CHAPITRE M
La dévotion au Sacré-Cœur se présente chez Marguerite-Marie avec un ensemble de pratiques déterminées. Mais la pratique va, pour elle, bien au-delà de ces pratiques. Dans ses écrits comme dans sa vie, sa chère dévotion est l'àme de tout; c'est un esprit d'amour qui pénètre et domine tout. La dévotion au Sacré-Cœur, comme elle l'entend, c'est une formule admirable de vie chrétienne et parfaite, toute à Jésus, toute en Jésus, toute de Jésus; c'est l'amour de Jésus envahissant l'âme, avec toutes ses pensées, toutes ses affections, tousses actes, de façon que ce ne soit plus nous qui vivions, mais Jésus-Christ qui vive en nous. C'est ce qui ressort, pour ainsi dire, de toutes les pages qu'elle a écrites; il n'y a qu'à lire pour s'en rendre compte. Nous passerons d'abord en revue les principales pratiques indiquées par elle. Nous donnerons ensuite quelques textes pour montrer comment elle entend la dévotion1.
1. Sur ces pratiques, on peut voir d'amples détails dans Le règne du Sacré-Cœur, t. II ; le tome III étudie, d'après Marguerite-Marie, « les vertus demandées par le Sacré-Cœur à tous
Les Pratiques.
/. Image. — 2. Consécration. — 3. Amende honorable. — 4. Communion et dévotion à V Eucharistie. — 5. Heure sainte et union à Jésus souffrant. — 6. Dévotion à la Sainte Vierge. — 7. Les âmes du Purgatoire. — 8. Pratiques diverses.
Les pratiques sont à peu près chez Marguerite- Marie ce qu'elles seront plus tard, soit qu'ellemême les ait mises en circulation, soit qu'elle ait approuvé et fait siennes celles que proposaient, dans leurs livres ou livrets, la Mère de Soudeilles, la Sœur Joly, le P. Croiset. Quelques-unes lui sont demandées à elle-même par Notre-Seigneur ; il en est qu'elle propose comme très agréables au Sacré-Cœur; il en est qu'elle s'ingénie à trouver pour faire valoir sa chère dévotion. Quelques-unes sont tombées, ou à peu près1. Plusieurs sont restées (la consécration, l'amende honorable, etc.); plusieurs, qui ne sont chez elle qu'en germe, se
ses serviteurs •, et le tome IV, « le» vertus particulières demandées aux chrétiens et aux religieux •, ainsi que » les diverses dévotions unies à la dévotion au Sacré-Cœur ».
1. Celle, par exemple, des billets, portant des invocations d'un côté au Sacré-Cœur, de l'autre à l'Immaculée Conception, qu'on trempe dans l'eau et qu'on avale à jeun. Lettre lxxxii (lxxxiii), t. II, p, 159 (196); G. lxxxviii, 397. Elle parle de guérisons miraculeuses dues à cette pratique. Loc. cit. Cf. Lettre mi (liv), t. II, p. 104 (141), G. ux, 344.
sont développées (les offices, l'apostolat de la prière, etc.)
Quelques-unes appellent un mot d'explication.
1. L'image. — L'image tient une grande place dans les visions de Marguerite-Marie, dans les désirs et dans les promesses du Sacré-Cœur. On conçoit dès lors qu'elle ait une grande place dans les préoccupations et dans la correspondance de notre sainte. C'est pour elle à la fois un moyen de propager sa chère dévotion et une pratique spéciale de cette dévotion, pratique désirée par Jésus, et à laquelle il a promis d'attacher de grandes grâces.
Aussi en veut-elle à tout prix. Et comme elle se remue pour en presser l'exécution, comme l'attente lui est longue, quelle joie quand ses désirs sont enfin accomplis, comme elle est heureuse d'en distribuer1!
N'a-t-elle pas des promesses du Sacré-Cœur pour ceux qui la porteront, et l'assurance de bénédictions spéciales pour les maisons où elle sera exposée et honorée? Jésus ne veut-il pas qu'elle ait sa place d'honneur dans le palais des rois et sur les étendards de Louis XIV?
Dans les visions de Marguerite-Marie, tantôt c'est le cœur seul qui est montré, tantôt c'est
1. Voir, dans Vie et Œuvres, la table analytique, aux mots Images et Tableaux. Comme celte table manque dans Mg,Gauthey, voici quelques indications d'après son édition des lettres, t. II : Lettres xl, xlii, xlv, xlvii, li, lu, lui (avec la note), lvi,
lx, LXVI.
Jésus qui apparaît et qui montre son cœur. Dans les premières images, ii n'y a jamais la personne de Notre-Seigneur : le cceur seul est représenté1. Il a la forme de convention à laquelle on était depuis longtemps habitué par la dévotion aux cinq plaies; le caractère symbolique de la représentation est indiqué de diverses façons : par les flammes, parles « lacs d'amour », par la couronne d'épines et la croix, par le mot caritas. Les images que fit faire la Mère Greyfié, pour les donner à la sainte voyante et à ses novices, semblent avoir été la représentation alors courante des cinq plaies2. On sait que cette représentation groupait tout autour du cceur percé, et qu'on avait ainsi, pour ainsi dire, l'image du Sacré-Cœur avant la lettre. Ce fut une des préparations providentielles à la dévotion.
2. La consécration. — Par là il faut entendre deux choses : un acte de consécration, que l'on fait et que l'on renouvelle à l'occasion, et un don complet de soi-même au Sacré-Cœur, afin de ne plus vivre que pour lui, pour ses intérêts et pour son amour. Nous avons sur ce point nombre de textes de la sainte. En voici quelques-uns.
« Il me demanda, après la sainte communion, de lui réitérer le sacrifice que je lui avais déjà fait de ma liberté et de tout mon être. Ce que je fis de tout mon cœur3. »
1. Cela peut tenir, pour une part, à ce qu'il est plus facile de dessiner l'image du cœur tout seul.