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Harmonies et convenances avec la nature de

l'homme, — Notre premier devoir envers Dieu est de l'aimer. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu », c'est le premier et le plus grand des commandements, celui qui résume tous les autres et auxquels tous se ramènent. « Mon fils, donne-moi ton cœur » , c'est le grand appel du cœur de Dieu au cœur de l'homme. Mais Dieu est si loin de nous; si grand, si saint! Et puis, Dieu est invisible. Où est l'espèce d'égalité que réclame l'amour? Où le sensible, qui a tant de prise sur le cœur humain? Au moins, si nous pouvions croire à son amour pour nous! Mais comment y croire, lui étant ce qu'il est, nous étant ce que nous soin mes ? Nous savons ce qu'il a fait pour rendre cet amour possible. Il a supprimé les distances, autant qu'il le pouvait par sa toute-puissance : en se faisant homme pour faire de nous, en quelque sorte, des dieux. Il nous a fourni de cet amour des gages qu'on ne peut récuser : sa parole infaillible, le témoignage des œuvres, le témoignage du sang ; le don de soi, sous toutes les formes : à la crèche, au calvaire, dans l'eucharistie, en attendant le don de soi au ciel. Pour que j'aie un signe sensible de cet amour, un signe parlant , un signe que mon cœur ne puisse m éconnaître , il montre son cœur en me disant : « Voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes » ; il me le montre blessé d'amour, méconnu et outragé, mendiant mon amour. La dévotion au Sacré-Cœur, c'est la réponse à tant d'amour. Ainsi le grand devoir devient pour moi une affaire d'amour, un besoin du cœur : amour pour amour. « Aimons Dieu,

disait saint Jean, puisqu'il nous a aimés le premier. »

2. Harmonies et convenances avec la nature de Dieu et avec le caractère de son action sur l'humanité. — Dieu est amour ; ses voies sur l'humanité sont avant tout des voies de miséricorde et d'amour. C'est par amour qu'il m'a donné Jésus : il a voulu me faire en Jésus une révélation de sa bienveillance et de son amour. Comme le disait Tertullien, Dieu est bon de son propre fond; s'il punit, c'est nous qui forçons sa justice à punir : De suo bonus, de nostro jus tus. Mais nous avons peine souvent à reconnaître cet amour de Dieu : à le reconnaître dans le mystère de sa Providence permettant le mal, dans le jeu fatal et aveugle des causes secondes, dans l'épreuve, dans Je châtiment. Le Sacré-Cœur me rappelle, malgré les apparences contraires, malgré les obscurités, que la Providence divine est avant tout une Providence paternelle, une Providence d'amour : si le juste Juge doit parfois condamner et punir, il ne le fait qu'après avoir épuisé (au moins pour le châtiment définitif) les moyens d'amendement. La dévotion au Sacré-Cœur me montre Dieu sous son vrai jour, dans la vraie lumière.

3. Harmonies et convenances avec le mystère de Jésus et avec l'esprit du Christianisme. — Le mystère de l'Incarnation et celui de la Rédemption, le mystère de Jésus dans toute son ampleur, sont des mvstères d'amour. Jésus est mort en croix pour nous racheter : c'est l'amour qui Ta livré pour

nous à la souffrance et à la mort. Jésus, dans sa vie, a voulu être notre modèle par ses exemples et par ses leçons : sa vie a été toute d'amour pour Dieu, toute d'amour pour le prochain. Jésus est. au ciel et dans l'eucharistie, comme il était dans sa vie et dans sa mort, médiateur entre Dieu et nous et sa médiation est toute d'amour : amour de Dieu, qui nous le donne et, avec lui, tout le reste; amour de Jésus, qui intervient pour nous auprès de son Père et nous transmet ses grâces. Jésus est le législateur de Ja loi nouvelle, et cette loi est une loi d'amour : l'amour en est le commandement spécial, l'amour en est l'esprit. Jésus est le fondateur d'une religion nouvelle : le Christianisme est une religion d'amour. On connaît le fond de Jésus quand on connaîtson coeur; on connaît le fond du Christianisme, quand on sait y trouver partout le Sacré-Cœur; on a l'esprit chrétien quand on a Ja dévotion au Sacré-Cœur. Aussi Notre-Seigneur expliquait-il à sainte Catherine de Sienne que, après nous avoir tout donné, il avait voulu encore que son cœur fût percé par la lance du soldat, pour nous montrer que son amour avait tout fait; pour nous faire entendre aussi que, si grands que fussent les dons, ils ne répondaient pas encore à la grandeur de son amour : les dons sont finis, l'amour est sans bornes.

