‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 173 sur 242 · Pratique, p. 14-21. Le texte porte : « Embrassez-le · texte numérisé non relu

Pratique, p. 14-21. Le texte porte : « Embrassez-le

"2. Dans l'édition de Troyes, p. 37 : « Ah! quelle fournaise d'amour pour nous dans le cœur de Jésus ! Il a aimé les hommes de toute éternité... Il aime dans son Incarnation », etc. Page 42 : « Quelle sorte d'amour est-ce là!... Quel excès! Mais où trouvet-on un tel amour? Dans le cœur de Jésus. Oui dans le cœur de Jésus : dans ce cœur si embrasé d'amour pour tousles hommes. »

dernière goutte de votre sang pour moi. Je vous adore avec tous les bons cœurs du ciel, de ce monde, et du purgatoire, que vous avez rem lis de votre amour. 0 mon Jésus, que par cette plaie de votre côté... votre cœur vienne en moi , ou que le mien aille dans vous, pour être tout transformé en vous. 0 cœur, ô cœur, source adorable de tout l'amour qui a purifié et sanctifié tant de cœurs, purifiez et sanctifiez aussi le mien, afin que je sois tout amour pour vous, comme vous avez été, et comme vous êtes encore, tout amour pour moi1. >

On voit quelle place la dévotion au Sacré-Cœu.' occupe dans la spiritualité du P. Huby. Nulle part, ce me semble, avant Marguerite-iMarie, on n'en trouve autant d'applications pratiques dans les exercices de la vie spirituelle.

Non content de propager cette dévotion en la recommandant et la mettant partout dans ses écrits, le P. Huby en fut l'infatigable apôtre par la prédication et l'action directe. Voici ce qu'en dit l'éditeur de 1755, d'après le biographe du P. Huby. Après avoir remarqué qu'il prévint la Mère Mechtilde (Catherine de Bar, fondatrice des Bénédictines du Saint-Sacrement) en établissant

1. Pratique... Autres considérations, etc., p. 171. Comme il est dit dans le titre et dans l'Avertissement, ces « autres considérations » ne font pas partie de ia Pratique de l'amour de Dieu et de N.-S. J.-C; non pins que la « Prière dévote au Crucifix », et autres pièces mises en tète du petit volume comme « Préparation » à la Pratiqua de l'amour. Parmi ces pièces, il en est une qui respire le plus pur esprit de la dévotion au Sacré- Cœur, bien que le cœur de Jésus n'y soit pas mentionné. C'est un « Acte de réparation d'honneur à Notre-Seigneur Jésus- Christ au très saint sacrement de l'autel -, p. 22-27. Toutes oes additions à la Pratique de Famour sont du P. Huby.

dès 1651 l'adoration perpétuelle dans la cathédrale de Quimper, puis dans celle de Vannes, il ajoute : « Il eut encore l'honneur de prévenir peut-être M. Eudes et la vénérable Mère Alacoque, ou du moins de concourir avec eux, sans savoir leur dessein, au projet de faire honorer les sacrés coeur-, de Jésus et de Marie. Le même esprit animait ces saintes âmes, leur donnait les mêmes vues et leur inspirait les mêmes sentiments, quoique la manière de les produire et de les manifester fût différente. La pratique du P. Huby était de répandre et distribuer partout gratuitement des médaillons qui représentaient les cœurs de Jésus et de Marie. Il voulait que très souvent chaque jour on baisât ce médaillon, que du moins on le pressât sur son cœur; et qu'en même temps chacun, selon ses différents besoins, animât cet acte extérieur de religion par un acte intérieur ou d'amour de certaines vertus, ou de détestation de certains vices. Les noms des vertus principales qu'il fallait étudier et imiter dans les cœurs de Jésus et de Marie, étaient empreints sur ces médaillons, et les vices prinoipaux qu'il fallait éviter, étaient exprimés et figurés par de certains emblèmes. Tout cela était expliqué dans un livre qu'il avait composé à ce sujet1. »

C'est là qu'il explique aussi et recommande ce qu'il appelait « le chapelet du cœur2 ». Voici, d'a-

1. L. c. Préface, p. vi-vii. Voir Champion, La vie des fondateurs des maisons de retraite, Nantes, 1693, p. 217-218. Réédité en 1886, par le P. Watrigant.

