‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 197 sur 242 · LESSOH DE LA NOUVELLE DÉVOTION · texte numérisé non relu

LESSOH DE LA NOUVELLE DÉVOTION

donner un nouvel élan à la dévotion. Le livre eut une diffusion prodigieuse : il s'en fît des éditions et des adaptations en plusieurs villes de France ; il fut traduit en plusieurs langues. Partout il allumait le feu sacré en faisant connaître, avec la valeur et l'utilité de la dévotion, ses origines célestes.

L'apostolat vivant faisait plus encore. Partout où il y avait un monastère de la Visitation ou un collège de Jésuites, il se trouvait quelque âme ardente pour la propager. Ce n'était pas toujours sans difficulté. Car si la dévotion provoquait l'enthousiasme, elle trouvait aussi des résistances.

On voit par le P. de Galliilet, et cela aurait pu se deviner, que, comme d'ordinaire, il faut distinguer deux ou tn»is moments dans le progrès de la dévotion. Dès qu'elle parait, quelques âmes s'en éprennent : attrait de grâce, affinité naturelle, engouement de nouveauté. C'est comme une traînée de poudre qui prend feu. Mais voici l'opposition : elle naît du succès même; l'entraînement des uns provoque la résistance des autres. C'est le moment des divisions, des disputes, des critiques. Pour rétablir la paix, l'autorité intervient. Conservatrice par devoir, comme par instinct, elle réprime les élans trop vifs, les initia-

Hamon, Éludes, 20 juin 1910, t. CXXIX, p. 776-797, sur La dévotion au Sacré-Comr de Jésus après la B. Marguerite-Marie (1690- 1607); cf. l'article Office du Sacré-C-œur dans Analecta juris ponlificii, Rome, 1860, 308 livraison, t. III, p. '236 : on y trouve les actes de 1697, avec un aperçu, d'ailleurs peu exact, des origines de la dévotion.

tives trop brusques. Puis elle impose silence aux partis. Les âmes dociles font silence. Mais quand le mouvement vient de Dieu, cette docilité même en assure le triomphe. Tandis que les indociles et les engoués murmurent peut-être et lâchent presque aussitôt la cause qu'ils ont compromise par leurs excès et leur indiscrétion, les autres, plus sérieux et plus surnaturels, la dégagent de tout ce qui avait pu s'y mêler d'humain et de naturel : ils prient, ils attendent, ils agissent discrètement sous le regard et avec l'approbation de l'autorité. Le mouvement reprend peu à peu, plus profond, sans bruit, sans heurt. Les meilleurs parmi les opposants réfléchissent, examinent; sous l'action de la grâce, les préjugés tombent, la vérité se montre : les voilà gagnés; ils seront peut-être d'ardents zélateurs.

Nous avons vu que telle fut l'histoire de la dévotion a Paray. Telle elle fut dans bien des monastères de la Visitation; telle dans les collèges et communautés de la Compagnie de Jésus1; telle à peu près partout où s'implantait la nouvelle dévotion. Cette première opposition n'était pas, de sa nature, une opposition janséniste. Mais il s'y mêla çà et là des influences jansénistes, qui servirent à la rendre plus opiniâtre et plus amère. Ce n'est pas des tout premiers temps que parle le P. de Galiiffet ; mais on peut dire avec lui que « la persécution fut vive. On en vint, continue-t-il, à

1. On peut en voir le détail dans les deux volumes du P. Letierce, Etude sur le Sacré-Cceur.

l'essor de la nouvelle dévotion 513

regarder ceux qui voulaient pratiquer ou établir cette fête, comme une espèce de secte capable de troubler l'Église. Tout, jusqu'au nom de la dévotion, devint odieux. On ne pouvait nommer le Cœur de Jésus sans offenser certains esprits ^. » Les chrétiens instruits et pieux arrivaient vite à des appréciations plus équitables : « La vérité, dit encore le P. de Galliffet, prenait peu à peu le dessus; les préjugés se dissipaient; les esprits revenaient, de sorte qu'en peu d'années on vit des personnes de toutes conditions et de tous caractères embrasser la nouvelle dévotion et y trouver leur consolation. » Il ajoute qu'elle « s'introduisit surtout dans les monastères ». Et cela se comprend sans peine. Elle a toujours été la dévotion d'une élite.

Mais il lui fallait conquérir les âmes une à une. Tant s'en faut que même la Visitation en corps et la Compagnie de Jésus aient donné tête baissée dans la dévotion nouvelle. Il y eut même des coups d'autorité, destinés à faire réfléchir les téméraires et les novateurs.

D'Annecy, de la « sainte Source », partait, le lk novembre 1693, une circulaire expliquant pourquoi l'on y refusait d'entrer « dans ces pratiques si singulières qu'on a introduites depuis peu pour honorer le sacré Cœur de Jésus ». Ce n'était pas le rejet de la dévotion, on le disait expressément : « Nous rie voulons point pour cela

Page 1