‹ La dévotion au Sacré-Cœur de N.-S. Jésus-ChristChapitre 50 sur 90 · SIXIÈME MOYEN · texte numérisé non relu

SIXIÈME MOYEN

U?ie Dévotion siiigulière au bienheureux Louis de Gon-^ague.

E sixième moyen qu'on propose et que Dieu a déjà fait connaître par des marques certaines, comme très propre pour obtenir un tendre amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'est la Dévotion au bienheureux Louis de Gonzague de la Compagnie de Jésus, encore plus illustre par l'innocence et par la sublime perfection de sa vie, que par le rang élevé que sa naissance lui avait donné dans le monde.

Il est certain que dans le Ciel les Saints s'intéressent beaucoup pour tous ceux qui les aiment et qui les honorent particulièrement sur la terre, et que la grâce la plus ordinaire qu'ils obtiennent, c'est la vertu dans laquelle ils ont eux-mêmes excellé, et qui fut en quelque façon leur caractère. C'est ce que ce Saint disait luimême, comme on le trouva après sa mort écrit de sa propre main en ces termes : c Comme les hommes sur « la terre sont naturellement plus portés à rendre ser- « vice à ceux qui ont les mêmes inclinations qu'eux..., « de même les Bienheureux dans le Ciel qui ont ex- « celle en quelque vertu particulière, emploient avec « plaisir leur crédit auprès de Dieu, en faveur de ceux « qui ont un attrait particulier pour cette même vertu, « et qui travaillent efficacement à l'acquérir. »

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Or comme la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus dans l'exercice d'une vie intérieure et d'une union continuelle avec Dieu a fait le caractère de distinction de saint Louis de Gonzague, l'on ne peut pas douter qu'il ne s'intéresse d'une manière particulière, pour ceux qui ont extrêmement à cœur cette Dévotion. Plusieurs personnes ont déjà heureusement expérimenté les puissants effets de son intercession en ce point. On dirait qu'on ne saurait lui être véritablement dévot, sans ressentir d'abord pour Jésus-Christ une véritable tendresse. Sa Dévotion inspire je ne sais quelle haute estime et quel amour pour la vie intérieure ; et il semble qu'il est peu de Saints qu'on puisse proposer plus universellement que celui-ci à toute sorte de gens, comme un modèle pour arriver aisément dans l'exercice d'une vie commune, à une haute et solide vertu.

A juger par ^'extérieur de ses actions, on ne trouve rien, ce semble, de fort extraordinaire dans sa vie, étant mort encore fort jeune, n'ayant jamais eu de grands emplois, ne s'étant jamais distingué par des actions fort éclatantes, mais plutôt ayant toujours eu un soin extrême de demeurer caché. Cependant le sublime degré de gloire où il est élevé ne peut être que la récompense d'un grand mérite, comme ce grand mérite ne peut être en lui que le fruit d'une extrême pureté de cœur, d'une vie intérieure, d'une présence de Dieu continuelle, d'un amour de Jésus-Christ très ardent et très tendre, enfin d'une perfection consommée qu'il a acquise en très peu d'années, par l'amour extrême et par la tendre dévotion qu'il a toujours eus pour le Sacré Cœur de Jésus- Christ dans le Saint Sacrement ; et ce n'est pas sans une providence de Dieu particulière que ce fidèle Serviteur de Jésus-Christ est mort comme il l'avait prédit et souhaité, le jour qui est singulièrement destiné à

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la fête du Sacré Cœur de Jésus auquel il a toujours été si dévot.

