Le désir qu'il a de s'unir intimement à nous
La dévotion au Sacré Cœur. 1II«-' Partie. 189
quoique les hommes soient insensibles à des preuves si éclatantes d'un si ardent amour.
jcr Prélude. On pourra se représenter le Cénacle où le Fils de Dieu, étant assis au milieu de ses Apôtres, institua cet adorable Mystère, sans que le mépris auquel il s'exposait, même pour lors en communiant le traître Judas, pût faire différer d'un seul moment l'institution de ce Mystère d'amour.
2me Prélude. Persuadé par un acte de foi de la vérité de cet adorable Mystère, et disposé par un acte de contrition à. recevoir les lumières et les grâces que Dieu est prêt à nous donner dans cette occasion, on demandera au Saint-Esprit, au nom de Jésus-Christ même, et par l'intercession de la Sainte Vierge et de notre Ange Gardien, la grâce de concevoir un grand regret de tant de mépris et d'ingratitudes, en pénétrant bien les sentiments amoureux du Cœur de Jésus-Christ dans le Saint Sacrement.
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1er POINT.
Le désir ardent que Jésus-Christ a d'être avec 7ious.
CONSIDÉREZ que le Sacré Cœur de Jésus -Christ ne fut pas plus tôt formé dans le sein de la très Sainte Vierge, qu'il fut embrasé d'un amour immense pour tous les hommes; mais comme c'est le propre de l'amour de vouloir être sans cesse avec ceux qu'on aime, une vie de trente-trois ans lui parut trop courte pour satisfaire le désir extrême qu'il avait d'être sans cesse avec nous , et il fallut faire le plus grand de tous les miracles pour satisfaire le plus grand de
Kjo La dévotion au Sao'é Cœur
tous les désirs ; ce Cœur ne put point souffrir de terme dans l'excès de son amour. Ne vous affligez point, mes Apôtres, dit cet aimable Jésus, si je suis obligé de vous quitter pour monter dans le Ciel ; mon Cœur souhaite avec plus d'ardeur d'être avec vous, que vous ne souhaitez d'être avec moi ; et tandis qu'il y aura des hommes sur la terre, je serai avec eux : Ecce ego vobiscum su m usque ad consumtnationem sœculi. Tous les motifs qui avaient porté le Fils de Dieu à se revêtir de notre chair, ont cessé; l'ouvrage de la Rédemption est accompli. 11 n'y a que- le désir extrême d'être avec nous qui l'oblige de faire ce miracle continuel et cet abrégé de toutes ses merveilles, son amour immense le mettant dans un état à ne pouvoir plus, pour ainsi dire, se séparer de nous. Jésus est monté à son Père ; pourquoi donc revient-il tous les jours invisiblement sur la terre, si ce n'est parce qu'il ne peut se séparer des hommes, et que ses délices sont d'être avec eux? Eût-on jamais pensé que Jésus-Christ eût pu nous aimer jusqu'à cet excès.'* C'est du plus haut de la gloire qu'il songe à venir loger dans nos cœurs, comme s'il manquait quelque chose à son bonheur tandis qu'il est éloigné de nous. Il faut qu'un désir soit bien violent lorsqu'il peut subsister dans le Ciel où est le comble de tous les désirs. 11 faut bien que Jésus- Christ aime passionnément les hommes, puisque sans être retenu par la gloire immense dont il jouit depuis son Ascension, il se met tous les jours dans un état humble et obscur sur nos Autels, pour contenter l'excès de son amour et de sa tendresse, nous faisant voir la vérité de ce qu'il avait dit par son Prophète, que ses délices sont d'être avec nous : Deliciœ meœ esse cum filiis homiiium '.
' Proccrh viii, ,31.
de N.-S. Jésus-Christ. \\\^ Partie. 191
RÉFLEXIONS
1. Ce sont là les sentiments de tendresse que l'amour dont ce Sacré Cœur est embrasé, inspire à Jésus-Christ ; mais quels doivent être ses sentiments, voyant l'oubli et l'indifférence de ceux qu'il aime avec tant d'excès, et qui l'aiment si peu ?
2. Jésus-Christ n'a pas besoin des hommes, et cependant il les aime si fort qu'il ne compte pour rien d'être renfermé dans une hostie jusqu'à la fin des siècles, tant il estime le plaisir qu'il a d'être avec eux. Les hommes, au contraire, ne peuvent pas se passer de Jésus-Christ, et cependant ils l'aiment si peu qu'ils ne comptent pour rien cette merveille, tant ils font peu d'état du bonheur qu'il y a de converser avec lui.
