‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 65 sur 242 · Ci-dessus, S 3, p · texte numérisé non relu

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richesses cachées dans son humanité, et, pour parler comme les Sulpiciens, tout « l'intérieur de Jésus ». Qu'on lise seulement les Litanies du Sacré-Cœur : ©n verra qu'il en est ainsi.

Et il en a été ainsi dès les commencements. Voici comment s'exprime le P. de la Colombière, en expliquant le sens de « l'offrande au Cœur sacré de Jésus-Christ » : « Cette offrande, dit-il, se fait pour honorer ce divin Cœur, le siège de toutes les vertus, la source de toutes les bénédictions, et la retraite de toutes les âmes saintes. Les principales vertus qu'on prétend honorer en lui sont : premièrement un amour très ardent de Dieu son Père joint à un respect très profond et à la plus grande humilité qui fut jamais; secondement, une patience infinie, etc. ; troisièmement, une compassion très sensible pour nos misères, etc. Ce Cœur est encore, autant qu'il le peut être, dans les mêmes sentiments, et surtout toujours brûlant d'amour pour les hommes1. »

On pourrait trouver mainte page du même Qenre dans Marguerite -Marie.

Comment expliquer cette anomalie, ce*4» sorte de disproportion entre la définition et l'usage, entre la théorie et la réalité? Sans se poser explicitement la question, les auteurs la résolvent pratiquement en deux sens.

D'abord en essayant de ramener à l'amour tout

1. A la fin des Retraites spirituelles, Œuvres complètes, Grenoble, 1901, t. VI, p. 124. Cité dans Croiset, 3» partie, c. iv. p. 179; dans Galliffet, 1. III, c. vm, p. 248.

OBJET PROPRE DE LA DÉVOTION AU SACRÉ-CŒUR 12o

l'intime de Jésus. Sa vie affective n'est-elle pas tout amour? Et les variétés de cette vie affective, que sont-elles sinon un même amour diversifié suivant la condition de l'objet? C'est ce que saint Augustin avait dit ; ce qu'ont répété saint Thomas, Bossuet, tous les disciples des maîtres. Ce qui n'est pas amour, en Jésus, est sous l'influence de l'amour. Pourquoi ses douleurs? Il a aimé. Que sont ses miracles? Des effets d'amour et de bonté. Si saint Thomas conçoit tous les actes bons de l'homme de bien comme produits sous l'empire de l'amour — il entend, il est vrai, l'amour de Dieu — ne pourra-t-on pas dire que toute la vie de Jésus se ramène à l'amour de Dieu et du prochain? Toute sa vie n'est-elle pas pour le prochain, comme elle est pour Dieu? Et certes, c'est là une belle idée de la dévotion au Sacré-Cœur1.

Il faut le reconnaître pourtant, elle n'épuise pas toute la richesse de la dévotion, telle que nous la trouvons dans les écrits du P. de Gallifiet (je pourrais dire tout aussi bien daus ceux de Marguerite-Marie), telle que .nous la voyons dans la pratique des fidèles.

Tout en étant essentiellement ce que nous l'a-

1. Cette idée est très bien rendue dans un cantique du xviii* siècle sur le Sacré-Coeur. On y repasse toute la vie de Jésus depuis l'Incarnation jusqu'à l'Ascension, et à la fin de chaque strophe rappelant un mystère, on demande : Dans ce mystère

Que faisait ce Cœur? Il aimait.

G. F. Nicollet. Le parfait adorateur du Sacré Cœur de Jésust p. 470 et suiv. Paris, 1765.

vons défini, le culte du Sacré-Cœur s'étend plus loin. On peut et on doit le concevoir comme la dévotion à l'amour du Sacré-Cœur pour nous. Car c'en est bien là la « substance », suivant le mot de Pie VI que nous avons cité1. Mais elle s'étend plus loin, et cela parce qu'elle est la dévotion au cœur réel et vivant de Jésus, parce qu'elle traite le cœur de Jésus suivant les conditions où nous nous trouvons à l'égard du cœur humain.

