‹ La dévotion au Sacré-Cœur de N.-S. Jésus-ChristChapitre 81 sur 90 · DE LA VISITE DU TRES SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

DE LA VISITE DU TRES SAINT SACREMENT

Les Motifs qui doivent nous porter à visiter le très Saint Sacrement.

I avant la venue du Sauveur du monde, dans ces siècles de rigueur, lorsque le Seigneur se faisait appeler le Dieu vengeur, le Dieu fort, le Dieu des armées ; lorsqu'il ne parlait, pour ainsi dire, que par la voix du tonnerre; lorsqu'il n'était pas même permis aux Princes et aux Souverains d'entrer dans le lieu qui lui était particulièrement consacré; lorsqu'il exigeait un culte si respectueux et qu'il punissait avec tant de sévérité les plus petites fautes commises contre le respect qu'on lui doit; lorsque les Rois et les Prêtres saisis d'une sainte frayeur, n'osaient pas seulement entrer dans le Temple à la vue d'une simple nuée qui n'était qu'un signe un peu plus sensible de la présence du Seigneur en ce lieu ; lorsque cette merveille obligeait ce peuple de se prosterner profondément, et de s'écrier plein d'admiration et pénétré des plus tendres sentiments de gratitude : O que le Dieu que nous adorons est aimable ! Nous chante-

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rons ses miséricordes dans tous les siècles, puisqu'il a daigné se choisir un Temple parmi nous ; si, dis-je, en ce temps-là on avait prévu avec un peu plus de clarté ce que nous avons vu depuis, si on leur avait dit que ce Dieu si terrible s'abaisserait jusqu'à se faire homme pour l'amour des hommes, et qu'après être mort pour ces mêmes hommes, il ferait continuellement un des plus grands miracles pour être jusqu'à la fin des siècles avec eux, l'auraient-ils pu croire ?

Il est cependant arrivé quelque chose qui leur aurait paru encore plus incroyable. Auraient-ils jamais cru, se seraient-ils jamais imaginé que ce Dieu s'abaissant de la sorte, on dût refuser de laimer, de lui faire la cour et de le visiter? Cependant cela est arrivé. Il y a des Chrétiens, et en grand nombre, qui se font une peine de rendre ce devoir à Jésus-Christ ; et la manière peu respectueuse de la plupart de ceux qui le visitent, ne pourrait-elle pas donner sujet de faire aujourd'hui la même demande que faisait autrefois le Sauveur du monde : Lorsque le Fils de l'homme viendra, pensezvous qu'il trouve de la foi sur la terre ' ?

Que si cette foi n'est pas éteinte, n'est-ce pas un prodige encore plus étrange de croire la présence réelle de Jésus-Christ sur nos Autels, et de n'avoir pour lui que de l'indifférence ; et de n'être pas plus empressés à lui rendre nos hommages que ceux qui ne croient pas qu'il y soit ? La civilité, l'amitié, la gratitude et l'intérêt, sont ordinairement les motifs qui portent les hommes à faire des visites. On ne saurait raisonnablement se dispenser de rendre ses devoirs à une personne distinguée par son mérite, par ses emplois, ou par sa qualité. Les grands amis ne se séparent qu'avec re-

' Lxic, xvjii, 8.

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gret, et laissent perdre peu d'occasions de se trouver ensemble. On fait du moins quelques visites de civilité aux personnes de qui on a reçu quelque service, et l'on est assidu auprès de ceux de qui l'on attend quelque bienfait ou de qui l'on appréhende quelque châtiment.

Jésus-Christ ne tient-il pas un rang assez considérable dans le monde pour mériter qu'on lui fasse la cour ? Jésus-Christ nous a-t-il beaucoup aimés ? Avons-nous reçu de lui quelque bienfait? Avons-nous sujet d'attendre qu'il nous rende quelque service ? Et puisque c'est de lui, qui est notre Juge, de qui dépend notre bonheur ou notre malheur éternel, avons-nous quelque intérêt de le gagner ? Il est étrange que tout le monde convienne en ce point de ce que l'on doit faire, et cependant qu'on se mette si peu en peine de faire en ceci ce qu'on doit.