2. — HARMONIES ET CONVENANCES DANS LE DÉVE- LOPPEMENT HISTORIQUE DE LA DÉVOTION.

Si la dévotion au Sacré-Cœur résume si bien le Christianisme, si elle est comme la quintessence de l'esprit chrétien, on peut s'étonner quelle ait attendu si longtemps pour se développer. Nous avons fait remarquer que, dans son fond et dans son esprit, elle est ancienne comme le Christianisme lui-même. Quant à sa forme spéciale, comme dévotion au Sacré-Cœur, nous avons entendu saint Jean expliquer à sainte Gertrude pourquoi, dans son évangile, il n'avait rien dit du cœur de Jésus ni de son battement harmonieux, et comment cette révélation était réservée aux temps nouveaux, c'est-à-dire aux temps où vivait Gertrude elle-même, dont le livre devait être « le héraut de la bonté divine et du divin amour ». La B. Marguerite-Marie dit à peu près la même chose, en parlant de son temps à elle, des manifestations dont elle devait être comme l'évangéliste, de cette nouvelle médiation par le cœur de Jésus et de ce dernier effort de son amour pour gagner le cœur des hommes. C'était dire, de part et d'autre, que la dévotion venait à son heure et qu'il y avait une intention providentielle dans le choix de cette heure. Sans prétendre tout savoir ni tout expliquer dans les desseins de Dieu, on peut essayer, « sobrement et pieusement », comme dit saint Augustin, d'entrevoir quelque chose des harmonies

et des convenances historiques de la dévotion. Ici encore, nous devrons nous borner à de rapides indications, en les groupant autour de trois ou quatre points : invention et vulgarisation de la formule, la personne et l'amour de Jésus, le règne de Jésus.

1 . Harmonies et convenances historiques dans l'invention et la vulgarisation de la formule, — Nous avons vu dans la dévotion au Sacré-Cœur une formule heureuse, exprimant on ne peut mieux le fond même et l'esprit du Christianisme : formule claire et parlante, en même temps que profonde et compréhensive. Or, ces grandes et heureuses formules ne se trouvent pas tout d'abord. Elles supposent une longue familiarité avec les réalités qu'elles expriment, beaucoup de réflexion et d'analyse sur ce que l'on voit et que l'on sent, une synthèse qui ne se fait qu'après de multiples expériences. Simples trouvailles, en apparence, mais qui ne se font qu'après avoir été longuement préparées. Qu'on se rappelle Newton trouvant soudain la formule de la gravitation universelle, à propos d'un fait banal, qu'il avait vu cent fois, mais ne la trouvant, disait-il, qu' « à force d'y penser ». Même quand une formule a été trouvée par une intuition de génie, elle ne se propage que dans un milieu préparé à la comprendre. Ainsi en a-t-il été pour la dévotion au Sacré-Cœur Elle devait apparaître à son heure. Révélée à quelque âme privilégiée ou trouvée par une intuition de la piété chrétienne, elle vécut d'abord

dans quelques âmes ou quelques milieux choisis, se répandant peu à peu à mesure qu'elle trouvait un terrain préparé, pour paraître enfin au grand jour dans les livres des écrivains, dans la prédication publique, dans le culte officiel de l'Église. Nous avons étudié les phases diverses de ce développement et en avons signalé, suivant que l'occasion s'en présentait, les agents, les causes et les conditions, les circonstances et le caractère. La Providence divine y apparaît, agissant avec son ordinaire tempérament de force et de suavité. C'est ce que nous allons voir mieux encore dans la suite de nos réflexions.

