‹ La dévotion au Sacré-Cœur de N.-S. Jésus-ChristChapitre 70 sur 90 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

MÉDITATION

Si opéra nonfecissem in eis quœ yiemo alius fecit, peccatum non haberent ; nwic autem, et viderunt, et oderujit, et me, etc. — Joan. xv, 24.

Si je n'avais point fait parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient point de péché ; mais maintenant ils les ont vues, et ils n'ont pas laissé de me haïr, etc. — JeaJi, xv, 24.

1er POINT

CONSIDÉREZ que quand les Juifs n'auraient pas été visiblement convaincus par le témoignage des Prophètes, comme ils le devaient être, que Jésus-Christ était le Messie, les seules merveilles qu'il faisait devaient lui attirer la vénération de tout le monde, et ses vertus admirables, son zèle infatigable pour leur salut, sa douceur extrême et surtout les bienfaits prodigieux dont il comblait ce peuple, en faveur de qui il faisait toutes ces merveilles ; tout cela ne devait-il pas lui gagner le cœur de tous ceux qui le connaissaient? Et tout cela a un eff"et tout contraire ; Jésus-Christ

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est persécuté, haï et traité plus indignement que ne l'eût été le plus scélérat de tous les hommes. Peut-être a-t-on oublié, et ses bienfaits et ses miracles? Nullement, on s'en souvient, on en parle ; mais on lui fait un crime de ses bienfaits et de ses miracles, et il n'est traité si indignement par les Juifs, que pour les avoir trop aimés, que pour avoir été trop libéral en leur faveur. Concevez, s'il est possible, quels devaient être alors les sentiments de Jésus-Christ, quelle était l'affliction de son Cœur à la vue d'une si noire ingratitude !

Ile POINT

MAIS c-onsidérez quelles doivent être maintenant ses pensées en se voyant encore tous les jours traité si indignement dans l'adorable Eucharistie par les Chrétiens mêmes, quoiqu'il n'ait institué l'Eucharistie que pour satisfaire l'amour extrême qu'il a pour ces mêmes Chrétiens. Quand Jésus-Christ n'aurait pas fait cette merveille, quand Jésus-Christ ne nous aurait pas aimés jusqu'à cet excès, aurait-on quelque raison de ne pas aimer Jésus-Christ? Chrétiens ingrats, que vous en semble? Cet aimable Sauveur en a-t-il assez fait pour mériter votre amour? Et si son amour extrême l'a porté, pour ainsi dire, à en faire trop, faut-il que cet excès d'amour vous porte à ne le pas aimer et à le mépriser? C'est cependant ce qui arrive depuis l'institution de cet adorable Mystère. Il sera rassasié d'opprobres, disait le Prophète, il sera le dernier et le plus méprisé de tous les hommes, et cette Prophétie ne s'accomplit-elle pas tous les jours à l'égard de Jésus-Christ, depuis qu'on a vu la merveille qu'il a faite en notre faveur en instituant le très Saint Sa-

2 24 -^^ dévotio7i au Sacré Cœur

crement ? L'ingratitude et l'impiété des Juifs excitent en nous une juste indignation contre ce malheureux peuple : nous voyons cependant renouveler sans cesse ces impiétés et cette ingratitude dans les indignités auxquelles nous savons que l'amour expose tous les jours Jésus-Christ dans l'adorable Eucharistie, et n'en serons-nous jamais touchés?

J'ai été insensible, Seigneur, jusqu'ici, j'ai été ingrat, et même j'ai fait ce qui paraissait impossible, puisque par un prodige inouï, et qui n'a point d'exemple parmi les hommes qu'à l'égard de Dieu, non seulement je n'ai répondu à vos bienfaits que par des outrages, mais encore, si je l'ose dire, j'ai presque égalé la grandeur de ma perfidie et de mon ingratitude envers vous, à la grandeur de vos bontés et de vos miséricordes pour moi. Continuez-moi, Seigneur, ces miséricordes, malgré toutes mes infidélités : mais tout l'effet que j'en demande à présent, est ou de mourir de douleur, ou de vivre dans un regret continuel d'avoir si peu aimé un Dieu qui m'a aimé jusqu'à l'excès, et qui me donne continuellement dans l'Eucharistie la preuve la plus éclatante du plus grand amour qui fût jamais.

