MARS
MÉDITATION
Tristis est anima mea usque ad mortem ; sustinete
hic et vigilate mecum Etvenit ad Discipulos suas et
invenit eos dormientes et dicit Petro : Sic non potuistis una hora vigilare mecum? — Matth. xxvi, 38 et 40.
de N.-S. Jésus-Christ. 111'= Partie. 23 1
Mon âme est triste jusqu'à la mort ; demeurez ici et veillez avec moi. Il vint ensuite vers ses Disciples, et les ayant trouvés endormis, il dit à Pierre : Quoi ! vous n'avez pas pu veiller une heure avec moi ? — Math., XXVI, 38 et 40.
IL faut être bien peu touché de l'affliction de son ami, quand on repose tranquillement dans le temps qu'on le voit plongé dans une plus grande tristesse ; mais que cette indifférence est sensible à un homme extraordinairement affligé ! Il ne se trouvait alors que trois Apôtres auprès de Jésus- Christ , et l'état pitoyable où ce divin Sauveur est réduit, ne peut pas les obliger à lui tenir compagnie et à veiller du moins une heure avec lui. Jésus-Christ est ordinairement maltraité dans l'Eucharistie ; et combien peu, même de ceux qui font profession de le suivre et de l'aimer, qui soient touchés de ses outrages ! Jésus-Christ est sans cesse à la veille d'être livré entre les mains de ses plus mortels ennemis ; et combien peu, même de ceux qui se flattent d'être fidèles à Jésus-Christ, viennent au pied de nos Autels lui tenir quelquefois compagnie ; et à combien de gens Jésus-Christ pourrait encore faire tous les jours ce reproche : Vous n'avez pas pu veiller une heure avec moi! Que pourrais-je répondre. Seigneur, moi qui perds de si belles heures dans tant de vaines assemblées et dans de si vains amusements?
MEDITATION
Et confestitn accedetis ad Jesum dixit : Ave, Rabbi, et osculatus est eum. Dixitque illi Jésus : Amice, ad quid
232 La dévotion au Sacré Cœur
venisti ? — Matth. xxvi, 4g et 5o. — Juda, osculo Filium hominis tradis ? — Luc. xxii, 4X.
Judas s'approcha de Jésus, et lui dit : Je vous salue, mon Maître, et il le baisa. Jésus lui répondit : Mon ami, qu'êtes-vous venu faire ici? — Math., xxvi, 49 et 5o. — Eh quoi ! Judas, vous trahissez le F'ils de l'homme par un baiser ! — Luc, xxii, 48.
IL est bien sensible de voir qu'un ingrat ajoute la dissimulation à la malice, qu'il prétende de nous imposer par de beaux dehors, et qu'il se serve publiquement de la familiarité et des marques de la plus grande amitié, pour nous perdre. Mon divin Sauveur, quels doivent être vos sentiments en voyant cette foule de Chrétiens que vous invitez avec tant d'empressement à votre banquet, et que vous admettez avec tant d'amour à votre table ! Vous leur donnez par là un témoignage d'un amour extrême ; ils font aussi une action qui est en elle-même une marque visible de la tendresse qu'ils doivent avoir pour vous ; mais à combien de ceux-là pourriez-vous dire : Mon ami, qu'êtes-vous venu faire ici?. Est-ce ainsi que vous me trahissez par un baiser? A combien d'âmes impures êtes-vous livré? A combien de cœurs souillés de mille vices ? Que de sacrilèges sous cette fausse apparence de piété ! A tout cela, mon Dieu, serai-je toujours insensible?
Milites autem duxerunt eum in atrium prœtorii, et convocanî totam cohortem,... et cœperunt salutare eum :
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Ave, Rex Judœorum,... et percutiebant caput ejus arundine, et conspuebant eum, et ponentes genua adorabant eiim. — Marc, xv, i6, i8 et 19.
Alors les soldats l'ayant emmené dans la cour du Prétoire, assemblèrent toute la compagnie ; puis ils commencèrent à le saluer en lui disant : Salut, ô Roi des Juifs; ils lui frappaient la tête avec un roseau, et Jui crachaient au visage, et se mettant à genoux devant Jui, ils l'adoraient. — Marc, xv, 16, 18 et 19.
LE plus infâme et le plus scélérat des hommes aurait-il pu être plus maltraité ? Mais ces sanglantes railleries, ces outrages, ces cruautés inouïes que les Juifs exercèrent sur la Personne adorable de Jésus-Christ, ne durèrent tout au plus que quelques heures, et ils ont été accompagnés des larmes que la compassion et l'amour ont tirées de tant de fidèles serviteurs de Jésus-Christ depuis tant de siècles. Mais ne renouvelle-t-on pas tous les jours cette funeste tragédie, dans les outrages qu'on fait à Jésus-Christ dans le Saint Sacrement? Et quel est le plus sanglant de ces mépris qui n'ait été renouvelé cent fois par les mauvais Chrétiens et par les Infidèles? Combien de gens semblent ne venir dans la maison du Seigneur que pour l'insulter; combien de gens décrient par leurs immodesties la sainteté de nos plus redoutables Mystères? Si du moins, mon Sauveur, il se trouvait plusieurs serviteurs fidèles qui fussent sensiblement touchés de vous voir tous les jours si peu honoré, si peu aimé, si maltraité !...
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