‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 164 sur 242 · L'homme d'oraison, 3' partie, Préface, t. III, p. 5 et · texte numérisé non relu

L'homme d'oraison, 3' partie, Préface, t. III, p. 5 et

complaisances qu'y prend le Père céleste, la demeure du Verbe en lui, et le repos qu'y prend le Saint-Esprit comme en son chef-d'œuvre ; il est le cœur de l'Église, le premier organe de la toutepuissance divine, le trône de la gloire de Dieu et l'autel du grand sacrifice, enfin « le roi de tous les cœurs et par sa grandeur, et par son pouvoir, et par son mérite1 ». Chacune de ces prérogatives inspire à Fauteur quelque réflexion, courte mais pénétrante^ en faveur de la dévotion ou sur la manière de la pratiquer.

Il nous découvre les « richesses spirituelles et biens immenses que nous trouvons dans le cœur de Jésus », par cinq considérations. 1. C'est là que « tous les desseins de notre salut ont été formés ». 2. C'est là « que l'Église a été conçue, et par conséquent tous les fidèles le doivent aimer comme le lieu de leur naissance ». 3. C'est là « que nous trouvons toutes les armes propres pour notre défense, tous les remèdes pour la guérison de nos maladies, tous les secours... contre les assauts de nos ennemis, toutes les consolations... toutes les délices »; toute grâce, toute justice, toute sainteté, toute gloire, le Paradis même. h. « Je puis dire en vérité que je suis redevable à cet aimable cœur de toutes les obligations particulières que j'ai à chaque partie de son corps qui a travaillé à mon salut. C'est lui qui pleurait par ses yeux », etc. « Ce fut... l'amour qui animait ce grand cœur,

e fut ce cœur, qui était embrasé d'amour, qui ut la cause de tout ce que Jésus fit en notre faeur. » 5. « Ce cœur adorable ne respirait que >our moi, ne soupirait qu'après mon salut, n'aspiait qu'à se donner à moi. » Et ce cœur de Jésus ieut être à moi, il est à moi! « Je m'en veux lonc servir, conclut le pieux auteur, pour aimer aon Sauveur, pour le bénir et le remercier. J'en eux faire un temple pour l'adorer, une victime our la lui sacrifier, un fonds pour acquitter toutes les dettes et satisfaire à tous mes devoirs1. » Çà t là, dans les considérations qui précèdent comme ans celles qui vont suivre, le détail physiologique eut être inexact, l'idée de fond est toujours belle t vraie.

A propos des « plaies et souffrances du sacré oeur de Jésus », nous avons ici la doctrine tradionnelle, mais toujours avec un accent tout per- :>nnel d'onction et de piété. Blessé d'amour, lessé de compassion, blessé de douleur pour nos échés, Jésus a voulu être blessé par la lance pour ous ouvrir l'entrée de son cœur. Suit un beau éveloppement sur cette plaie « la plus belle, la plus imableetlaplus précieuse de toutes les plaies que î Fils de Dieu ait jamais reçues ». Pour conclure, ne belle prière : « Ocœur divin, cœur amoureux, oeur tout consacré, donné, livré, dévoué à l'amour es hommes, je ne veux plus avoir de cœur que ourvousrendreunamourréciproqueetmedonner

