‹ La dévotion au Sacré-Cœur de N.-S. Jésus-ChristChapitre 49 sur 90 · CINQUIÈME MOYEN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME MOYEN

Une tendre Dévotion envers la Sainte Vierge.

P E cinquième moyen pour être bientôt embrasé d'un ardent amour pour Jésus-Christ, c'est d'avoir une tendre Dévotion envers la Sainte Vierge qui a un pouvoir si absolu sur le Cœur sacré de son Fils. On ne peut pas douter que la Sainte Vierge ne soit, de toutes les créatures, celle qui a le plus aimé Jésus-Christ, qui en a été la plus aimée, et qui souhaite aussi le plus ardemment qu'il soit parfaitement aimé ; elle est la Mère du parfait amour', c'est à elle à qui nous devons nous adresser pour en être embrasés. Les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie sont trop conformes et trop unis pour avoir l'entrée de l'un sans avoir l'entrée de l'autre, avec cette différence que le Cœur de Jésus ne souffre que les âmes extrêmement pures, et que Celui de Marie purifie, par les grâces qu'elle leur obtient, celles qui ne le sont pas, et les met en état d'être reçues dans le Cœur de Jésus.

Quoique tous les autres moyens d'obtenir cet ardent amour de Jésus-Christ soient aisés et efficaces, celui-ci paraît plus facile à beaucoup de gens. Peu de personnes ont toutes les dispositions nécessaires pour être embrasées de ce divin amour, mais il y en a peu qui ne puissent fort aisément les obtenir par le moyen de la

' Mater pulchrœ dilectionis.

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très Sainte Vierge. Les pécheurs mêmes n'en doivent pas désespérer; Marie est l'espérance des pécheurs, Marie est l'asile de tous les misérables, elle est la ressource de tout le monde '. Jésus-Christ lui accorde aisément ce que nous sommes indignes de recevoir : Quia ùidignus eras cui donaret, dit saint Bernard, daium est Mariœ ut per illam acciperes quidquid haberes. Il l'a ■établie la dispensatrice de ses grâces, et il a résolu de n'en faire aucune qui ne passe par ses mains : Nihihios Deus habere voluit quod per manus Mariœ non iransiref-. Ayons un amour tendre pour la Mère, nous serons bientôt embrasés d'un ardent amour pour le P'ils. C'est une marque qu'on ne souhaite guère l'amour du Fils, quand on ne ressent pas une tendresse extrême pour la Mère : et sans cette tendresse extrême pour la très Sainte Vierge, on ne doit jamais s'attendre à avoir l'entrée du Sacré Cœur de Jésus-Christ.

Aussi a-t-on remarqué qu'il ne s'est jamais trouvé personne qui ait eu seulement de l'indifférence pour la Sainte Vierge, qu'il n'ait eu en même temps de l'aversion pour Jésus-Christ ? C'est même de cette aversion que ces personnes ont pour Jésus-Christ, que viennent leur indifférence et leur aversion pour la Sainte Vierge : Qui Me odit, disait le Fils de Dieu, et Patrem meum •0^//. Celui qui me hait, hait aussi mon Père : et pour la même raison ne pourrait-on pas dire qu'il n'y a jamais €u d'Hérétique au monde qui n'ait été ennemi de la Vierge, parce qu'il n'y en a jamais eu qui n'ait haï Jésus-Christ. Tous les Ouvrages qu'ils ont composés ne tendent pas moins à étouffer l'amour de la Mère que

1 S. AucjHstinus. Scrmo xviii t/e Sanct. — S. Ephrein. Oratio de laudibus Virginis.

- S. Dernardds. Senno m in Vif/il. Nativ.

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celui du Fils : et y eut-il jamais quelqu'un de ces ennemis cachés de Jésus-Christ, appliqués à détruire les moyens les plus propres à nous le faire aimer, y en eut-il jamais un seul, dis-je, qui nous inspirât la Dévotion envers la Sainte Vierge? ou plutôt qui ne tâchât, par toutes les voies possibles, d'étouffer dans le cœur des F'idèles cette solide Dévotion ?

C'est ce qu'a parfaitement bien remarqué un des plus zélés et des plus grands Prélats de ce temps, l'illustre Archevêque de Malines, dans cette admirable Lettre Pastorale, dont notre Saint Père le Pape Innocent XII a fait un si bel éloge dans le Bref qu'il a écrit à ce grand Prélat. Cette Lettre, pleine de cet esprit et de ce beau zèle qui animaient un saint Charles Borromée, et un saint François de Sales, peut passer aujourd'hui pour un chef-d'œuvre en ce genre d'écrire, soit qu'on considère les belles instructions qu'elle renferme et la saine morale dont elle est remplie, soit qu'on regarde la solidité de la doctrine qu'elle contient. Voici comme ce grand Prélat s'explique sur le faux zèle de ceux qui, bien loin de porter tous les Fidèles à la Dévotion envers la Sainte Vierge, semblent décrier cette Dévotion.