3. Quels furent les sentiments de Jésus-Christ lorsqu'il se vit abandonné de tout un peuple qu'il avait comblé de bienfaits, et de ses disciples même les plus zélés? Quels doivent être les sentiments de ce même Sauveur dans le très Saint Sacrement de l'Autel où, la plus grande partie du jour, presque tout le monde l'abandonne, et où peut-être tant de personnes Religieuses qui l'ont dans leur propre maison le visitent si rarement?
4. Que Jésus-Christ habite corporellement parmi nous, et qu'il ne fasse pas foule dans les lieux où il habite ! Tous les lieux de divertissement, toutes les places publiques sont remplis de monde. 11 y a toujours foule dans les palais des Grands ; on trouve toujours assez de temps pour leur faire la cour, quoiqu'on ne les trouve presque jamais d'assez belle humeur pour agréer les services qu'on leur rend. Ego autem relictus sum solus. Tandis qu'on laisse Jésus-Christ tout seul
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dans les Eglises, quoiqu'il ne rebute jamais personne, et qu'il reçoive avec une douceur et une joie extrêmes tous ceux qui s'approchent de lui. Factus sum, dit-il, en se plaignant par son Prophète. /ac^î^s sum sicut passer solitarius in tecto '. On me laisse tout seul dans mes Églises, et on ne trouve pas un demi-quart d'heure de temps pour m'honorer dans le Saint Sacrement de l'Autel.
5. Les visites parmi les hommes sont si ordinaires et si fréquentes ; il n'y a que cet aimable Jésus qu'on ne visite point.
6. Si c'est la douceur de la conversation ou l'intérêt qui nous attire, quelle conversation plus douce et plus utile que celle qu'on a avec la personne du monde la plus accomplie, la plus puissante, et qui nous aime le plus ? Non enitn habet amaritudinetn conversatio illius, nec tœdiutn convictus illius, sed lœtitiam et gaudiutn -. Sa conversation n'a ni tristesse ni ennui ; témoin ces âmes choisies qui sont comblées et comme noyées de douceur en sa présence, et qui voudraient passer les jours et les nuits entières au pied de ses Autels.
7. Aimable Jésus, quels doivent être les sentiments de votre Cœur, voyant l'insensibilité et Tingratitude des hommes? Vous vous offrez tous les jours plusieurs fois pour eux sur nos Autels en sacrifice ; et une demiheure de temps qu'on emploie à cette auguste cérémonie leur paraît encore trop longue ; il faut qu'ils soulagent leur ennui et la peine qu'ils souffrent par de continuelles distractions de leur esprit.
(S. Hommes ingrats! vous ne connaissez point Celui qui demeure sans cesse au milieu de vous. Médius ve-
' Psalm. CI, 8.
* Sapient. via, 16.
de N.-S. Jésus-Christ. 111^ Partie. igS
strum stetit quem vos nescitis '. Si nous ne connaissons pas Jésus-Christ, nous sommes perdus sans ressource, puisque la vie éternelle consiste à le connaître. Mais à quoi devons-nous nous attendre si, en le connaissant, nous ne l'aimons point?
g. Pouvons-nous dire que nous l'aimons? Serionsnous bien aises qu'il ne nous aimât pas lui-même davantage que nous ne l'aimons? Voudrions-nous n'être pas plus aimés des hommes, que nous aimons nousmêmes Jésus-Christ ? Serions-nous contents que nos amis ne nous témoignassent pas plus d'amitié que nous en témoignons à cet aimable Sauveur ? Voudrions-nous que les personnes que nous croyons avoir obligées eussent à notre égard la même reconnaissance que nous avons à son égard ; et souffririons-nous que des enfants, qu'un domestique, fussent aussi peu respectueux en notre présence que nous le sommes en présence de Jésus-Christ, dans les Églises, au pied de ses Autels? Mon Dieu, les Anges sont en foule autour de ces Autels pour adorer et pour aimer cet adorable Jésus, quoique ce n'est pas pour eux qu'il se soit mis dans le Saint Sacrement : les hommes, pour qui seuls s'est fait ce miracle, sont les seuls qui ne daignent pas le visiter. Oblivioni datus sum tanquam mortuus a corde '-.
Seigneur ! qui pour satisfaire le désir extrême que vous avez d'être avec moi, avez inventé ce prodige, quels sentiments avez-vous de l'oubli que j'ai eu jusqu'ici de vous ? Est-ce ainsi que je réponds à votre amour? Il n'est point d'homme, pour peu de bonne volonté qu'il eût pour moi, que je n'eusse visité plus volontiers et plus souvent. Il n'est point de créature
' Joan. I, 26.