2. Harmonies et convenances historiques relatives à la personne de Jésus. — Dans la piété chrétienne, la personne de Jésus a sa place, inséparable de Dieu, que nous trouvons en lui et par lui. Or, depuis la seconde moitié du xvne siècle jusqu'à la seconde moitié du xixe, on constate dans la prédication et dans les livres de piété qui veulent être à la mode, une tendance à faire moins grande, pourdiverses raisons qu'il serait trop long d'expliquer, la place de Notre- Seigneur Jésus- Christ. Il ne faut rien exagérer. On n'oublie pas Jésus; mais il est moins en vue chez Fénelon ou chez Massillon que chez saint François de Sales ou chez Bossuet; les apologistes du xvme siècle s'en occupent moins que Pascal. Surtout sa vie historique, son humanité, ont moins de relief. Le Dieu de la philosophie, la Divinité, l'Être suprême apparaissent plus dans la phraséologie du temps

que Jésus, que le Dieu fait homme; la morale perd quelque chose des couleurs de l'Évangile, pour prendre des airs plus philosophiques. On sait que le P. de Ravignan osait à peine présenter Jésus à ses auditeurs de Notre-Dame, et que Lacordaire employa une préparation de dix ans avant de l'introniser enfin triomphalement à sa place royale. Ce fut un mal nécessaire peut-être, mais ce fut un mal. Ce mal eût été plus grand encore sans la dévotion au Sacré-Cœur. Dans les milieux où elle pénétrait, elle gardait vivante la dévotion à la personne adorable du Maître, elle le présentait sans cesse au regard, elle le suivait avec amour dans sa vie historique, pour écouter ses paroles, contempler ses actions, chercher son cœur dans les unes comme dans les autres. Elle amenait des adorateurs près des tabernacles, des communiants à la table sainte. On ne saura qu'au ciel ce que la vie chrétienne, en ces derniers siècles, doit à la dévotion du Sacré- Cœur.

3. Harmonies et convenances historiques relatives à la pensée et au culte de l'amour divin. — On a beaucoup parlé de la guerre faite par les Jansénistes à la dévotion, et l'on s'est plu à montrer l'opposition irréductible entre la conception janséniste du Dieu terrible, n'ouvrant ses bras qu'à un petit nombre d'élus, et la conception de Dieu telle que nous la donne la dévotion au Sacré- Cœur. Une érudition méticuleuse a pu signaler des erreurs de détail dans ce qui a été dit à ce

sujet. M. Gazier, par exemple, a montré que les crucifix aux bras levés et resserrés, que nous appelons souvent des crucifix jansénistes, sont bien antérieurs au Jansénisme ; il a même trouvé de belles pages sur le Sacré-Cœur dans quelques livres de Jansénistes. — Mais le tableau d'ensemble reste vrai. Nous pouvons donc en toute vérité reconnaître dans la dévotion au Sacré-Cœur l'antidote divinement préparé par Dieu contre le virus de la cauteleuse hérésie. Les tendances pratiques sont en sens contraire ; mais surtout l'esprit est tout différent. Sans insister davantage sur ce qui va de soi, nous pouvons indiquer quelques harmonies de la dévotion relatives à la conception, au culte ou à l'oubli de l'amour, au cours du xix' siècle K Le xixe siècle a divinisé l'amour, même l'amour humain, même l'amour coupable. En pratique, il en a toujours été ainsi : l'amour, comme toutes les passions, a reçu les hommages idolâtriques des hommes. Mais il était réservé à la littérature du xixe siècle de soutenir en théorie les droits absolus de l'amour, de le justifier dans ses plus monstrueux excès, de faire plier devant lui toutes les lois humaines et divines, d'en faire le Dieu unique et souverain. Ainsi ont fait les maîtres les plus en vogue de la poésie, du théâtre, du roman. Et leurs leçons n'ont trouvé que trop de disciples dociles. A ce culte idolâtrique de l'amour humain, de l'amour sensuel, de l'amour déver-

1. Cf. J. Pacheu, Le bon catholique à l'école de Jésus-Christ, Paris, 1916. II. Le Cœur de Jésus et 1 âme contemporaine.

gondé, de l'amour égoïste, la dévotion au Sacré- Cœur opposait le culte du Dieu vrai, qui a voulu se définir comme étant l'amour (Deus caritas est), de l'amour diviu nous donnant Jésus et s'incarnant en Jésus, de l'amour souverainement noble et réglé, de l'amour divinement pur et désintéressé, de l'amour qui s'immole et se sacrifie pour nous apprendre à aimer qui nous devons aimer et comme nous devons aimer, en donnant pour modèle, pour règle, pour stimulant à notre amour l'amour même de Dieu et l'amour de Jésus, afin que nous travaillions à diviniser notre vie, si je puis dire, en divinisant notre amour.