« Une chose, dit-il, qui scandalise extrêmement les « Catholiques, c'est de s'apercevoir que sous main on « décrie la Dévotion envers la Sainte Vierge : cette Dé- « votion qu'ils ont sucée avec le lait, que ceux par qui « ils ont été instruits leur ont si souvent et si soigneu- « sèment recommandée; de voir qu'on ne tient plus de « compte des Images, qu'on tourne en raillerie les Pè- « lerinages de Dévotion, et qu'on emploie, pour s'en « moquer, les plaisanteries fades et peu chrétiennes « qu'Érasme a faites sur ce sujet; que, dans les con- « versations particulières, et même dans les libelles « sans nom, l'on s'emporte contre les Sociétés établies

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« en l'honneur de la Sainte Vierge, tandis que des per- « sonnes attachées aux pieuses et saintes pratiques de « leurs Pères en prennent la défense et veulent que ce « soit encore, aujourd'hui comme au temps de leurs « Aïeux, la marque à laquelle on reconnaît et on dis- « cerne un Catholique d'avec un Hérétique. »

Et ailleurs : « Nous recommandons, dit-il, instam- « ment à tout le monde la Dévotion envers la Sainte « Vierge : nous voulons que vous employiez votre in- « dustrie pour rendre parmi les F'idèles son culte tou- « jours plus célèbre et plus florissant; que l'on aille en « dévotion à ses Images, surtout à celles où il se fait « des miracles ; qu'on les porte à l'ordinaire dans les « Processions, qu'on allume des cierges devant ses « Images, qu'on y chante des Hymnes et des Litanies, « qu'on y fasse des prières ; qu'on parle honorablement « des Congrégations et des Confréries érigées en son « honneur, aussi bien que des Privilèges et des Immu- « nités que les Papes leur ont accordés ; qu'on invite « à y entrer ceux qui n'y sont point encore admis ; « qu'on en érige dans les lieux où il n'y en a point eu « jusqu'ici, et qu'on les rétablisse dans ceux où elles « sont abolies. Qu'on sache que de donner atteinte à i( quelqu'une de ces choses, c'est nous blesser dans la « partie la plus sensible ; à plus forte raison de les blâ- « mer et de les détruire.

« Nous tenons de nos Ancêtres ces sentiments tendres « de piété pour la Sainte Vierge, et malgré la rage des « Hérétiques qui nous environnent, nous les avons « heureusement conservés. Je désire de tout mon cœur « qu'ils prennent racine de plus en plus dans l'âme des « Fidèles ; nous nous y sentons excités par les conseils « et par les exemples de plusieurs saints Personnages « qu'il n'est pas besoin de nommer ici en particulier,

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<( car on peut dire que tous ceux qui, dans les siècles « passés, se sont distingués par une sainteté extraordi- « naire, ont donné durant leur vie des marques écla- « tantes de cette Dévotion envers la Sainte Vierge.

« Et il ne faut point sur cela écouter les vains scru- « pules des Hérétiques et des autres ennemis du culte « de Marie, qui prétendent que l'honneur qu'on rend « à la Mère, blesse en quelque façon les droits du Fils. « Les Fidèles ne sont pas si peu instruits qu'ils ne « sachent ce qu'ils doivent au Fils, et que ce n'est qu'en « sa considération qu'ils rendent honneur à la Mère... « Tout le monde tombe d'accord que c'est par l'amour « du Fils que l'on honore la Mère, ou plutôt, que dans « la Mère on honore le P'ils, lequel aussi vengera ri- « goureusement tout ce qui blesse l'honneur de sa Mère. « Les Saints nous le disent souvent, et la chute déplo- « rable de quelques Chrétiens nous le fait voir à l'oeil : « lorsqu'on se relâche dans la Dévotion envers la Mère, « insensiblement la Dévotion envers le* P'ils diminue, « et vient enfin à s'éteindre tout à fait.

« Le zèle de saint Charles Borromée à étendre la Dé- (' votion envers la Sainte Vierge, les Statuts qu'il a faits « pour l'honorer, se voient dans les divers Conciles cé- « lébrés à Milan par ses soins et par son autorité : car « il n'y en a presque aucun où ce vertueux Prélat, par « des paroles et par des monuments stables et solides, « ne fasse éclater son ardente affection pour la Reine <( du Ciel.

« Les Livres du saint Evéque de Genève sont pleins « des mêmes sentiments, et sa vie est remplie d'actions « qui témoignent cette même Dévotion. Il se glorifie en « quelque endroit d'être de la Confrérie du saint Ro- « saire, comme presque toute la ville en était. Je ne dis « rien de saint Anselme, de saint Bernard, de saint

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« Norbert, etc.. Que les Pasteurs écoutent ces Saints, « qu'ils se les proposent pour exemple, qu'ils les pro- « posent de même à leur troupeau comme d'excellents « modèles à imiter '. "

A la vérité, il est rare de trouver des âmes peu tendres et peu portées à l'amour que nous devons avoir pour Marie, et au culte singulier que nous lui devons. On peut dire que la Dévotion envers la Sainte Vierge est aujourd'hui universelle, et il sera toujours vrai que la Dévotion envers la Mère ne sera jamais décriée que par les ennemis du Fils. Pour nous, qui souhaitons d'aimer très ardemment le Fils, n'oublions rien pour aimer tendrement la Mère, et soyons persuadés que ce ne sera que par le moyen de la Mère que nous aurons un plus facile accès auprès de Jésus-Christ, et que nous serons reçus dans son Cœur.

Mais c'est aussi pour la même raison que nous devons avoir une Dévotion singulière pour la sainte Famille, je veux dire pour saint Joseph, pour sainte Anne et pour saint Joachim, qui, ayant aimé, ce semble, plus ardemment et plus tendrement Jésus-Christ que les autres, peuvent nous servir davantage pour nous obtenir cet amour de tendresse et pour nous procurer l'entrée, pour ainsi dire, de ce Sacré Cœur sur lequel ils ont tant d'autorité.

' Lettre pastorale <le Monseigneur l'Illustrissime et Rcccreni/issime Huinhert Griillfuine île Prccijiiano. par la grtlce 'le Dieu et du Saint-Sii'rjc, Arr hercque île Matines, Primat îles Pai/s-Bas, etr., pour renié'lier au,r- ili-sordres causés dans son Diocèse par les /loucelles doctrines.

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