2 Psalm. XXX, 13.
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que je n'eusse aimée davantage. Je vous ai oublié, Seigneur, et jusqu'ici je ne vous ai point aimé. Qu'attendsje, ingrat et infidèle? Que vous songiez à moi? Et quand est-ce que vous avez cessé de le faire ! Attendraije que mes égarements, mon insensibilité, mon oubli et mes ingratitudes vous obligent à ne penser plus à moi? Hélas! mon aimable Sauveur, n'y ayez plus d'égard; je vous ai donné tant d'occasions de m'oublier, de me mépriser et de ne vous souvenir de moi que pour me précipiter dans les enfers ; vous ne l'avez pas fait, Dieu de bonté, je vous en remercie, et veux bien à l'avenir vous mieux faire ma cour. Je vous demande très humblement pardon de mon ingratitude à votre égard ; j'espère qu'avec votre grâce je réparerai à l'avenir, par mon assiduité à vous faire la cour dans cet adorable Mystère, la perte que j'ai faite par mon indifférence, et que si votre temple n'est pas ma demeure ordinaire, j'aurai du moins une retraite assurée dans votre Cœur adorable que je choisis dès ce moment pour ma demeure, et d'où je ne veux plus sortir. Hic habitabo quoniam elegi eam K
Ile POINT
Le désir extrême que Jésus-Christ a de nous J'ai repart de tous ses biens.
CONSIDÉREZ que comme Jésus-Christ est la source de tous les biens, il n'a voulu demeurer parmi nous que pour être prêt en tout temps à nous faire part
' Psalm. cxxxi, 14.
de N.-S. Jésus-Christ. III^ Partie. igS
de ses trésors. Et non seulement cet aimable Sauveur a voulu nous faire part dans cet auguste Sacrement de tous les biens dont il est la source, mais il a prétendu en se donnant lui-même, de nous donner la source même de tous les biens. Ostendam tibi oniJie boîîum, quid enim bonum ejus nisi fi'umentum electorum ' ? Je vous montrerai toute sorte de biens ; mais en quel autre lieu pouvez-vous trouver toute sorte de biens sur la terre, que dans le très Saint Sacrement?
Les Princes de la terre ne font leurs libéralités qu'en certains temps et à certaines personnes ; Jésus-Christ dans le Saint Sacrement donne tout en tout temps, et à tous. Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis. On dirait qu'il suffit d'être pauvre, d'être affligé, pour avoir droit de s'approcher de cette source de tout bien, et de toutes les grâces ; qu'il suffit d'être malheureux pour être bien reçu. Venite ad me omnes qui laboratis. Ce Dieu de bonté prévoyant nos infirmités et nos faiblesses, se donne à nous pour nourriture, afin de réparer nos forces et pour être un souverain remède à tous nos maux : Et ego reficiam vos '-. Pourquoi pleurez-vous, nous dit sans cesse cet aimable Sauveur, et pourquoi vous affligez-vous de la perte de votre santé, de vos enfants ou de vos biens? Curjles? Quare non comedis, et quam ob rem ajffligitur cor tuum ? Numquid non ego melior tibi sum quam decemfilii^? Ne trouvez-vous pas en moi tous ces biens et encore davantage? Ce n'était pas assez pour l'amour que ce divin Sauveur nous porte, de nous ouvrir son Cœur, et de répandre sur nous ses bénédictions et ses grâces ; il veut être lui-
' Bcrnardus.
2 Matth. xvm, 28.
' I Reg. I, S.
igô La dévotion au Sacré Cœur
même notre force et notre bouclier contre tous les efforts de nos plus mortels ennemis. Parasti in conspectu meo tnejisam adversus eos qui tribulant me ^ . Enfin, qu'est-ce que Jésus-Christ pouvait nous donner? Quel présent pouvait-il nous faire, qu'il ne nous ait pas fait en se donnant lui-même à nous? Quomodo non etiam cu7n illo otmiia nobis donavit - ?
RÉFLEXIONS
I. Ce divin Sauveur vient à nous plein de bonté, plein d'amour et du plus ardent de tous les amours ; et nous allons tous les jours à lui avec froideur et indifférence. 11 vient à nous chargé de grâces et de trésors pour nous enrichir ; et jusques à quand irons-nous à lui les mains vides de bonnes œuvres, et le cœur si plein de Tamour des créatures qu'il ne puisse avoir aucune part aux grandes libéralités de ce divin Sauveur ?
2. Il n'est point de bien que Jésus-Christ ne nous ait donné en se donnant lui-même dans l'Eucharistie ; et il n'est point d'irrévérence, point d'outrage qu'on n'ait faits à Jésus-Christ dans cet auguste Sacrement.
3. Sacratissitnutn Corpus meum in cibum, et pi'etiosuni Satiguinem jneum inpotwn tibi reliqui, et factus sum opprobrium hojninum et abjectio plebis'K II n'est méprisé que pour nous avoir fait trop de bien, que pour nous avoir trop aimés.
4. On aurait moins mal traité la maison et la personne du plus vil et du plus scélérat des hommes qu'on a traité ses Temples et son sacré Corps.