A côté de cette idolâtrie de l'amour, le xixe siècle a prôné, sous le couvert de la science, une conception du monde où l'amour n'aurait plus de place ni de rôle, sinon comme instinct aveugle et comme force inconsciente. Tout serait régi par des lois fatales. Tout se ramènerait aux évolutions d'une Nature impersonnelle, sans âme et sans cœur, où l'homme ne serait qu'un des innombrables rouages de l'immense machine, entraîné lui-même dans le mouvement universel, sans rien qui le distingue du reste qu'un épiphénomène passager de conscience, qui brille un moment d'une lueur phosphorescente à la surface du flot, pour se perdre à jamais dans le gouffre sans limite et sans fond. Telle a été, pendant plus d'un demisiècle, la conception soi-disant scientifique, la conception positiviste de l'univers; c'est à elle que bien des savants teintés de philosophie, bien des

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philosophes teintés de science ont prêté la séduction et le prestige de leur savoir ou de leur style. En face de cette conception fataliste, destinée à finir dans un sombre pessimisme, stoïquement résigné (tel celui de Taine) , ou faussement rieur (tel celui de Renan), la philosophie chrétienne, l'apologétique et la théologie ont vaillamment maintenu les inébranlables vérités de raison et de foir la conception chrétienne et sagement optimiste du monde; mais aux âmes il faut autre chose que des raisons abstraites, que des vérités froides, qu'une foi toute nue. La dévotion au Sacré-Cœur, en leur présentant le cœur de Jésus, leur rappelle la souveraineté de l'amour dans le gouvernement du monde, leur fait voir et goûter partout la Providence aimante et paternelle de Dieu, voir et goûter l'amour de Jésus qui se fait notre frère pour nous faire enfants de Dieu et pour attirer sur les enfants coupables et miséreux les complaisances divines, qui du Fils bien-aimé en qui elles se reposent débordent jusqu'à nous. Ces considérations, et beaucoup d'autres qu'on pourrait faire dans le même sens, nous aideront à comprendre l'attrait de grâce qui pousse vers le Sacré-Cœur tant d'âmes parmi les plus chrétiennes et les plus ferventes. Pour elles, la dévotion au Sacré-Cœur est la forme naturelle, dans les jours où nous sommes, de la dévotion à Jésus; travailler à la faire grandir en soi et autour de soi, c'est travailler à faire régner Jésus en soi et dans les autres. Et, comme la cause de Dieu et

la cause de Jésus ne sont qu'une seule et même cause, on comprend que tant d'âmes d'élite, qui ne veulent vivre que pour Dieu et pour autrui en vue de Dieu, dans le total oubli et le sacrifice de soi, se tournent vers le Sacré-Cœur, pour lui faire, dans les mêmes termes ou en termes équivalents, la belle prière que lui adressait l'une de ces âmesi, et qui résume si bien, en même temps que la perfection de la dévotion au Sacré-Cœur la perfection de la vie chrétienne : « Cœur sacré de Jésus, ô ma lumière, mon amour et mavie, faites que je ne connaisse que Vous, que je n'aime que Vous, que je ne vive que de Vous, en Vous, par Vous, et pour Vous. »

Wr*L?« ' M^elein,e-S°Phie Barat, fondatrice des Dames du Sacré-Cœur, l'une des âmes, sans doute, qui ont le plus con tnbue a répandre dans le monde la dévotion au Lré-CœUr' en fondant une Société qui, depuis plus de cent an* Z Zl 1 de travai 1er, avec un zèle infatigable, à faire connaître aS honorer le cœur adorable de Jésus. ' aimer'

APPENDICE I (p. 90),

Beaucoup d'indications bibliographiques ont été données dans le cours de ce travail. Mais au commencement de la seconde partie la note eût été trop longue. On trouvera donc ici la liste qui eût été là à sa place. J'y joins quelques autres renseignements, que je n'ai pas eu l'occasion de placer ailleurs.

Impossible de tout indiquer. Ce serait d'ailleurs inutile, après les listes du P. Nilles, du P.' Letierce, de M. Sauvé. Je fais donc un choix, en vue surtout du mouvement général de la dévotion.