S'il eût été à notre choix de demander à ce divin Sauveur quelque marque éclatante de l'amour qu'il nous porte, et quelque signalée faveur, se fût-on jamais avisé, lorsqu'il était sur le point de monter dans le Ciel, de le prier de demeurer avec nous sur la terre jusqu'à la fin des siècles ! Et si lui-même nous l'eût offert, avec quels sentiments d'admiration, de respect et de gratitude l'eussions-nous accepté ? Jésus-Christ nous a fait cette signalée faveur : l'excès de son amour l'a porté à nous donner cette preuve éclatante de sa tendresse ; mais cette tendresse extrême n'a servi, pour ainsi dire, qu'à pousser notre ingratitude jusqu'à l'excès. Que dirait-on d'un homme qui ne visiterait que rarement, et qui ne saluerait qu'en passant une personne de la première qualité et du premier mérite, qui ne serait venue que pour lui rendre quelques services, et qui ne ferait un long séjour dans un pays étranger que pour l'amour de lui ?

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Quel motif a porté Jésus-Christ à demeurer avec nous, l'ouvrage de notre Rédemption étant accompli, et lui-même étant remonté à son Père? Pourquoi revient-il tous les jours invisiblement sur la terre? Pourquoi demeure-t-il jour et nuit dans un état humble et obscur sur nos Autels, si ce n'est parce qu'il ne peut se séparer des hommes, et que ses délices sont d'être avec eux? Ne vous affligez pas, mes Enfants, nous dit-il, je ne vous laisserai pas orphelins; je monte dans le ciel, et je reste en même temps sur la terre : vous êtes faibles, malades, languissants, vous serez souvent affligés; vous craindrez mes jugements, vous appréhenderez la colère et la justice de mon Père ; mais vous trouverez en moi, dans le Saint Sacrement, un Père qui vous consolera, un Médecin qui vous guérira, un Guide qui vous conduira, un Maître qui éclaircira tous vos doutes, une Nourriture céleste qui vous donnera de nouvelles forces, et enfin un Rédempteur et un Sauveur.

Et tout cela ne pourra pas toucher des hommes si sensibles à leurs propres intérêts, et naturellement si portés à la reconnaissance ! On serait moins ingrat pour de moindres bienfaits à l'égard de toute autre personne ; mais l'on dirait que lorsque c'est à Jésus-Christ que nous devons cette reconnaissance, ce n'est plus un crime de n'être pas reconnaissant.

On laisse, on abandonne et on oublie Jésus-Christ sur nos Autels ; on trouve toujours des raisons, on a toujours assez de temps, pour passer dans de vains divertissements et dans l'oisiveté plusieurs heures du jour ; et s'il faut trouver quelque temps l'après-dînée pour aller adorer Jésus-Christ, pour lui rendre visite, les affaires d'abord ne le permettent pas, on ne trouve jamais le loisir. Peut-être y a-t-il beaucoup de peine à nous acquitter de ce devoir que tout le monde trouve