2. Et non « du Sacré-Cœur », comme l'écrit le P. Letierce, qui m'avait induit moi-même en erreur.

près son historien, ce qu'il entendait par là. Cet exercice « consiste à regarder amoureuse aient, ou à baiser ou serrer contre son cœur la médaille du cœur de Jésus et du cœur de Marie, ou un crucifix, ou une croix, autant de fois qu'il y a de grains dans le chapelet. Ce qu'on fait posément et sans dire ni Pater ni Ave, ni aucune prière vocale, sinon peut-être quelques mots de tendresse, que l'affection du cœur suggère. On peut aussi, en même temps qu'on laisse tomber les grains de son chapelet, les baiser, comme si Ton baisait les pieds de Notre-Seigneur, ou ceux de la Sainte Vierge, ou leur sacré cœur, et, parcette action, sans rien dire de bouche, on a intention de protester de cœur à Jésus-Christ qu'on l'adore, qu'on l'aime, qu'on le remercie, qu'on lui demande pardon, qu'on se soumet à toutes ses volontés, qu'on s'abandonne à sa conduite1. »

On voit que l'on peut, sans crainte, ranger le P. Huby parmi les plus grands dévots du Sacré- Cœur, avant sainte Marguerite-Marie. Il fut, semble-t-il, avec le B. Jean Eudes, dont nous allons parler, le principal propagateur populaire de cette dévotion et de celle au cœur de Marie.

On s'est demandé où il l'aurait puisée, s'il n'aurait pas été en rapports avec le B. Jean Eudes et

i. Champion, l. c, p. 218. « Il jugeait, continue le P. Champion, que cette minière de prier est un excellent moyer acquérir l'esprit d'oraison, et d'ailleurs qu'elle est à la portée des personnes même les plus grossières, des ignorants, des enfants, des infirmes et des malades. » Lamême remarqua s'applique à plusieurs des pratiques recommandées par le P. Huby. On voit partout chez lui un grand souci de faire l'aire à tous un peu d'oraison mentale

ne dépendrait pas en quelque façon de lui, s'il n'aurait pas eu connaissance des visions de Paray. Dans l'état actuel de la question, il est prudent de ne rien affirmer, faute de documents. Qu'il ait ouï parler, dans ses dernières années, de Marguerite-Marie et de ses révélations, qu'il ait connu la Retraite du P. de la Colombière, et même le livre du P. Ooiset, la chose est possible; mais rien ne nous permet de prononcer à coup sûr. Quant à une influence notable des visions de Paray sur ses écrits ou sur son apostolat, elle n'est guère probable et rien ne la laisse entrevoir. A l'égard du B. Jean Eudes, le cas est un peu différent. Il est vraisemblable, pour ne pas dire certain, que le missionnaire breton a entendu parler du grand missionnaire normand, de son apostolat et de ses écrits, de sa dévotion au cœur de Marie et à celui de Jésus, des fêtes célébrées en leur honneur dans les diocèses de Normandie et même dans celui de Rennes. Ont-ils été en rapports directs, y a-t-il eu influence de l'un sur l'autre, on peut le tenir pour probable; mais il ne semble pas que les documents versés jusqu'ici au débat aient fait la preuve dans un sens ou dans l'autre. Le P. Huby pourrait se rattacher peut-être au P. Louis Lallemant, par le P. Rigoleuc, dont il fut l'élève au collège de Rennes, et qu'il eut plus tard pour directeur dans sa vie spirituelle, pour guide dans ses missions. Le P. Rigoleuc fut on le sait, un fervent disciple du P. Lallemant, qui avait été son « instructeur de troisième an » ;

c'est lui qui recueillit la doctrine spirituelle du maître, dans les notes qui firent le fond du livre édité plus tard par le P. Champion. En comparant ce qui est dit du Sacré-Cœur dans la « Doctrine spirituelle » et ce qu'en a écrit le P. Huby, on constate que plusieurs des pratiques du P. Huby répondent fort bien à ce que demandait le P. Lallemant. Soit dit sans vouloir tirer de ces constatations aucune conclusion ferme ' .

Le B. Jean Eudes et le culte public du cœur de Jésus2.

La question eudiste; documents officiels. L'action du B. Jean Eudes. L'Office et ta Fête. Le traité.