(Jean Croiset, 1656-1738) La dévotion au Sacré- Cœur de Jésus-Christ, par un Père de la Compagnie de Jésus, Lyon 1691. C'est le premier ouvrage de fond sur le Sacré-Cœur; il a été vu et approuvé en grande partie par la B. Marguerite-Marie; souvent réédité, jusqu'à ce qu'il fût mis à l'Index, en 1704; il en a été retiré en 1887. Nouvelle édition d'après la 3e de Lyon, 1694, à Montreuil-sur-Mer, 1895, par le P. de Franciosi. C'est à elle que nous renvoyons. Elle est suivie, avec pagination nouvelle, de Y Abrégé de la Vie de la sœur Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation Sainte-Marie, etc.; l'édition de 1691 ne donnait pas le nom. La mise à l'Index n'empêcha pas le livre de faire son chemin, mais avec des remaniements et adaptations multiples.

(Mère J. M. de Bauquemare de Bourdeny, supérieure du premier monastère de la Visitation, à Rouen) . La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus-Christ, Rouen 1694. Réédité à Montreuil-sur-Mer, 1899. Le P. Letierce* ne regarde pas la Mère de Bourdeny comme l'auteur du livre, mais seulement comme l'éditrice. L'éditeur de 1899 est très affirrnatif. Boudon, ci-dessus, p. 476, y voit « un extrait » de Groiset.

Jean Bouzonié (1645-1726), Entretien de Théotime et de Philothée sur la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, Poitiers, 1697. Réédité à Montreuil-sur-Mer, 1895, par le P. de Franciosi.

(François Froment) La véritable dévotion au Sacré- Cœur de Jésus-Christ, parle P... de la Compagnie de Jésus, Besançon, 1699. Le P. Froment avait vécu à Paray, et connaissait Marguerite-Marie; son ouvrage était, paraît-il, écrit avant celui du P. Croiset; la sainte fille, qui l'avait stimulé d'abord, vit ensuite en Groiset l'élu de Dieu. Comme celui de Croiset et de Bouzonié, comme plus tard celui de Galliffet, il explique très bien la dévotion. On est étonné de cette justesse et de cette précision dans des ouvrages de déblaiement. Il a été réédité à Bruxelles en 1891.

A Pont-à-Mousson. un autre jésuite publiait, dès 1696, une Instruction pour la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus qui contient la manière dont cette dévotion s'est établie, la méthode de la pratiquer et quelques prières qui lui sont propres. Ce « n'est proprement, dit dans son Approbation le P. Philippe Dorigny, Recteur de l'Université et du Collège, que l'extrait » de Croiset, édition de 1691. Mais l'auteur du recueil a pris ses libertés avec son auteur. Réédité, en 1895, à Montreuil-sur-Mer.

Duhamel, aumônier des Dominicaines d'Aumale. La nouvelle dévotion au Sacré- Cœur de Jésus. Retraite

l. Élude, t. I", p. 366-367.

et lectures. Ouvrage écrit dans les premières années du xvme siècle, publié seulement en 1889 à Paris, par l'abbé Rance.

Joseph Hubert de Saint-Nicolas, Carme déchaussé; Le triomphe du tout aimable et souverainement adorable Cœur de AT.-S. J.-C. dans l'âme du fidèle qui s'applique à le dédommager, etc. Liège, 1704 f.

A. Ginther, Spéculum amoris et do loris in sacratissimo ac diuinissimo Corde Jesu... orbi Chrisliano propositum. Vienne, 1705.

Religion pratique du ciel et de la terre, ou Pratique pieuse pour s' acquitter dignement de tous les devoirs de piété par Vunion de nos cœurs au cœur de Jésus-Christ. Réédité à Nancy en 1734 (opuscule de 46 p., in-24); mais l'approbation est signée : Galliot, Paris, 26 juin

En 1711, Simon Gourdan (1646-1729), chanoine de Saint-Victor, donnait au cardinal de Noailles une lettre sur le Sacré-Cœur, qui a été insérée dans plusieurs recueils du xvme siècle sous le titre '..Jbloge de la dévotion au Sacré-Cœur de notre adorable Sauveur Jésus- Chris t. (Voir ci-dessus, p. 513). On cite encore de lui : Instruction et pratique vour la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, 1723; Le Cœur chrétien formé sur le Cœur de Jésus-Christ, 1722.

