abandonner )leinement à l'opération de cette grâce, ne comprenant point comment elle pouvait se voir sur la croix, étant réellement i genouxj mais son divin Époux la rassura par sa parole secrète
Parmi ces Visitandines dévotes du Sacré-Cœur, la Mère Anne-Marguerite Clément, qui mourut au monastère de Melun, le 3 janvier 1661, mérite une place à part dans l'histoire de la dévotion. Elle fut, autant ou plus que celles dont nous avons parlé, une grande amante du cœur de Jésus, comblée de ses grâces et instruite de ses secrets; olle eut, un jour, comme sainte Catherine de Sienne, le sentiment que Jésus lui ôtait son cœur et mettait le sien propre à la place. Mais il y a plus que cela. Elle eut l'intuition nette que la Visitation avait été faite par le Sacré-Cœur et pour le Sacré- Cœur. Elle vit saint François de Sales faire son séjour, durant sa vie, dans le cœur de Jésus, et y recevoir l'inspiration d'établir un ordre qui aurait pour objet propre « de rendre hommage à ce divin cœur1». Sa Vie, publiée vingt-cinq ans plus tard,
sur la vérité de cette miséricorde, lui apprenant que ce n'était que par représentation qu'elle était là, et que l'Époux y était aussi de la sorte puisque « nia demeure, dit-il, est dans une lumière inaccessible. C'est seulement pour te faire comprendre l'état dans lequel je t'ai mise d'union à mon humanité crucifiée... Cette grâce ne t'est communiquée que d'esprit et de coeur; car nous ne sommes ni l'un ni l'autre sur cette croix. » 2* partie, c. 14, p. 360-361.
1. Vie de la Vénérable Mère Anne- Marguerite Clément, Paris, 1686, passirn; cf. Letierce, Le Sacré-Cœur, p. 96-102, Franciosi, 402-405. Galliffet, livre II, Addition, article 1, p. 132- 140. — Voici le texte même de la Kr>, tel qu'il est rapporté dans les Contemporaines, t. I, p. 229 (259) et par Languet, p. 54 : « Dieu lui fit connaître que pendant que ce Bienheureux était sur la terre, il faisait son séjour dans le Cœur de Jésus-Christ, où son repos ne pouvait être interrompu par ses plus grandes occupations... Que comme Moïse, conversant familièrement avec son Dieu, devint le plus doux de tous les hommes, de même ce Bienheureux, par sa familiarité avec son cher amant, arriva à la perfection des deux vertus du Cœur de Jésus-
en 1686, arrivera à temps pour soutenir laB. Marguerite-Marie et pour la seconder dans son apostolat, comme celle-ci le dira avec une joie visible, dans une de ses lettres au P. Croiset1.
Christ, l'humilité et la douceur; que ce saint législateur a été inspiré- d'établir un ordre dans l'Église pour honorer l'adorable Cœur de Jésus-Christ et ses deux plus chères vertus, qui sont hfondement des règles et des constitutions delà Visitation; qu'il n'y avait point d'ordre qui fit profession de rendre hommage à ce divin Co-iir... Celui de la Visitation est établi pour rendre un continuel hommage ason Cœur, et pour imitersaviecachée. » Ce texte (revu sur G. 222-223) est tiré de la Vie, ?>° partie, c. 14, p. 266. On remarquera que les paroles à propos de la douceur et l'humilité, « les deux plus chères vertus du Cœur de Jésus, et le fondement des règles de la Visitation », sont à peu près celles deMsr de Maupas et de sainte Chanta', que nous avons citées. On peut se demander si sainte Chantai et Mïr de Maupas ne feraient pas allusion aux visions de Mère Anne-Marguerite, ou si celle-ci n'aurait pas été influencée par les paroles de la fondatrice. Les cas analogues ne sont pas rares chez les mystiques. 1. « Il faut vous dire encore qu'une religieuse de la Visitation, décédéedepuis environ 40 ans en odeur de sainteté, avait eu révélation que la dévotion du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ prendrait son commencement dans l'Ordre de la Visitation. » Lettres inédites, m, 125; G. cxxxn, 551. Malgré l'écart chronologique (la lettre est du 15 septembre 1689 et la Mère Anne-Marguerite n'était morte que depuis 27 ans), il n'est pas douteux qu'il s'agisse de Mère Anne-Marguerite Clément : les expressions employées par Marguerite-Marie sont textuellement celles de la Vie qui venait de paraître.
La Compagnie de Jésus; s«n rôle propre1.
Origines et témoignages surnaturels. Premières traces historiques. Dévêts et faits mystiques. Propagation par l'image. Propagation par les écrits ou la parole. Alvarez de Paz, etc. Louis Lalkmant et ses disciples. Traité de Mathias Hajnal. Pierre Marie, Vincent Caraffa, Paul de Barry, Paul Lejeune, etc. Grande place de la dévotion da?ts l'ascétique de Saint-Jure. Opuscule de Druzbicki. Jean Paullinus. Grande place dans l'ascétique de Noutt et traité spécial. Le P. Huby.