Je vous aimerai désormais, mon Sauveur; c'est dès ce moment que je commence et mon assiduité et mon empressement à vous rendre mes hommages dans le très Saint Sacrement. La modestie et le respect que j'aurai désormais en votre présence, la dévotion que j'aurai à votre Sacré Cœur, et le désir ardent de réparer autant qu'il sera en moi, avec le secours de votre grâce, tous les outrages que je vous ai faits, et que vous recevez encore tous les jours dans l'adorable Eucharistie, tout cela me sera une preuve sensible que j'ai véritablement commencé de vous aimer ; faites que ce soit pour ne cesser jamais. Ainsi soit-il.

de N.-S. Jésus-Christ. \\\'^ Partie. 225

MÉDITATION

Et scandali:{abafitu7' in eo. Jésus autem dixit eis : Non est Propheta sine honore, nisi in patria sua et in domo sua. Et nonfecit ibi virtutes multas, propter incredulitatetn eorum. — .Matth. xiii, Syret 58.

Et Jésus leur était ainsi un sujet de scandale ; mais il leur dit : Un Prophète n'est sans honneur que dans son pays et dans sa maison ; et il ne fit pas là beaucoup de miracles àîcause^de leur incrédulité. 5— Math., xiii, 57 et 58.

EN quoi est-ce que Jésus-Christ pouvait être un sujet de scandale, si ce n'est en se déguisant trop et en ne se ménageant pas assez? L'amour qu'il nous porte est excessif, et il ne garde point de mesure : mais cet amour qui devait lui gagner le cœur de tous les hommes, ne lui procure que du mépris. Ceux parmi lesquels il avait fait un plus long séjour, sont ceux qui le connaissent le moins et qui se rendent les plus indignes de ses grâces ; et comme ce n'est que chez les étrangers qu'il trouve des serviteurs fidèles, ce n'est aussi que chez eux qu'il fait ses plus grands miracles et qu'il répand plus libéralement ses bienfaits.

Il est étrange qu'un Prophète ne soit sans honneur que dans son pays et dans sa maison ; mais il est bien plus étrange que Jésus-Christ reçoive dans sa propre maison tant d'outrages, qu'il soit si peu connu de ceux parmi lesquels il demeure sans cesse, et si peu aimé de ceux mêmes dont il est connu. Il est étrange que nous ouvrant tous ses trésors dans le Saint Sacrement, que se

donnant lui-même à nous, nous ressentions si peu les effets merveilleux de sa présence ; que ceux qui s'en approchent de plus près et le plus souvent, ne soient pas toujours les plus saints, et ne l'aiment pas toujours davantage. Il est étrange que Jésus-Christ étant continuellement parmi nous, y fasse si peu de miracles, qu'il soit même à plusieurs un sujet de scandale. Mais ne sera-t-il pas encore plus étrange si, faisant moi-même aujourd'hui toutes ces réflexions, je n'aime pas plus Jésus-Christ, si je suis insensible aux outrages qu'il souffre dans cet adorable Mystère, si je n'emploie pas tous les moyens possibles pour les réparer?

MÉDITA TION

Dixit autem Dominus vineœ : Quid faciam ? Mittam filium meum dilectum : forsitan, cum hune viderint,

verebuntur. Quem cum vidissent coloni ejectum il-

lum extra vineam oceiderunt. — Luc. xx, i3. 14 et i5.

Le Seigneur de cette vigne dit en lui-même : Que ferai-ie? Je leur enverrai mon Fils bien-aimé; peutêtre que le voyant ils auront quelque respect pour lui. Mais ces vignerons l'ayant vu, et l'ayant chassé hors de la vigne, ils le tuèrent. — Luc, xx, i3, 14 et i5.

LE sens de cette triste parabole ne s'est que trop accompli en la Personne de Jésus-Christ que les Juifs ont traité de la sorte; mais ne renouvelle-t-on pas encore tous les jours parmi les Chrétiens l'accomplissement de cette même parabole dans la manière indigne dont on traite tous les jours Jésus-Christ dans le Saint Sacrement ?

de N.-S. Jésus-Christ. III^ Partie. 227

Le Père Éternel pouvait-il, ce semble, se servir d'un moyen plus propre pour se faire des serviteurs fidèles, que de leur envoyer son propre Fils ; et Jésus-Christ pouvait-il inventer lui-même un moyen plus propre pour se faire honorer, et pour se faire aimer, que d'instituer l'adorable Eucharistie? Cependant en aime-t-on Jésus-Christ davantage? Jésus-Christ n'en est-il pas au contraire plus maltraité? L'ingratitude des Juifs nous touche, et la nôtre ne nous touchera-t-elle jamais? Il est surprenant que la présence de Jésus-Christ, sa douceur, ses bienfaits, ses miracles, n'aient rien pu sur le cœur de ces Infidèles; et jusques à quand la présence réelle de Jésus-Christ dans l'adorable Eucharistie, son abaissement, son silence, ses bienfaits, et toutes les faveurs qu'il est prêt à nous faire, tout cela ne pourra-t-il rien sur le cœur des Chrétiens?

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