L'ouvrage le plus marquant sur la matière, celui qui. avec celui de Croiset, a exercé la plus grande influence, est celui du P. de Galliffet, Rome 1726, en latin; Lyon 1733, en français. Rééditions et adaptations sans nombre.

Idée nette et parfaite au raccourci de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, Paris, 1750.

I. Dom Heurtebize, à l'article L. Géraud de Cordemoy (1651- 1722) dans le Dictionnaire de théologie Vacant-Mangenot, t. 3, co!. 1846, mentionne, parmi ses écrits : La Dévotion au saint Cœur de Jésus, sans autre indication. Hurt^r. Nomenclator, t. 2, col. 1CG3. n'en dit rien.

En allemand, le P. Joseph Waldner, donnait à Strasbourg, dès 1723, Das Buch des Lebens, où il représentait l'amour infini du Sauveur Jésus, afin d'enflammer les hommes à un parfait amour de retour et de les conduire à une vie parfaite par le culte du très saint et très divin Cœur de Jésus (tout cela est dans le titre).

En 1730, paraissait, à Manheim, Relatio compendiosa de origine et scopo pietatis erga SS. Cor Jesu, in usum Serenissimi Philippi, electoris Palatini.

L'un de ceux dont les ouvrages firent beaucoup pour la diffusion du culte en Allemagne fut le P. Schauenburg. On a de lui, entre autres, Das liebenstvùrdigste Herz Jesu, Ulm, 1760, réédité par le P. Hattler, Soest, 1871. Ce n'est, je crois, qu'une traduction de son Amabilissimum Cor Jesu Dei Hominis ad amandum et redamandum propositum, Munich, 1756.

Avec les confréries et les associations de l'adoration perpétuelle en l'honneur du Sacré-Cœur, les livres de dévotion au Sacré-Cœur se multiplient dès le xvme siècle. Je signale, pour exemple, Le parfait adorateur du Sacré-Cœur de Jésus, ou Exercice très nécessaire pour les associés de la Dévotion du Sacré-Cœur de Jésus, par Gabriel-Fr. Nicollet, très humble adorateur du Sacré-Cœur de Jésus, Paris, 1765. C'est tout un manuel de vie chrétienne et de prières, animées par la dévotion au Sacré-Cœur. On y remarque en particulier une Instruction très substantielle sur la nature et les pratiques de la dévotion, p. 43 sq. Je crois qu'il a été réédité à Saint-Brieuc, il n'y a pas longtemps.

Parmi ces livres de dévotion au Sacré-Cœur, se distingue la Novena del Cuore di Gesù de saint Alphonse de Liguori, avec une Notizia délia divozione verso il Cuore adorabile di Gesù, que le saint présenta à Clément XIII, en 1765, en vue d'obtenir la fête. Presque aussi célèbre est la Novena in preparazione alla festa

del Sacro Cuore di Gesù Cristo, du P. Borgo, Ferrare,

Les Visitandines publièrent, au xvme siècle, nombre d'opuscules de piété à l'usage des confréries du Sacré-Cœur établies dans leurs monastères. Voir la liste, d'ailleurs fort incomplète, dans Letierce, t. I, p. 619-620. Liste d'ouvrages publiés par des Jésuites avant 1800, Ibid., t. II, p. 548.

Quand la fête fut concédée et que les évêques de France l'eurent admise dans l'assemblée de 1765, beaucoup d'évêques firent des mandements pour l'expliquer. Quelques-uns de ces mandements sont restés, souvent pour avoir été incorporés à des livres de dévotion. On cite en particulier ceux de Mgr de Pressy, de Mgr de Fumel, de Mgr de Fleury, de Christophe de Beaumont 1 . La fête donna lieu à de nouveaux livres. A Pressy, que nous avons cité, joignons Collet, La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus établie et réduite en pratique, Paris, 1770.

En Italie, fut publié, à la même occasion, un recueil de douze discours en l'honneur du Sacré-Cœur, sous le titre, Raccolta di Ragionamenti in Iode del sanctissimo Cuor di Gesù. Parteprima, etc. Rome, 1768.