Nous ne trouvons, aux origines -de la Compagnie de Jésus, ni la même dévotion, ni les mêmes intuitions que nous avons remarquées chez saint François de Sales et à la Visitation. D'une dévotion de saint Ignace au cœur de Jésus, dans le sens précis du mot, nous n'avons pas de témoignage historique certain. La prière Anima Christi, qu'il a mise en tête des Exercices spirituels*^ ne contient pas chez lui l'invocation Cor Christi, inflan ima me, que l'on y rencontre parfois dès les débuts du XVIIIe siècle, si ce n'est plus tôt. Dans le Nacional Homenaje, page 100, on lui attribue une invoca-
1. Voir, outre Letierce, Franciosi, et autres, cités p. 191 : La spiritualité de saint Ignace, par A. Brou, Paris, 1914, v, p. 67- 77 ;x, p. 188-193.
2. On sait que cette prière existait bien avant saint Ignace. Il paraît qu'elle fut enrichie d'une indulgence par Jean XXII, et certains auteurs en attribuent l'origine à Jean XXU luimême.
tion, où il serait fait mention des cœurs de Jésus et de Marie : « Sainte Marie, Mère de nos cœurs, faites que notre cœur devienne semblable à yotre cœur et au cœur de votre doux Fils. » Mais le texte sur lequel on se fonde ne dit pas ce qu'on lui fait dire.
Les témoignages que nous avons ne sont pas d'ordre historique proprement dit. Un Jésuite, le P. Claude Bernier, f 1655, disait avoir appris de Notre-Seigneur que le divin Maître avait donné son cœur à Ignace, comme autrefois à sainte Catherine de Sienne1. Ceci se passait bien avant les grandes manifestations du Sacré-Cœur à la B. Marguerite-Marie. Longtemps après, (c'était, ce semble, en 1733), un jeune Jésuite espagnol, le P. Bernard-François de Hoyos, eut une révélation beaucoup plus expressive. Voici comment il la raconte : « Au moment de communier, je sentis le saint Fondateur à ma droite, et à ma gauche saint François-Xavier... Quand j'eus le cher Jésus dans mon cœur, il me sembla que les deux saints lui rendaient leurshommages. Alors Notre-Seigneur fit signe à notre saint Patriarche de me parler, et à moi d'écouter la doctrine qu'il allait m'enseigner. Le saint alors, par des paroles formées et par des idées qu'il faisait passer en m-»i sans rien dire, déclara que la divine Providence voulait donner à la Compagnie la gloire de voir ses fils propager le culte du sacré cœur de Jésus, obtenir de l'Église
1. Mênoloqe&e la Compagnie de Jésus, par le P. de Guilhermy Assistance de France, 17 juia.
la fête souhaitée, et se charger de la faire agréer. Le saint lui-même et... saint François de Sales ont mission de promouvoir cette entreprise par le moyen de leurs deux familles religieuses, la Visitation et la Compagnie1. » C'est, on le voit, comme une réplique de la célèbre vision de Marguerite- Marie.
Historiquement, voici ce que l'on constate. L'esprit de saint Ignace est. suivant le mot de sainte Madeleine de Pazzi, l'esprit de saint Jean l'Évangéliste, un esprit tout d'amour2. Cet esprit éclate partout dans sa vie et dans sgs Constitutions. Il n'y a, dans les Exercices spirituels, aucune mention explicite du Sacré-Cœur; mais on peut dire qu'ils y orientent les âmes : par ta façon humaine de leur présenter Jésus, qui appelle leur dévouement et leur amour; par l'étude attentive et amoureuse de Jésus dans sa vie et dans sa mort ; par le ressort qui met tout en jeu, l'amour passionné pour Jésus, répondant à. l'amour de Jésus pour nous. Les méditations les plus terribles, comme celles du péché et celle de l'enfer, finissent par un colloque d'amour et de reconnaissance, on pourrait dire par un cri du cœur au cœur de Jésus. A chaque instant, nous y sommes tout près du Sacré-Cœur et comme sous sa chaude influence : la prière Anima Chris ti ne contient pas le mot
1. Le V. P. Bernard-François de Heyos, parle P. J.-B. Couderc. Tournai et Paris (Casterman), 1907, p. 153.
2. Dixit quod spiritus istorum sanetorum (saint Jean et saint Ignace) esset idem, quia totus est amare et eonducere ad amandum. Acte Sanetorum, t. XXXIII, p. 861.
cœur, mais elle est pleine de la chose; la demande si souvent, si instamment répétée « de connaître Jésus intimement, afin de l'aimer davantage, et de le suivre toujours mieux », est toute dans l'esprit de la dévotion; la conformité amoureuse de vie et l'union de cœur avec Jésus, qui sont l'âme des Exercices, préparent le retraitant à entrer en commerce intime avec le Sacré-Cœur, dès que ce Sacré-Cœur lui sera découvert.
Nous av«>ns de saint François de Borgia une admirable invocation à la piaie du côté; le cœur de Jésus n'y est pas nommé, mais il n'y manque que le mot1. Saint Louis de Gonzague est souvent cité comme grand dévot du Sacré-Cœur; mais les deux témoignag s qu'on en donne n'ont pas une valeur historique directe. Le premier est celui de sainte Madeleine de Pazzi; elle disait, dans une de ses extases, que Louis, fils d'Ignace, « décochait sans cesse des flèches d'amour au cœur du Verbe2 ». Elle ne dit pas : <c du Verbe incarné », comme on a traduit quelquefois. L'autre témoignage est moins direct encore : c'est la guérison miraculeuse du F. Nicolas Célestim, novice de la Compagnie de Jésus à Rome, le 9 février 1765, par une apparition de saint Louis de Gonzague : « Notre-Seigneur, lui dit le saint, t'accorde, à ma prière, la santé, pour travailler encore à ta perfec-