C'est dans cet adorable Cœur, pour ainsi dire, qu'il reçut, dès son enfance, le don d'une contemplation très sublime et un don de larmes continuel, mais si abondant, principalement à la Messe, après la Consécration, que ses habits en étaient tout mouillés. De la même source procédait l'extrême tranquillité de cœur qu'il conserva inaltérable parmi tous les événements et toutes les occupations de sa vie ; enfin c'est de ce Sacré Cœur que le Saint-Esprit, dit l'Historien de sa vie, remplissait son âme d'une ardeur si violente et de si douces ■consolations, que son visage en paraissait tout en feu, et que son cœur, palpitant extraordinairement, semblait vouloir sortir de sa place. C'est là qu'il s'unissait si intimement avec Dieu, que, lorsque quelque raison l'obligeait à s'en distraire, son cœur sentait une douleur semblable à celle qu'on sent quand on disloque un membre du corps, ainsi qu'il le témoignait lui-même. « Je ne sais, disait-il quelquefois, on me défend de m'ap- ■« pliquer à Dieu, de peur que cette application ne me ■« fasse mal à la tête ; et l'effort que je fais pour ne pas <( m'y appliquer, me fait plus de mal que l'application « même, car je m'en suis fait une habitude ; ainsi ce « n'est plus pour moi un travail, mais une douceur et «. un repos. Cependant-, je tâcherai d'obéir le mieux « qu'il me sera possible. »

Mais pour avoir quelque idée de la gloire sublime •dont il jouit dans le Ciel, et que l'on peut dire qui est le fruit de sa vie intérieure et de l'amour très ardent et très tendre qu'il a toujours eu pour le Cœur adorable de Jésus-Christ, on n'a qu'à voir le témoignage qu'en a donné sainte Madeleine de Pazzi. Voici ce qu'en dit l'Auteur de la vie de cette Sainte :

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« L'an mil six cent, le quatrième d'Avril, la Sainte « étant dans un de ces ravissements qu'elle avait cou- « tume d'avoir, elle vit dans le Paradis la gloire du « bienheureux Louis de Gonzague de la Compagnie « -de Jésus ; et étant surprise d'une chose qui lui paraisse sait extraordinaire, elle commença à parler posément, « mettant de temps en temps quelque intervalle entre « ses paroles :

« O quelle gloire est celle de Louis fils d'Ignace ! Je « ne l'aurais jamais cru, si Notre-Seigneur ne me l'a- « vait montrée. — Il me semble qu'il ne doit point y « avoir dans le Ciel de gloire pareille à celle de Louis. « — Je le dis encore, Louis est un grand Saint. — Nous « avons dans notre Eglise des Saints (ceux dont les re- « liques étaient dans l'Eglise du Monastère) qui n'ont « pas reçu en partage tant de gloire. — Je voudrais « pouvoir aller par tout l'univers pour dire que Louis, « fils d'Ignace, est un grand Saint; et je voudrais pou- « voir montrer la gloire dont il jouit, afin que Dieu en « fût lui-même glorifié. — Il est élevé à ce haut degré « de gloire, parce qu'il a mené une vie intérieure. — « Qui pourrait expliquer le prix et la valeur de la vie « intérieure ! Il n'y a point de comparaison de l'inté- « rieur à l'extérieur. — Pendant que Louis fut ici-bas, « il eut toujours les yeux appliqués sur le Verbe divin. « — Louis a été un martyr caché, parce que qui vous « connaît, mon Dieu, vous connaît si grand et si ai- « mable, que ce lui est un grand martyre de voir qu'il « ne vous aime pas autant qu'il désire vous aimer, et « que loin d'être aimé des créatures, vous en soyez of- « fensé. — lia été encore un martyr, parce qu'il s'est « fait souffrir lui-même. — O combien Louis a aimé « sur la terre ! Voilà pourquoi il jouit de Dieu main- « tenant au Ciel, dans une grande plénitude d'amour.

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« — Quand il était dans cette vie mortelle, il décochait « continuellement des flèches d'amour dans le Cœur <( du Verbe ; maintenant qu'il est au Ciel, ces flèches « retournent en son propre cœur et y demeurent, parce « que les actes d'amour et de charité qu'il faisait alors, « lui donnent une joie extrême. » Jusqu'ici ce sont les propres paroles de la Sainte.

Il est aisé de reconnaître par ce caractère, le juste portrait d'un véritable et d'un parfait dévot du Sacré Cœur de Jésus-Christ, et les personnes qui souhaitent véritablement de le devenir, et d'obtenir un amour de tendresse pour Jésus-Christ, et le don d'une vie intérieure et d'une présence de Dieu continuelle, doivent avoir une tendre Dévotion à ce grand Saint qui leur fera bientôt sentir les doux effets de son intercession, auprès de Jésus et de Marie, qu'il a aim.és avec tant d'ardeur et de tendresse, et dont il a été si tendrement aimé.