Cependant, la dévotion était attaquée avec une violence inouïe. Voir dans Nilles, loc. cit., Index, et livre IV, partie 3, aux mots : Nouvelles ecclésiastiques, Annali ecclesiastici, Blasi, Giorgi, Grégoire, Wittola, Huber, Pannilini, Fassini, Fleury, Tabaraud, Ricci, Lettera (aux livres italiens), Lettre (aux livres français), tous les livres enfin précédés d'un astérisque. Il fallait la défendre et on la défendit en l'expliquant. Les auteurs cités le font déjà. On peut y joindre nombre d'évêques dans leurs mandements. Quelquesuns firent davantage. Pressy est très bon, sans faire

1. Plusieurs de ces mandements sont reproduits, au moins en partie, dans le Trésor de Dufau.

de polémique ^. Un peu plus tard, Mgr de Fumel, évêque de Lodève, -f* 1790, outre une lettre pastorale sur la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus, publia son bel ouvrage : Le culte de Vamcur divin , ou La dévotion au Sacré Cœur de Jésus, avec des réponses aux objections, 2 vol., Paris (1774, 1776).

Avec Fumel, on peut ciler comme classiques en la matière, contre Blasi et Giorgi : Benoît Tetamo, De vero cultu et festo sanctissimi Cordis Jesu adversus Camilli Blasii Commonitoriam dissertationem Apologeticum, Venise, 1772, avec un appendice, qui parut l'année suivante, Refutatio Antirrhetici Christotimi Ameristie;

J.-B. Faure, Biglietti confidenziali critici, Venise, 1772; Saggi teoiogici, Lugano. 1773;

Fr. Zaccaria, Antidoto contra i libri di C. Blasi intorno la divozione al S. Cuore di Gesù, Florence, 1773;

Ferdinand Tetamo, Diarium liturgico-morale, Venise, 1779;

Emm. Marquez, Defensio cultus SS. Cordis Jesu injuria oppugnati, Venise, 1781;

Lud. Mozzi,// culto delV amordivino, Bologne, 1782; c'est une traduction, augmentée, et adaptée, de Fumel.

En Italie encore, deux théologiens ont beaucoup fait, à la fin du xvnr8 siècle et au commencement du xixe, pour préciser la théologie de la dévotion : Gerdil et Muzzarelli.

En 1794, quand Pie VI eut condamné Ricci par la bulle Auctorem fidei, proposit. 62 et 63, Feller, d'ordinaire mieux inspiré, expliqua la dévotion comme si elle ne s'adressait qu'au cœur métaphorique; il fut réfuté par le cardinal Gerdil, Animadversiones in notas Felleri, Rome, 1795, Opère, t. V, p. 173-177, Naples 1855

1. Instruction dogmatique et pratique pour la solennité de l'établissement de la fête et de l'Office du Sacré-Cœur dans tous les diocèses de France, Boulogne, 1766.

(inséré dans Migne, Cursus theologix, t. IX, col. 925). En 1797, Pévêque d'Arezzo, Mgr Albergotti, rééditant à Lucques son opuscule intitulé La via délia santità moslrata... nello spirito e nella pratica délia vera devozione delsuo santissimo ed amorosissimo Cuore, demandait des lumières plus amples à propos d'une phrase du P. de Galliffet qu'il avait citée, et qui avait paru suspecte à plusieurs. Gerdil lui répondit. C'est la Riposta ad un Quesito ïntorno ad una Proposizione controversa del P. Gallifet (sic) sulla divozione det S, Cuore di Gesù. Ibid. t. V, p. 415-421.

Un peu plus tard, Muzzarelli essayait de préciser encore plus : Dissertazione intorno aile rigole da osservarsi nel par lare e scnvere con esatezza e con propriété, sulla divizione e sul culto dovuto al Sacro Cuore di Gesù, Rome, 1806; trad. française, sous le titre : Dissertation sur les règles qu'on doit observer pour parler et écrire avec exactitude sur la dévotion et le culte dû au Sacré Cœur de Jésus-Christ, Avignon, 1826.

Au xixe siècle, la question du Sacré-Cœur est entrée dans la théologie courante : les théologiens lui ont donné une place dans leurs traités De Verbo incarnato. Perrone est, à ma connaissance, le premier qui Tait fait; il a été généralement suivi. Voir, par exemple, les traités De Verbo Dei incarnato de Jungmann, de Franzelin, de Stentrup, de Billot, etc.

