Vermeersch, loc. cit., p. 164; Pratique, p
2. De Verbo incarnato, thesis38, $ 2, p. 348. 4e édition, Rome 1904. Voir texte cité ci-dessus, S 6> p. 115, note 2.
sans ce contact avec le cœur de chair, il n'y a plus dévotion au Sacré-Cœur.
Avec la notion du Sacré-Cœur emblème, on reprend contact ave; lecceurréel, et l'on reste libre de faire signifier, à l'emblème non seulement l'amour qui retentit dans l'organe, mais aussi l'amour divin, qui n'y a aucun écho direct. La question n'en est pas résolue du coup. Il ne s'agit pas de ce qui peut être, mais de ce qui est, dans la pensée de l'Église, puisqu'il s'agit de la dévotion publique et officielle de l'Église, non d'une dévotion privée, qui pourrait être différente. N'oublions pas non plus que le cœur emblème, tel que l'Église l'honore, est en même temps le cœur organe, le cœur de chair vivant en Jésus et battant dans sa poitrine le rythme de la vie et de l'amour.
Gette dernière remarque ne nous oblige-t-elle pas à conclure, à défaut de textes précis, que, dans la pensée de l'Église, la dévotion au Sacré- Cœur n'est décidément que la dévotion à l'amour , à l'amour humain, qui seul est l'amour du Sacré-Cœur, l'amour où il a sa part comme organe, en même temps que comme emblème? N'estce point là la raison que nous demandions pour avoir droit de restreindre à l'amour humain dans le Christ l'amour du Dieu fait homme, que nous disions être certainement l'objet de la dévotion1?
La conclusion ne s'impose pas, ce me semble.
1. C'est celle qu'invoque surtout le P. Vermeersch, Pratique, p. 4&4.
Voici pourquoi. Ce sera dire du même coup les îaisons spéciales de faire sa part dans la dévotion à l'amour incréé.
a) L'amour créé du cœur de Jésus n'est-il pas mis en branle par son amour incréé, et pourquoi dès lors le cœur, symbole de l'amour créé, ne le serait-il pas du même coup de l'amour incréé, uni par un lien si intime de causalité avec l'amour créé? Cet amour incréé ne retentit pas directement dans le cœur de chair, je le veux bien; mais il y retentit en produisant cet écho créé de lui-même qui est l'amour du cœur de chair; et cela suftit pour que le cœur de chair me le rappelle, en même temps qu'il me rappelle l'amour créé.
b) Dans un sens analogue, je puis regarder l'amour incréé qui crée le cœur aimant de Jésus. Ce foyer d'amour, qui l'a allumé? Cet emblème vivant de l';»mour, qui me le présente et me le donne? Si Jésus est une manifestation viv
de Dieu dans Je monde, comment le Sacré-Cœur ne serait-il pas la manifestation vivante de l'amour et de l'amabilité de Dieu lui-même? Or, s'il en et ainsi, l'amour incréé a sa place dans la dévotion.
c) Enfin, la dévotion au Sacré-Cœur nous mène tout naturellement, comme nous l'avons vu, à la personne de Jésus, se montrant à nous tout aimante et tout aimable. Le Sacré-Cœur c'est Jésus, Jésus m'apparaissant dans sa nature humaine, mais Jésus se présentant du même coup à ma foi comme personne divine. Et, de ce
chef encore, l'amour incréé a sa place dans la dévotion au Sacré-Cœur1.
Résumé.
Regard sur le cetur vivant ; formules.
Quel vaste champ ouvert au dévot du Sacré- Cœur! Si sa' dévotion est peu profonde ou peu éclairée, il se perdra peut-être à parler de l'amour de Dieu dans le monde, et le Sacré-Cœur n'y sera pour rien, ou n'y sera qu'un synonyme d'amour; mais si elle comprend et goûte le Sacré-Cœur tel qu'il est, dans sa réalité vivante et concrète, en même temps que dans son symbolisme si riche et si expressif, elle y saura lire tout Jésus, Jésus nous aimant d'un double amour, comme il est composé de deux natures, harmonieusement unies dans la personne divine, dans le Dieu fait homme.