C'est pour cela que les Religieuses du Monastère des Anges, à Florence, outre la Dévotion qu'elles ont tous les jours à ce grand Saint, célèbrent tous les ans, dans leur Monastère, sa Fête de la manière la plus solennelle, pour obtenir par son intercession ce recueillement intérieur, cette union avec Dieu continuelle, cet amour de Jésus-Christ très ardent ettrès tendre, et cette Dévotion parfaite à son Sacré Cœur.

A l'appui de ce que dit le Père Croiser du recours à saint Louis de Gonzague comme moyen spécial d'obtenir la Dévotion au Sacré Cœur, il ne paraîtra pas hors de propos de rappeler ici deux faits mémorables montrant combien, au sein même de la Béatitude, l'angélique Louis s'intéresse activement au progrès de cette Dévotion salutaire.

Les deux faits se sont passés à quelques mois d'intervalle €t ont eu Rome pour théâtre. Le premier eut lieu le 3 fé-

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vrier 1765, trois jours seulement après la ratification par le Pape Clément XIII du Décret de la Congrégation des Rites autorisant le culte public du Sacré Cœur. L'heureux favori qui en a été l'objet était un novice de la Compagnie de J«sus, Nicolas Célestini. Après une longue et très extraordinaire maladie, il n'avait plus que quelques heures à vivre au dire des médecins. Tout à coup une image de saint Louis de Gonzague placée vis-à-vis de lui s'anime, le Saint luimême lui apparaît et en un instant le guérit radicalement en lui adressant ces paroles : Le Seigneur t'accorde la vie par mon intercession, afin que tu t'appliques à ta perfection, et que pendant toute ta vie tu t'efforces de propager la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus qui est très agréée dans le Ciel, graditissima in cielo. Déclaré authentique par un Décret du Vice-Gérant de Rome, ce miracle eut un retentissement immense et contribua largement pour sa part à la rapide extension que prit alors la Dévotion au Sacré Cœur.

L'autre fait eut lieu vers la fin de juin. Voici ce qu'écrivait de Rome, le 4 juillet, le R. Père Bridaux au R. Père Nectoux, Provincial d'Aquitaine, dans une lettre conservée aujourd'hui aux Archives de la ville de Bordeaux : « Dieu vient de faire « novissime (c'est la semaine dernière), à Rome, un prodige « en l'honneur de saint Louis, et où les Sacrés Cœurs de Jésus « et de Marie se trouvent glorifiés. Voici le fait : Un jeune « orphelin de douze à treize ans, du nombre de ceux qui « composent la maison fondée autrefois par saint Ignace, « était en proie pour la quatrième fois, depuis le commen- « cernent d'août, à une violente attaque d'épilepsie. Le Su- « périeur, l'infirmier et un jeune orphelin maintenaient le « malade pour l'empêcher de se briser la tête dans ses mou- « vements convulsifs. L'enfant, fort dévot à saint Louis de « Gonzague, l'invoquait en s'agitant ; il était dans la pieuse « habitude de dire tous les jours un Pater, un Ave et un « Gloria Patri, en l'honneur du Saint. Tout à coup le Saint « s'est montré à lui tenant en main une Image de la Mère « de Dieu. A cette vue l'enfant comme ravi s'est écrié : Saint « Louis! saint Louis ! Puis il a incliné profondément la tête

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« en signe de respect. Veux-tu être guéri? lui a demandé le « Saint. — Oui, a répondu l'enfant. — Eh bien ! tu seras « guéri, reprit saint Louis, mais à ta condition que tu récite- « ras tous les Jours, un Pater, un Ave Maria et un Gloria « Patri en l'honneur des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie « et que tu porteras les autres à faire de même. L'enfant « ayant promis de le faire, le Saint lui a donné sa bénédic- « tion et a disparu le laissant guéri. ■» Cff. Le Petit Messager « de Marie. Tome XVII, juin 1891.

Note de l'Editeur.

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