Riche collection de textes dans Franciosi, livre cité
çiAooTopYia, tendresse paternelle ou fraternelle de Dieu ou de Jésus pour nous, sur sa çiXavOpuwcta, ou son amour pour l'homme? Et Chrysostome n'était en cela que l'écho de saint Paul et de saint Jean. Toute la théorie du christianisme, amour mutuel entre Dieu et l'homme, est fondée sur des textes très nets de l'Écriture, que les saints Pères ont magnifiquement exploités, que les théologiens ont enchâssés avec les textes des Pères, dans leurs synthèses théologiques. Il suffit de citer les noms de saint Augustin et de saint Bernard, de saint Thomas et de saint Bonaventure, de rappeler telle méditation de saint Anselme ou d'Eckbert de Schônau, le Stimulus amoris, longtemps attribué à saint Bonaventure, ou le De diligendo Deo de saint Bernard. Mais tout cela n'est pas la dévotion au Sacré-Cœur, puisqu'on n'y voit pas trace de culte rendu au cœur de chair comme symbole d'amour.
Certains mots de l'Écriture mettaient les fidèles tout près, si je puis dite, du trésorcaché : ceux-ci, du Cantique : Vulnerasti cor meum (îv, 9); In foraminibus petrœ, in caverna macerise (n, 14); Pone me ut signaculum super cor tuum (vin, 6); celui-ci, à' haïe : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris (xn, 3); en particulier, certains passages de l'Évangile, celui notamment où Jésus se présente comme le maître doux et humble de cœur(Af(fl/M.,xi,29); celui où il représente l'homme de bien tirant du bon trésor de son cœur le vieux et le nouveau (Luc, vi, 45) ;ceux où il est parlé du
disciple que Jésus aimait et qui reposa sur sa poitrine (Joan., xxi, 20); celui surtout où saint Jean no'is parle, en termes qui éveillent si bi»jn l'idée du mystère, du côté de Jésus ouvert par la lance (Joan., xix, 3i). Mais rien ne montre qu'ils l'aient soupçonné. Ils ont chanté le mystère de leau et du sang sortant du côté ouvert; ils ont vu des intentions dans le mot de L'évangéliste : Vigilanli verbo evangelisfa usus est, nous dit saint Augustin1. Mais ils ne semblent pas avoir pensé explicitement à la blessure du cœur. Car le mot pecttts, qu'ils emploient peut-être quelque ni fie pot
plutôt que cœur; l'organe parait être désigné surtout parle mot cor2. Mais quoi qu'il en soit du mot pectus, et de la blessure du cœur, on ne voit pas ni qu'ils aient regardé la blessure du côte comme emblème du cœur blessé d'amour, ni songé explicitement à désigner le cœur de chair de Notre- Seigneur comme symbole de son amour pour nous, ni rendu aucun culte à ce cœur de chair3. Les
1 In Joan , tr. cxx, P. L.y t. XXXV, col. 1953.
2. Le mot le plus usité dans les premiers siècles est celui de l'Évangile : en grec icXeupà, en latin latus. Le texte latin aperuit latus, où saint Augustin a vu une intention spéciale, semble supposer un texte grec fpot&v, là où le texte courant porte ÊvvÇev. On signale le mot xapàia, qui répond à cor, dans une Homélie du ive ou du v* siècle, que M. Cavallera, qui l'a éditée, revendique, d'après un mst, pour Eustathe d'Antioche. Trouvet-on en latin pectus ou cor, eu rapport avec la blessure d avant le xi* siècle? En tout cas, il ne faut pas citer comme de saint Cyprien le texte du De duplici mariyrio, vi : Quidquid resederat in corde sanguinis, emisit ut nos confirmaremur. P. L. t. IV (1844;, col. 885. Cet opuscule est une forgerie d'Erasme.
3. Voir Galliffet, Addition au 1. n, a. 2. Cf. Xilles, t. I, p. 46 et suiv. Les texte* qu'on cite souvent à ce sujet comme de
textes précis sur la blessure du cœur sont rares dans les dix premiers siècles, si tant est qu'il y en ait; de culte rendu au cœur blessé, nulle trace.
Le mot cœur s'employait à peu près dans les mêmes sens qu'aujourd'hui, pour désigner l'intime, les sentiments, l'amour. Mais on n'a pas jusqu'à présent, que je sache, relevé un seul témoignage sûr et clair, dans les dix ou onze premiers siècles chrétiens, du symbolisme du cœur de ciiair appliqué au cœur de Jésus, ni de la blessure du côté expliquée comme emblème de la blessure d'amour.
Peut-être finira-t-on par en trouver. Jusqu'ici l'enquête ne parait pas avoir été faite avec a^sez de soin pour aifirmer qu'il n'y en a pas. Ce que l'on voit, c'c,at que les textes apportés généralement par les auteurs ne disent pas ce qu'on voudrait y voir, ou no sont pas des Pères auxquels on les attribue1. Quelques-uns paruisseut dégager le symbo-
saint Augustin, sont apocryphes : ils sont empruntés au Manuel, aux Soliloques^ compilations postérieures à saint Anselme et à saint Bernard, qui y sont utilisés autant ou plus que saint Augustin. Mais un mot de saint Augustin sur saint Jean est tout près de notre dévotion : « li reposait, à la Cène, sur la poitrine du Maître, pour signifier par là qu'il t dans l'intime de son cœur des secrets plus hauts. » In Joan. tract. 18, n. 1, Migne, t. XXXV, col. 1536. Même idée dans le S 'acrameïïicïre grégorien, Fête de saint Jean, Préface. Migne, t. LXXVIII, col. 34. Nous la retrouvons dans la liturgie romaine actuelle, 27 ùôc. : Fluentaevangelii de ipso sacro Dominici pectoria fonte potavit Matines, 1** noct., 2" rép.j cf. QCt. S. Joan. 2* nocturne, 1. 5.
1. Voir, Appendice II, la liste, avec examen critique, des principaux textes anciens où l'on a voulu trouver la dévotion au Sacré-Cœur.
lisme du cœur, celui notamment où le vénérable Bède, expliquant le mot du Cantique, Vulnerasti cor meum, dit qu'on pourrait voir « dans cette mention du cœur blessé la grandeur de l'amour que l'Époux a pour son Église1 ». Mais rien ne nous autorise à voir là ni un culte, ni une dévotion spéciale au Sacré-Cœur.
Concluons avec M. l'abbé Thomas : « Nous ne trouvons ni le nom ni l'idée complexe de la dévotion au Sacré-Cœur dans les premiers siècles de l'Église et les saintes Écritures. » Mais nous pouvons y « découvrir au moins éparses les vérités dont nous avons maintenant la synthèse... 11 est vrai, ce serait oublier L'histoire que de contester une véritable antiquité à l'idée de notre dévotion (T amour de Dieu pour nous et la métaphore du cœur); mais si Ton essayait de faire remonter ce culte, dans sa forme actuelle, à une époque où l'on n'en soupçonnait pas l'existence, la méprise ne serait pas moindre2. » M. Thomas parle surtout de l'Ancien Testament. Mais ce qu'il dit est vrai du Nouveau. Vrai aussi des premiers siècles chrétiens. On voyait dans le côté percé, d'où sortaient l'eau et le sang-, une source de grâces; on semble y avoir vu un reloge, un lieu de repos et d'union à Jésus. On était donc tout près du Sacré-Cœur, mais on ne le distinguait pas encore dans la poitrine ouverte.