irrévocablement à vous. 0 blessure amoureuse d'où découlent l'eau et le sang pour le remède de toutes mes faiblesses, vous me blessez le coeur à la vue de tant de peines, de prodiges et de mystères. Divin côté, où le fer et l'amour ont fait une brèche si favorable, recevez mon cœur avec celui de Jésus... Mon Sauveur, vous ne méprisez pas un cœur contrit et humilié, je vous prie de briser le mien de douleur, afin de le faire entrer dans le vôtre, et que de deux cœurs il ne s'en fasse qu'un. Que si le mien ne vous semble pas assez pur, ôtez-le-moi, s'il vous plaît, afin que je ne vive plus à moi-même; donnez-m'en un nouveau, afin que je vive une vie nouvelle; accordez-moi le vôtre, afin que je ne vive plus que pour vous. Ah! je ne veux plus rien aimer à l'-égal de ce grand cœur qui m'a aimé plus que la vie. » Cette belle prière s'achève en consécration solennelle au cœur de Jésus. « Je le dis en la présence de la Majesté divine... Je le dis en la présence de la bienheureuse Vierge, qui n'eut jamais de cœur que pour aimer le cœur de son Fils. Je le dis en la présence de tous les saints, qui ne trouvent de délices ni de plaisirs que dans ce grand cœur. Je dédie et je consacre mon esprit, ma mémoire, ma volonté, mon corps, mon âme et tout ce que je suis, à son honneur, et je renonce à tout ce qui m'en peut empêcher. Cœur de Jésus, cœur adorable, cœur le plus grand et le plus saint de tous les cœurs, je quitte tout pour vous, je donne tout pour vous, je ne fais plus d'état que de vous;

?,t comme vous êtes tout à moi, je veux être éternellement tout à vous. Ainsi soit-il1. » Ne croiraitm pas entendre Marguerite-Marie ou le Père de la ^olombière? La voyante de Paray lisait Saiwtfure et Nouet, et l'on a cru reconnaître çà et là, lans ses écrits, des échos de leur pensée, parfois eurs propres expressions2. Nuldoute qu'ils n'aient ;u leur grande part dans la préparation et l'éla- 3oration des matériaux que la lumière divine éclairait dans la conscience de la Bienheureuse, iu cours de sa lecture.

A propos du quatrième motif, qui est la « dévo- ;ion de tous les saints envers le cœur sacré de fésus », Nouet explique d'abord, en termes qui semblent inspirés de Saint-Jure, comment « il ne aut pas qu'un chrétien soit. . . sans domicile, errant ;t vagabond dans le monde ». Mais « où qu'il le cherche, il n'en trouvera point de plus avantageux que le sacré cœur de Jésus ». Comment s'y >rendre pour demeurer là? «Nous l'apprendrons les saints, dont l'exemple est tout ensemble un missant motif pour nous exciter à la dévotion mvers ce sacré cœur, et une instruction salutaire )our nous en enseigner la pratique. » Ici l'auteur ecueille un bon nombre d'exemples et de textes raditionnels. Il conclut : « Venez-y donc ave assu- •ance, à l'exemple des saints, et tâchez de suivre

2. Abbé Marcel, La mission donnée à la Compagnie de Jésvs, [ans la Correspondance des associés de la communion répararice, t. III. p. 20.

les inventions merveilleuses que la dévotion leur suggère pour l'honorer. Ces inventions, il les réduit « à quatre chefs principaux, qui en contiennent la pratique ». « En premier lieu, approchez- vous du cœur de Jésus en esprit de pénitence... Approchez-vous-en, en second lieu, en esprit de recueillement et d'oraison.. En troisième lieu, venez-y comme à votre asile, en esprit de confiance, pour noyer toutes vos tristesses, vos dégoûts, votre chagrin, vos peines et vos ennuis dans cet abime de douceur et de bonté... En quatrième lieu, venez-yen esprit de ferveur, pour y apprendre la pratique de toutes les vertus, et surtout de l'amour divin, qui est le centre de la vie unitive, où tendent principalement tous les mystères de la vie glorieuse de Jésus-Christ1. »

Déjà, dans les paragraphes précédents, nous avons trouvé, avec les motifs d'honorer le Sacré- Cœur, des moyens et des exercices très pratiques. L'auteur, pourtant, consacre un paragraphe spécial au « moyen d'unir notre cœur à celui de Jésus, et notre amour au sien par une parfaite ressemblance ». Il n'est rien que Jésus désire autant. Regardons donc enlui-même « le modèle sur lequel nous devons nous former si nous voulons être selon son cœur ». 1. « Il est tout amour. » Désirons donc « d'aimer Dieu de tout ce que nous sommes... S'il était possible, que tout notre être soit converti en une vraie flamme d'amour. » 2. « Il est partout