Le cœur est avant tout emblème d'amour. Mais le cœur réel et vivant n'est pas que cela. Et de là vient que la dévotion au cœur vivant et réel de Jésus n'y honore pas seulement l'amour. Toute notre vie intime et profonde a ses attaches avec le cœur : nos sentiments s'y répercutent, toute notre vie affective y a comme un centre de résonance par lequel elle se manifeste sensiblement à nous2. Or, notre vie morale et notre vie affective sont étroitement unies, je ne sais si même on peut dire qu'elles sont distinctes. Aussi le langage courant, expression de réalités profondément senties, rattache-t-il au cœur toute la vie morale et affective de l'homme : les vertus comme les sentiments, les principes d'action et les mobiles

ï. Ci-dessus, S* 3, p. 107.

2. On sait que Famour de volonté, comme tous les actes de Pâme spirituelle, n'a pas, à proprement parler, d'organe matériel. Mais il n'est pas ici question d'organe ou de principe; il s'agit de concoure et de résonance. Or, on sait assez que même l'amourspirituel, quand il est vraiment et pleinement un amour humain, déborde sur la partie sensible de l'homme : il a son contre-coup dans l'organisme.

intimes. Ne va-fc-on pas jusqu'à dire que les grandes pensées viennent du cœur, et que le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas? Ne comprenons-nous pas que, quand Pascal parle de « Dieu sensible au cœur », il traduitune réalité profonde, et que « Dieu sensible au cœur », c'est autre chose que la connaissance purement abstraite et froide du philosophe? Jésus lui-même ne s'est-il pas présenté à nous comme « doux et humble de cœur », et ne voyons-nous pas là une manifestation de son Saoré-Cœur?

Mais, tlira-t-on, n'est-ce point là le « cœur métaphorique », contre lequel on nous mettait en garde quand on définissait la dévotion au Sacré- Cœur? Non. C'est bien au cœur réel que va notre pensée. Non plus seulement en tant qu'il est symbole d'amour, écho intérieur qui nous traduit par ses battements notre vie affective; m.âs en tant que l'usage courant, fondé sur une expérience vague mais sûre, rattache au cœur notre vie intime, dont nous y voyons le symbole et l'expression, en même temps que nous y percevons la résonance de nos états affectifs, de nos dispositions morales.

Première extension de notre dévotion. Extension, on le voit, toute légitime et naturelle, dès que l'on conçoit la dévotion comme allant au cœur réel et vivant de Jésus, pour y honorer tout ce qu'il est, tout ce qu'il fait, tout ce qu'il rappelle et représente à l'esprit. De ce chef, la dévotion au Sacré-Cœur n'est plus seulement la dévotion à l'amour du cœur de Jésus ; elle devient la dévotion

à tout l'intime du Sauveur, entant que cet intime a dans le cœur vivant un centre de résonance, un symbole ou un signe de rappel.

Il en est une autre, également naturelle, consacrée aussi par l'usage et fondée aussi sur le langage courant. C'est le passage du cœur à la personne tout entière.

Objet par extension : la personne.

Autre extension du culte. Comment et en quel sens le cœur signifie et résume la personne.

C'est toujours la personne qu'on honore, quand on honore le cœur ; comme c'est la personne qu'on honore, quand on lui baise respectueusement la main. C'est la condition du culte; pas a'est besoin d'y insister ici. Pie VI a fait justice des accusations formulées à cet égard par les Jansénistes, comme si les fidèles, en honorant le Sacré-Cœur de Jésus, l'honoraient en dehors de la personne sacrée du Verbe incarné1. Dès les premiers jours de la dévotion, la doctrine fut très nette à cet égard. Nous avons vu le P. de Gailifîet insister encore et encore sur l'union du cœur à la personne divine dans le culte du Sacré-Cœur. « On peut, disait-il, adresser à ce Cœur divin des prières, des actes, des affections,

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