MAI
Tanto tempore vobiscum sum, et ?ion cognovistis me? — Joan. xiv, 9.
Il y a si longtemps que je suis avec vous et vous ne me connaissez pas encore ? — Jean, xiv, 9.
IL n'est pas possible, ce semble, de connaître bien Jésus-Christ, et de ne l'aimer pas avec tendresse ; je ne sais même pas si c'est bien le connaître que de ne l'aimer que médiocrement. La plainte qu'il fait à ses Apôtres , nous découvre les sentiments de son Cœur. Quoiqu'ils eussent tout quitté pour le suivre,
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ils ne raimaient pas encore avec assez de ferveur , parce qu'ils ne le connaissaient pas encore assez parfaitement. Mais ce divin Sauveur n'aurait-il pas plus de sujet de nous faire un semblable reproche, et de nous dire : Il y a longtemps que je suis au milieu de vous ; que je suis nuit et jour avec vous ; que je ne suis au milieu de vous que pour l'amour de vous, et vous ne me connaissez pas encore ! Car si vous me connaissiez, me laisseriez-vous seul la plupart du temps? Seriez-vous si peu empressés à me rendre visite ? Seriez-vous si peu modestes en ma présence ? Auriez-vous si peu de confiance en moi dans tous vos besoins? N'auriez-vous pas d'abord recours à moi dans tous les accidents de la vie, et pourriez-vous sans peine, pendant toute la vie, vous séparer de moi ? Qu'auraisje à répondre ?
MEDITATION
Dormite jam, et requiescite.... ecce Filius hominis iradetur in manus peccatorum. — Marc, xiv, 41.
Dormez maintenant et reposez ; voici l'heure que le Fils de l'homme sera livré entre les mains des pécheurs. — Marc, XIV, 41.
IL est bien sensible à une personne qui aime beaucoup, de se voir dans la disgrâce abandonnée de ses meilleurs amis; mais lui est-il moins sensible de voir que le peu d'amis qui font profession de ne la pas abandonner, ne soient nullement touchés de sa disgrâce , qu'ils ne prennent nulle part à son affliction? Jésus-Christ dans le Saint Sacrement est ou-
de N.-S. Jésus-Christ. III^ Partie. 289
tragé de la plupart des hommes; il est tous les jours livré entre les mains des pécheurs. Et la plupart de ceux qui font profession de l'aimer, ne sont nullement touchés de ses outrages : on ne pense pas même à lui témoigner quelque regret de le voir traité si indigne^ ment. Vous dormez, âmes dévotes, personnes Religieuses, et vous vous reposez tandis que Jésus-Christ est méprisé et outragé de toute part dans l'adorable Eucharistie ! Ici les Hérétiques profanent les vases sacrés et foulent aux pieds les Hosties consacrées; là les Pécheurs commettent tous les jours les plus horribles sacrilèges ; on l'oublie partout, partout on le méprise : et vous ne ressentez pas ces mépris ; et vous ne faites rien pour lui témoigner que vous les ressentez ! Il est en notre pouvoir de les réparer en quelque manière ces outrages ; et nous ne nous en mettons pas en peine, et nous n'y pensons pas...
MÉDITATION
Et cœpit pavere et tœdere. — Marc, xiv, 33.
Jésus commença à être saisi de frayeur, et à s'affliger extrêmement. — Marc, xiv, 33.
UNE grande âme, un cœur véritablement généreux n'est pas, ce semble, extraordinairement affligé à la vue des injures , des tourments et d'une mort qu'il a lui-même choisie , et à laquelle ri s'est luimême livré de son plein gré ; mais ce même cœur à l'épreuve de tous les tourments, ne saurait être insensible à l'ingratitude de ceux pour qui il soufifre , et voilà certainement le supplice qui fait gémir Jésus-
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Christ. Que je sois traîné, pouvait-il dire, par les rues, de Jérusalem, que je sois déchiré à coups de fouet, que j'expire sur une Croix infâme, je ne m'en plains point, tout cela est de mon choix ; l'amour que j'ai pour les hommes n'a point voulu tenir d'autre route : mais que je sois si maltraité dans l'Eucharistie, le chef-d'œuvre de mon amour, et que j'ai regardée comme le moyen le plus efficace pour me faire aimer des hommes, et pour m'engager moi-même à les aimer toujours davantage, pour y recevoir leurs hommages et pour réparer en quelque manière par leurs adorations, les outrages sanglants que j'ai reçus des Juifs, que ce soit cependant là le lieu où je reçois les plus grands outrages, que j'y sois oublié sans cesse, souvent méprisé, maltraité par ceux mêmes qui font profession de piété, je ne saurais, m'y résoudre !