mour. » Donc aimons tout le monde : « La charité ne fait qu'une république du ciel et de la terre, m . Il est « éternellement amour. » Donc aimons-le iqs cesse. 4. « Il est tout amour par lui-même et our lui-même ». Donc « il ne faut aimer que Dieu ans la créature, et il ne faut aimer la créature ue pour Dieu. » « C'est ainsi, ajoute l'auteur, qu'il tut mesurer la charité par les quatre dimensions ue saint Paul nous enseigne, à savoir : par sa auteur, par sa longueur, par sa largeur et par l profondeur, pour discerner la vraie charité 'avec le faux amour et ne s'y pas tromper1. » Il conclut : « Regardez bien ce beau modèle, et Lcbez dans les méditations que vous en ferez duint ce temps d'en tirer une excellente copie... uand vous irez à l'oraison, persuadez-vous que ous allez à la conquête du ciel, que Jésus-Christ ous a ouvert; mais qu'avant que de se joindre à ous, il vous demande si votre cœur est droit >mme le sien, et qu'il n'y a rien qui lui soit plus ^réable que la correspondance et la sympathie de os affections avec les siennes. 11 vous appelle à li pour vous faire reposer sur le sein de son cnoureuse providence : ne troublez pas son repos ar vos inquiétudes et vos passions déréglées. Il ous présente son côté pour guérir les plaies de otre âme, pour animer votre foi et pour échaufr votre amour : ne résistez pas à ses attraits, nfîn, il est prêt de vous donner son coeur, qui est

le trésor de tous les biens du ciel, pourvu que vous lui donniez le vôtre : ne refusez pas cet échange qui vous est si avantageux; donnez-lelui sans partage et sans réserve ; priez-le qu'il le purifie, qu'il l'éclairé, qu'il le transforme et qu'il le rende parfaitement semblable au sien, en sorte qu'il le possède absolument et qu'il en soit toujours le maître. »

On voit, sans qu'il soit besoin d'y insister, avec quelle plénitude, quelle clarté, quelle précision, quelle profondeur la dévotioD au Sacré-Cœur nous est ici présentée. Deux traits seulement me paraissent mériter une remarque particulière. Tout d'abord, il a suffi au P. Nouet de pousser dans le sens de saint Ignace pour trouver le Sacré-Cœur. Nous avions déjà remarqué quelque chose de semblable dans Alvarez de Paz. Ces deux exemples, mieux que beaucoup de discussions, peuvent nous aider à préciser au juste le rapport de la spiritualité de saint Ignace avec la dévotion qui nous occupe. En second lieu, il est remarquable que le P. Nouet a mis ce traité de la dévotion au cœur de Jésus en tête de la partie qui regarde la vie glorieuse de Jésus, non de celle qui a pour objet sa vie souffrante. C'est un indice, entre beaucoup d'autres, que la dévotion au Sacré-Cœur se constitue de plus en plus en dévotion spéciale, distincte de la dévotion aux Cinq Plaies et à la Passion; c'est la dévotion à l'amour pour obtenir l'amour.

Ces belles pages ne constituent pas, il s'en faut, tout l'apport du P. Nouet à notre dévotion. Dans

la préface de la cinquième partie des Méditations, consacrée à la « vie de Jésus conversant avec les hommes », il est encore plus d'une fois question du Sacré-Cœur. Au n° 8 : « Quel plus grand plaisir peut souhaiter une âme qui s'occupe sérieusement à son salut et à sa perfection que d'être toujours avec Jésus-Christ, qui est l'ami du monde le plus fidèle etle plus doux, de travailler avec lui, d'agir de concert et d'intelligence, de vivre, s'il est permis de le dire, dans son sacré cœur, ou de vivre au moins selon son cœur! 0 que les vertus paraissent belles et attrayantes dans cet original! » Au n° 19 : « Au commencement de chaque action, élevez-vous en esprit à Jésus, et, d'une vuesimple, et amoureuse, regardez comme il faisait durant sa vie ce que vous allez faire et de quelle manière il le ferait, s'il était en votre place. Animez cette vue d'un désir ardent de lui plaire, de le contenter et de l'honorer. Unissez votre cœur au sien, votre action à la sienne, afin d'en tirer force et vigueur pour la faire dans son esprit1. »