Le B. Jean Eudes a été avant tout l'apôtre de la dévotion au cœur de Marie; mais il a eu sa part dans la diffusion de la dévotion au coeur de Jésus, et cette part aujourd'hui est reconnue de tous. L'Église elle-même, dans le décret sur l'héroïcité de ses vertus, 3 janvier 1903, le désigne comme « l'auteur du culie liturgique des cœurs sacrés de Jésus et de Marie ». Le bref de béatification est plus explicite encore : « Brûlant lui-même d'un

1. Nous avons cité plus haut l'opinion de l'éditeur des Œuvres spirituelles; voir celle du P. Letierce, dans Etude, t. Ier, p. 73- 74; celle du R. P. Le Doré, dans Les Sacrés Cœurs, t. Ier, p. 311. On peut noter que nous voyons, à côté du P. Huby, la Bonne Ârmelle, très dévote au Sacré-Cœur, comme à côté du B. Jean Eudes, Marie des Vallées.

2. Je dois beaucoup pour ce paragraphe à l'obligeance et à l'érudition du R. P. Dauphin, mort depuis, qui a eu tant de part à l'édition des oeuvres complète* du B. Jean Eudes.

singulier amour envers les cœurs très saints de Jésus et de Marie, il eut le premier — et ce ne fut pas sans une sorte d'inspiration divine — l'idée d'un culte public en leur honneur. De ce cuite si doux on doit donc le regarder comme le père, car dèa la fondation de sa congrégation de prêtres, il fait célébrer parmi ses fils la solennité de ces cœurs; comme le docteur, car il composa en leur honneur des offices et une messe; comme l'apôtre enfin, carde tout son cœur il s'employa à répandre partout cette dévotion salutaire1. » Sans doute, il ne faut pas trop presser les mots, ni leur donner plus de portée qu'ils n'en ont — et peut-être a-t-on çà ou là manqué quelque peu de mesure. Mais c'est là un témoignage considérable, et il faut autant se garder de l'atténuer que de l'exagérer. Les nombreuses publications de ces dernières années ont mis en pleine lumière l'homme et son œuvre; la polémique, qui d'ordinaire vit d'idées vagues et d'assertions passionnées, n'a plus, semble-t-il, qu'à se taire devant l'histoire, qui apporte des faits précis et des textes clairs, au moins en ce qui regarde le point principal, l'action personnelle du B. Jean Eudes2.

. Cité par le P. Le Doré, Le Saoré Cœur de Jésus, p. 18-19. 2. Le R. P. Le Doré posa la question en 1870; depuis il y est souvent revenu. 11 a donné, en 1891, comme une troisième édition, plus que doublée, de son premier travail, sous le titre : L> a Sacré* Cœurt et le Vénérable Jean Eudes, 2 vol. in-8". Nous citerons l'ouvrage de 1870 sous le titre : Le P. Eudes; celui de 1891 : Les Sacrés CœUr». Enfin, il a publié, en 1910, Le Sacre Cœur. Son amour, d'après la doctrine du B. Jean Eudes, Père. Docteur et Apôtre de la dévotion au Sacré Cœur. 11 me semble

Né à Caen, en 1601, le P. Eudes eut dès l'enfance le plus tendre amour pour Jésus et Marie ;

que la polémique a pris une place croissante dans tes publications successives du R. P. Le Doré; la mesure y a perdu d'autant. A signaler encore : Le P. Joseph Dauphin, Les cœur., sacrés de Jésus et de Marie, règle el vie de nos cœurs, d'après lu doctrine du V. P. Eudes (1896); Granger, Les archives de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus et au Saint-Cœur de Marie, t. II, 1893; H. Joly; Le B. Père Eudes, 2e édition, 1909 (dans la collection Les Suints); Vie du Vénérable Jean Eudes, par le P. D. Bouiay, 4 vol. in-8*, 1905-1908; le P. Boulay a donné lui-même en 1909 une vie où ces quatre volumes sont résumés en un; Œuvres complètes du V. (ou du B.) Jean Eudes. Édition entièrement conforme au texte original, avec des introductions et des Notes. 12 volumes, m-Yt. Vannes, 1905-1911. Les Introductions n'ont pas toujours évité la polémique et les généralisations hâtives. Mais elles fournissent des renseignements précieux. Les Notes, qui sont d'une autre main, sont, d'ordinaire, exactes et précises. Des Tables détaillées (t. XII, p. 237-443) facilitent les recherches.

