CHAPITRE III
Une dévotion se spécifie surtout par son objet; mais elle est, en elle-même, un ensemble d'idées, de sentiments, de pratiques, en rapport, avec cet objet. Pour achever de la connaître, il faut donc l'étudier aussi de ce côté, en nous demandant quel est l'acte propre de la dévotion au Sacré-Cœur.
La réponse peut se déduire de l'objet et de la fin de la dévotion, cette fin étant elle-même déterminée par la nature de l'objet. Mais pour ne pas procéder uniquement à priori, nous devrons examiner aussi les textes et les faits1-
La question de l'acte propre pourrait tout aussi bien s'exprimer ainsi : Quel est l'esprit et le caractère propre de la dévotion au Sacré-Cœur, quelles en sont les pratiques spéciales suivant cet esprit et ce caractère? On pçut tout ramener à ces deux chefs : fin et acte propre de la dévotion, en expliquant l'esprit, les pratiques, le caractère.
1. Voir ci-dessusy lre partie, c. m, S % les textes de sainte Marguerite-Marie sur l'esprit delà dévotion.
Fin de la dévotion au Sacré-Cœur.
L'amour appelle l'amour; V amour méconnu appelle l'amour réparateur.
Quand Jésus montrait à sainte Marguerite-Mari'? son cœur passionné d'amour pour les hommes, et. incapable de contenir plus longtemps les flammes qui le dévoraient, désirant faire part à tous des richesses infinies de son cœur, que voulait-il? Attirer l'attention des hommes sur cet amour, les amener à lui rendre homma ,ge, les inviter à puiser dans ce cœur infiniment riche. Si, suivant les paroles de notre sainte, « il prend un singulier plaisir à être honoré sous la figure de son Cœur de chair », quel but veut-il que nous nous proposions en lui rendant cet honneur? Il s'agit de la fin précise et prochaine de la dévotion, non pas de la fin dernière et générale, qui est évidemment la gloire de Dieu et la sanctification des âmes.
Il veut que nous nous proposions d'honorer son amour, et d'y répondre en lui rendant amour pour amour. La manifestation du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie est la manifestation de l'amour. On peut donc ramener toute la dévotion à ceci. D'un côté, un amour qui appelle l'amour, un amour tendre et débordant qui appelle un amour proportionné; de l'autre côté, l'amour qui
répond à l'appel de l'amour, Fameur soucieux de n'être pas trop en reste avec l'amour immense qui Fa prévenu et qui le provoque. Si la dévotion au Sacré-Cœur se ramène, suivant le mot de Pie VI à vénérer l'immense charité et l'amour prodigue [effusum) de Notre-Seigneur pour nous, il est clair que c'est pour allumer notre amour à ce foyer d'amour. La chose va de soi.
Quelques textes seulement pour montrer qu'il en est hien ainsi.
Marguerite-Marie écrit au P. Croiset : « Il m'était montré un Cœur toujours présent, jetant des flammes de toute part, avec ces paroles : Si ta savais combien je suis altéré de me faire aimer des hommes, tu n'épargnerais rien pour cela... J'ai soif, je brûle du désir d'être aimé1. »
Elle avait écrit précédemment à la Mère de Saumaise : « Il régnera malgré ses ennemis, et se rendra le maître et le possesseur de nos cœurs ; car c'est sa principale fin dans cette dévotion, que de convertir les âmes à son amour2. »
Et encore au P. Croiset : « Il me fit voir que l'ardent désir qu'il avait d'être aimé des hommes. . . lui avait fait former ce dessein de manifester son Cœur aux hommes, avec tous les trésors d'amour, de miséricorde, de grâce, de sanctification et de salii' qu'il contenait, afin que tous ceux qui voudraient lui rendre et procurer tout l'honneur, l'amour et la gloire qui serait en leur pouvoir, il les