1. Ces conclusions sont également celles de M. R. de La Bégassière, article cité, col. 569-570. Il est probable que le P. Vermeersch les admettrait, lui aussi. Il n'a pas prétendu exclure l'amour incréé, ainsi entendu. Voir Études, loe. cit., p. 482; Pratique, p. 430 et 440. — Les Études sont revenues sur la question. Voir la discussion courtoise entre M. Vignat et le P. Vermeersch, Études, 5 juin 1906, t. cvn, p. 643-665. M. Leroy s'est prononcé avec force contre le P. Vermeersch dans la Revue ecclésiastique de Liège, octobre 1906; celui-ci a répondu, ibid., nov. 1906, p. 125-148 ; M. Leroy a répliqué. Le P. Alvéry prend parti pour le P. Vermeersch dans la Revue augustinienne, 15 février 1907, p. 173-190. Je crois pouvoir et devoir garder mes positions.
Gardons-nous de mesurer la richesse de la réalité à l'étroitesse de nos formules; tâchons, au contraire, de multiplier ou d'élargir nos formules pour les rendre de moins en moins inadéquates, de plus en plus proportionnées à la richesse de la réalité. Pour cela, remettons-nous devant le cœur de Jésus, vivant et concret; ou, si l'on veut, devant Jésus qui nous montre son cœur. Étudions ce cœur en lui-même, ce qu'il est et ce qu'il signifie. Ainsi nous comprendrons, mieux que par l'analyse des formules, si admirables soient-elles d'ampleur et de valeur expressive, ce qu'est la dévotion au Sacré-Cœur, et quel en est l'objet propre.
Il faut des formules pourtant. Voici celles qui résument ce que nous avons dit sur l'objet de la dévotion au S;ici é-Cœur.
Cet objet est le cœur de chair de Jésus, vivant dans sa poitrine et battant d'amour pour les hommes.
C'est le cœur de chair, symbole expressif et vivant de l'amour que Jésus a eu et a encore pour les hommes. Ainsi ce cœur nous apparaît avant tout comme en rapport de vie et d'expression avec l'amour du Verbe incarné pour nous.
C'est par là surtout que se définit la dévotion au Sacré-Cœur. Elle est la dévotion à l'amour de Jésus pour nous, à l'amour dont il nous a aimés comme homme, et aussi dans une certaine mesure (si nos remarques à ce sujet sont justes), à l'amour dont il nous a aimés comme Dieu. Et si elle se
plaît à étudier cet amour libéral et- généreux dans tous ses bienfaits, elle s'arrête de préférence à ses principales manifestations, à la passion et à l'eucharistie.
Mais en s'enfermant trop étroitement dans ce symbolisme de l'amour, la dévotion risquerait peut-être d'oublier ou de ne plus voir assez nettement cet amour comme vivant et agissant; elle risquerait peut-être de perdre contact avec ce cœur réel et vivant. Elle revient donc au cœur aimant pour y voir tout l'intime de Jésus, ses vertus et ses perfections, en même temps que ses douleurs et son amour. La vision de l'amour n'en est que plus nette ; les amabilités y éclatent d'autant mieux.
De ]à, par une transition insensible, et sans perdre de vue le cœur de chair, elle va à la personne de celui qui nous montre ainsi son cœur tout aimant et tout aimable, pour le trouver luimême, tout aimant et tout aimable, dans le cœur qu'il nous présente, dans le cœur qu'il nous montre et qu'il nous offre.
La dévotion au Sacré-Cœur est donc une forme spéciale de dévotion à la personne adorable de Jésus. Combien parfaite et excellente, nous pouvons déjà l'entrevoir. Nous le verrons mieux encore dans la suite de cette étude.