Pour avoir l'idée des discussions qui se sont engagées a. ce sujet on peut voir, en face du P. Le Doré : Hausherr, série d'articles dans le Bulletin de Paray, 15 juin 1887-15 février 1888; Letierce, Étude sur le Sacré-Cœur, t. I, p. 105-114; Bouvier, dans les Études, 1892, t. LV1, p. 134. Ces trois auteurs tendent à minimiser le rôle du P. Eudes. M. Baruteil, 1. c, p. 98- 108, et aussi le P. Mlles, passim (voir la Table alphabétique, au mot Eudes) sont plus favorables au P. Eudes. Les premiers apôtres du culte inauguré à Paray, Marguerite-Marie, Croiset, GallirTet, Languet, etc., relevaient avec soin tous les indices de leur chère dévotion dans le passé. Depuis, la tendance a été plutôt de distinguer l'ancienne dévotion et la nouvelle, soit pour mieux revendiquer l'indépendance et l'originalité du mouvement parti de Para}' 'comme c'est le cas du P. Hausherr et du P. Letierce), soit pour systématiser plus nettement la doctrine (comme c'est, je crois, celui du P. Vermeersch). Il est sûr que le P. Letierce notamment et le P. Hausherr ont exagéré les différences entre la dévotion du B. Jean Eudes et celle de sainte Marguerite-Marie. — Je ne dis rien ici de Marie des Vallée*, qui tient une telle place dans la vie du P. Eudes. Rien n'indique qu'elle ait eu une influence spéciale et directe sur le culte du Sacré-Cœur, en tant du moins qu'il se distingue etsedétnchedeladévotionau c/eur de Marie. Voir le tout ri cent ouvrage du H. P. Ange Le Doré, Naissance du culte liturgique des Sacrés Cœurs {8-45 sept. 16kl), Paris, 1916. Il semble

dans ses vingt ans de séjour à l'Oratoire, sa piété se nuança quelque peu d'après celle de Bérulle et de Condren. Il lut sainte Mechtilde et sainte Gertrude, Lansperge et Louis de Blois1. Est-ce là qu'il puisa sa dévotion au cœur de Marie et de Jésus? ou ne fit-il que l'y nourrir? Il ne semble pas qu'on sache rien de précis à ce sujet.

A partir de 16i0 environ, nous le voyons tout dévoué au saint cœur de Jésus et de Marie; il lui consacre les congrégations qu'il fonde, 16it et 16 V32; il leur prescrit des exercices spéciaux en l'honneur de ce très saint Cœur, notamment la salutation célèbre : Ave Cor sanctissimum..., Ave Cor amantissimum Jesu et Marix*.

Dès 16i6, il leur fait célébrer solennellement la fête du Saint-Cœur de Marie — on verra tout à l'heure que, pour le P. Eudes, le cœur de Marie ne va pas sans le cœur de Jésus — d'abord le 20 octobre, qu'il consacrera plus tard au cœur de Jésus, puis le 8 février, qui restera réservé au cœur de Marie; il compose pour cette fête un office, qui

que, dans ce nouveau volume, le R. P. Le Doré fasse plus grande la part du surnaturel et de Marie des Vallées dans les origines de la dévotion du B. Jean Eudes.

1. Telle prière, que le R. P. Le Doré croit du B. Jean Eudes, est traduite textuellement de Louis de Blois.

2. J'avais dit dans la lre édition (d'après le R. P. Le Doré, ÏA P. Eudes, p. 17 ; cf. Les Sacrés Cœurs, t. I, p. 76; t. II, p. 298) que le cœur de l'écusson eudiste était celui de Jésus et de Marie. C'est inexact. Le P. Lebrun a démontré, semble-t-il, que c'est celui du fidèle. Œuvres complètes du V. Jean Eudes, t. VI, p. CXLVIII, note 2. Même cas donc ici que pour la Visitation, pour Jeanne de Matel, pour la Mère Angélique, pour les religieuses de Fontaine-les-Nonnes. Voir ci-dessus, p. 313, 337, 363, 373.

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