Dans les Entretiens sur La Dévotion envers Noire-Seigneur Jésus-Christ, 3e partie, on peut signaler les entretiens pour la 22e semaine après la Pentecôte. Celui du mardi a pour titre : Que le cœur de Jésus-Christ est le trône de C amour divin, où le Père éternel règne absolument ; celui du mercredi : Que le cœur de Jésus est le chef-d'œuvre

1. L. c, t. V, p. 12 et 26. Dans l'édition de 1079, la préface n'est pas paginée. Le texte est celui de 1679; celui de 1830 n'en diffère que par « à votre place », au lieu de « en votre place ».

du Saint-Esprit, gui n'est qu'amour; celui du jeudi : Que le cœur de Jésus-Christ est uni personnellement au Verbe, qui est le principe de l'amour; celui du vendredi et du samedi : De la singulière excellence du sacré cœur de Jésus-Christ et de son très ardent amour envers Dieu1. Toutes belles que soient ces considérations, nous ne pouvons nous y arrêter. Remarquons seulement quelques traits de la dévotion. Et d'abord, le recours à la médiation du Sacré-Cœur : « Si notre coeur est trop petit et trop bas pour aimer et honorer un Dieu qui est si grand, nous pouvons nous acquitter de nos devoirs en l'honorant et l'aimant du cœur de Jésus. Car enfin il est à nous, son Fils nous l'a donné, et si nous le lui offrons avec humilité pour suppléer à notre impuissance, il se tiendra content et satisfait 2. » Cette prière aussi, qui vient si bien à la fin d'une belle considération sur « l'étroite correspondance entre le Saint-Esprit et Jésus-Christ » et sur « la sympathie de ces deux cœurs qui ne se donnent jamais l'un sans l'autre » : « Mon Dieu, créez un cœur pur en moi, et renouvelez un esprit droit dans mes entrailles (Ps. 50, 12). Je sais que celui qui vous aime d'un cœur pur a le don du Saint-Esprit et que celui qui a le don du Saint-Esprit a le gage de la vie éternelle, a le

1. La dévotion envers Nostre-Seigneur J. C... pour servir delecture spirituelle à V homme d'oraison. Troisième et dernier? partie, Paris 1681, p. 561-570 (Œuvres, Paris, 1879, t. XX, p. 451-466).

2. Entretien pour le mardi de la 22# semaine après la Pen tecùte, un. L. c, p. 563 {Œuvres, t. XX, p. 454) .

sceau des prédestinés : donnez-moi donc votre cœur, qui est la source de toute pureté... Donnezmoi votre esprit pour me conduire; donnez-moi votre cœur pour obéir et suivre sa conduite; donnez-moi l'un et l'autre pour vous aimer dans l'éternité. Amen. i »

Le P. Vincent Huby (1608-1693) a beaucoup moins écrit que les Pères Saint-Jure et Nouet : il fut avant tout missonnaire et homme d'action. Nous ne chercherons donc pas chez lui de longs développements doctrinaux sur le Sacré-Cœur, tels que nous les avons rencontrés chez ces deux écrivains; mais ses écrits, comme ses actes, montrent en lui, non seulement un dévot du cœur de Jésus, mais un apôtre de cette dévotion.

Sur sa dévotion personnelle, écoutons son historien : « Sa dévotion au Cœur de Jésus et au Cœur de Marie était fondée sur des vues sublimes. Il les regardait comme les deux parfaits modèles de la vie intérieure. Les admirables dispositions qu'il y remarquait le charmaient et l'instruisaient également. Il y trouvait toutes les vertus dans leur plus éminent degré, et il allait y puiser ce pur amour qu'il désirait avec tant de passion. Jamais son cœur ne s'embrasait davantage, ni n'était plus comblé de délices que quand il l'exposait aux divines influences du Cœur de Jésus et de celui de Marie2. » Ce qu'il pratiquait lui-même, il le faisait

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