‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 76 sur 242 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Fondements historiques.

Rapport de la dévotion avec les visions de Marguerite- Marie; certitude historique de ces visions. Jusqu'où la théologie y est intéressée.

En fait, la dévotion au Sacré-Cœur, telle qu'elle a été acceptée par l'Eglise, a reçu le branle de sainte Marguerite-Marie et de ses révélations. Nous verrons qu'elle était en l'air, qu'elle se cherchait, pour ainsi dire. Mais il reste que, dans 1 pensée des dévots, sainte Marguerite-Marie a été l'instrument providentiel choisi pour faire éclore la dévotion, pour propager le culte et obtenir la fête. L'Église, il est vrai, ne s'est pas appuyée, à proprement parler, sur la vérité des \isions pour approuver le culte et instituer la fête. Ce sont choses qui tiennent par elles-mêmes. Mais il reste que la dépendance historique est réelle.

Si donc les révélations faites à Marguerite-Marie

étaient fausses, la fête, sans manquer d'appui, manquerait de fondements historiques, et l'on pourrait dire que, en fait, nous la devrions aux rêveries dune visionnaire. L'Église l'entend ainsi. Aussi, dans des cas semblables, s'entoure-t-elle de toutes les garanties humaines pour s'assurer de la vérité des faits. Les visions de notre sainte ont ces garanties; quelle qu en soit la nature et le comment, que Jésus se soit servi d'un instrument à tempérament maladif ou parfaitement sain, les faits sont suffisamment prouvés, et suffisamment prouvé leur caractère surnaturel, pour appuyer une certitude humaine, pour qu'on puisse marcher et agir suivant cette certitude.

Des faits aussi bien constatés font foi dans les conditions ordinaires; l'Église n'a pas cru jusqu'ici que leur caractère surnaturel, dûment constaté lui aussi, fût une raison suffisante pour ne pas agir en ce cas comme on agit humainement en cas semblables, et elle va de l'avant. Elle n'y engage pas son infaillibilité; mais elle y engage son renom de prudence, de discrétion, de sérieux. Les révélations de Marguerite-Marie, examinées comme elles doivent l'être, par desjuges compétents, supportent la lumière ; et s'il y a quelque part trace de légèreté, d'ignorance et de préjugés, ce n'est pas chez les juges ecclésiastiques qui les ont admises après mûr examen; c'est chez ceux qui les rejettent sans examen, ou après un examen fait dans des conditions telles qu'il ne saurait

fonder une décision sérieuse. Qu'on lise les écrits de la voyante, sa vie, son procès de béatification : on verra si les garanties de sérieux et de science sont avec ceux qui ont dit oui ou avec ceux qui disent non.

Fondements dogmatiques.

L'adoration du Sacré-Cœur et l'adoration de Jésus; la dévotion à l'amour.

Le bien-fondé de la dévotion, à la lumière de la théologie, ressort déjà de ce qui a été dit plus haut. Le cœur de Jésus est digne d'adoration, comme tout ce qui appartient à la personne de Jésus; non pas, sans doute, si on le considérait comme séparé de cette personne, sans rapport avec elle. Mais ce n'est pas ainsi qu'on le considère. Aux accusations des Jansénistes on avait toujours répondu qu'on regardait le Sacré-Cœur comme uni à la personne du Verbe; Pie VI l'a expliqué authentiquement dans la bulle Auctorem fidei. Ainsi tombent toutes les préventions de nestorianisme, d'idolâtrie, etc.

Mais la dévotion au Sacré-Cœur n'est pas que le culte du cœur de Jésus; ele est le culte de l'amour. Et certes, de ce chef, elle serait une invention de génie, si elle n'était l'eue t de l'action du Saint-Esprit toujours vivant et agissant dans

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l'Église. Quelle idée admirable de dégager ainsi l'amour de Jésus dans chaque acte de sa vie, dans chacune de ses paroles, dans toute sa personne ! Quelles convenances de cette dévotion avec l'idée de Dieu, qui est amour et bonté; avec l'idée de Jésus, apparition vivante de la bénignité de Dieu et de son amour paternel; avec l'idée même du christianisme, qui se présente dans son fond comme un grand effort de l'amour divin pour nous! Nous aurons occasion d'y revenir. Mais comment ne pas noter ici, à l'adresse de ceux qui cherchent l'essence du christianisme, que l'essence du christianisme, c'est l'amour de Dieu pour l'homme, manifesté en Jésus? Or la dévotion au Sacré-Cœur va chercher cet amour en Jésus même, pour y rallumer notre amour1,

Y a-t-il rien qui nous aide mieux à réaliser le vœu que saint Paul formait pour les fidèles « Je fléchis les genoux devant le Père, de qui tire son nom toute paternité 2 au ciel et sur la terre, afin qu'il vous donne, selon les richesses de sa gloire, d'être revêtus de force par son Esprit, en vue de l'homme intérieur; et que le Christ habite dans vos cœurs par la foi, de sorte que, enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saiDts ce qu'il y a de largeur et de longueur, de hauteur et de profondeur; connaître l'amour du Christ qui dépasse toute connaissance,

1. Voir ci-dessous, c. iv, § 2, p. 189-195; voir aussi TÉpilogue.

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