Depuis lors, les traités sur le Sacré-Cœur se sont multipliés à l'infini. Parmi ceux qui précisent le mieux la théologie de la dévotion, on peut signaler, outre Nilies :

J. Bucceroni, Commentant in cultum SS. Cordis Jesu, Paris, 1880;

Leroy, De Sacratissimo Corde Jesu ejusque cultu tractatus philosophicus, historicus, dogmaticus et ascetims, Liège, 1882 ;

Martorell et Castellà, Thèses de cultu SS. Cordis Jesu, 3° édition, Barcelone, 1880;

J. Nix, Cultus SS. Cordis Jesu, et purissimi Cordis B. V. Mariœ, 3e édit. , Fribourg-en-Brisgau, 1905;

J. Thomas, Théorie de la dévotion au Sacré-Cœur, Lille (1885?);

J.-B. Terrien, La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus d'après les documents authentiques et la théologie, Paris,

D'autres se distinguent par des mérites divers. On peut citer, pour la France :

Auriault, Les craies forces. Le Sacré-Cœur, Paris, 1899 ;

W Baudry, Le Cœur de Jésus, Paris, 1865;

M?r Béguinot, Élévations au Sacré-Cœur de Jésus, Paris, 1900;

Chevalier, Le Sacré-Cœur de Jésus, Paris, souvent réédité depuis 1887;

Déodat de Basly, Grandes thèses catholiques. Le Sacré-Cœur, Paris, 1900;

E. Desjardins. Le Cœur de Jésus. Ascétisme et littérature, Paris, 1855;

Doyotte, Elévations sur le Cœur de Jésus, Paris, 1873;

Etcheverry, La Dévotion au S. C. de Jésus. Son histoire et sa pratique, Paris, 1879 ;

Franciosi, Notions doctrinales et pratiques sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, Nancy, souvent ré dite depuis environ 1870;

Lejeune, La Dévotion au S.-C. de Jésus, Paris, 1904;

Questel, Le Sacré-Cœur de Jésus. Histoire, Nature, Pratiques, Vannes, 1907:

Ramière, Le Cœur de Jésus et la Divinisation du chrétien, Toulouse, 1891. Recueil d'articles du Messager. Sans parler des autres ouvrages du même auteur sur le Sacré-Cœur ;

Sauvé, Le Culte du Sacré-Cœur, 2 vol. Paris, 1905;

Suau, Le Sacré-Cœur de Jésus, Paris, 1895.

Il faut y joindre :

A. Vermeersch, Pratique et Doctrine de la Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, Tournai, 1906;

Le Sacré-Cœur médité, par une Religieuse des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, Paris, 1906;

Le Cœur de Jésus dans ses paroles. Élévations par le P. Marcel Baron, S.-J., Paris, 1909.

Sans parler des innombrables mois du Sacré-Cœur ou livres de vulgarisation pieuse ; sans parleraussi des discours, lettres d'évêques, notamment à propos de l'extension de la fête en 1856 (M«r Pie) et de la consécration au Sacré-Cœur en 1875 et en 1899; sans parler enfin de tant de sermons ou conférences sur le Sacré-Cœur (Besson, Monsabré).

En Angleterre : Wiseman, Pastorals on dévotion to tke Sacred Heart of Jésus, trad. franc, pour extraits, dans le Trésor de Dufau. Voir table, t. VIII, p. 515;

Dalgairns, The Dévotion to tke Sacred Heart of Jesus, ivith an Introduction to the History of Jansenism, Londres, 1853 ; trad. franc, par l'abbé Poulide, De la Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, par le R. P. Dalgairns, de l'Oratoire, Paris, 1868;

Manning, Theglories of the Sacred Heart, Londres, 1876; trad. franc. Tours, 1888.

En Allemagne : M«r Martin, Die Lehre und Uebung der Andacht zum gœttlichen Herzen Jesu, 3e édition, Cologne, 1876;

Schmude, Die Andacht zum ht. Herzen Jesu erlàutert, Vienne; trad. franc, par l'abbé Mazoyer : La dévotion auS.-C. de Jésus. Paris, 1877.

En Italie : S. Franco, Délia Divozione al SS. Cuore di Gesù, Florence, 1856 ; trad. franc, par Labis, Tournai, et par Onclair, Paris.

Cardinal Vives, De ineffabili bonitate sacratissimi Cordis Jesu. Contemplationes etorationes quotidionse in menses duodecim distributae, Rome, 1911. Riche collection de textes sur le Sacré-Cœur.

APPENDICE II (voir p. 202)

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