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si raisonnable et si juste? Faudrait-il même beaucoup de temps pour nous acquitter moins rarement de ce devoir ? Nullement, un quart d'heure, un demi-quart d'heure suffit, il ne faut faire bien souvent que deux pas pour rendre à Jésus-Christ cet hommage ; mais le peu d'amour que nous avons pour Jésus-Christ, rend cette visite difficile et incommode. On trouve d'abord cent fausses raisons, cent obstacles qui ne feraient sur nous nulle impression en toute autre rencontre, mais qui cependant nous arrêtent, lorsqu'il s'agit de rendre nos devoirs à Jésus-Christ. Il s'est trouvé, chez les Barbares, en Canada, dans les Indes et dans le Japon, des nouveaux Chrétiens qui faisaient les deux cents lieues pour aller adorer Jésus-Christ dans quelque Eglise. On en a vu qui ne pouvant pas entreprendre de si longs voyages, se prosternaient plus de cent fois le jour du côté où ils savaient qu'il y avait des Eglises, suppléant ainsi par ces adorations fréquentes, au désir qu'ils avaient de faire assidûment la cour à Jésus-Christ. Que répondront au jour du Jugement tant de lâches Chrétiens, qui n'ont, pour ainsi dire, qu'un pas à faire pour aller adorer Jésus-Christ ; qui passent même plusieurs fois devant le Temple où Jésus-Christ fait son séjour, et qui demeurent les jours entiers sans lui rendre visite ; mais que répondront tant de personnes Religieuses qui, ayant Jésus-Christ dans leur propre maison, sont si peu empressées de le visiter? Populus vero meus oblitusest met ' / Ceux qui font profession d'être tout dévoués à mon service, et que je regarde comme mon peuple particulier, ceu.\-là mêmes m'ont oublié.

Médius.... vestrum stetit, quem vos nescitis '-. Nous ne

' Jerein. 11. 32.

* Joon. 1, 21.

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connaissons pas, et nous ne voulons pas connaître celui qui est jour et nuit au milieu de nous. C'est notre Seigneur et notre Dieu qui n'est expressément sur nos Autels que pour y exaucer nos vœux et pour y recevoir nos hommages. Sommes-nous tristes, malheureux, affligés? Recourons à Jésus-Christ, allons lui raconter comme à notre bon Père, les accidents fâcheux qui nous sont arrivés et les malheurs qui nous menacent. Sommes-nous en peine pour nous déterminer, souhaitons-nous de voir cette famille en paix, souhaitons-nous la conversion de cette personne, sommes-nous lâches dans le service de Dieu, inconstants, imparfaits? Courons à Jésus-Christ, demandons-lui fort simplement toutes ces grâces avec une humble et respectueuse familiarité, et surtout avec une grande confiance. Cherchons, frappons à la porte, demandons jusqu'à l'importunité ; cette importunité, cette confiance gagne le Cœur de Jésus-Christ, elle est toute-puissante, et souvent Jésus-Christ ne diffère de nous exaucer que pour nous obliger à le visiter plus souvent.

Quelle perte c'est pour les Chrétiens de négliger un moyen si aisé, un moyen si puissant d'être heureux et d'€tre saint! Mais quel regret, à l'heure de la mort, pour tant de personnes Religieuses qui sont si peu sensibles à cette perte ! Qu'elles ne s'étonnent pas si elles ont si peu de dévotion, si elles rampent toute leur vie dans le chemin de la piété, si elles ne reçoivent du Père des Miséricordes ni consolations, ni douceurs intérieures, si elles vivent dans l'inquiétude et dans le chagrin, et si elles meurent enfin dans le regret et dans la crainte. La négligence que nous avons à visiter souvent Jésus-Christ dans le Saint Sacrement, la dissipation d'esprit, le peu de modestie et de respect avec lesquels nous faisons ces sortes de visites, sont la source

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la plus ordinaire de la plupart de nos malheurs. Ceu.v au contraire qui sont fidèles à visiter le plus souvent qu'ils peuvent le très Saint Sacrement, savent par leur propre expérience, qu'il n'est point de moyen plus aisé et plus sûr d'obtenir de Jésus-Christ tout ce qu'on lui demande ; ils savent que pourvu qu'on soit assidu à le visiter souvent, et avec une confiance respectueuse, surtout à certaines heures du jour où peu de gens le visitent, il n'est presque point de grâce qu'on ne reçoive, et surtout une véritable dévotion, et un amour tendre pour Jésus-Christ. Vetiite ad me, omnes qui laboratis et oiierati estis, et ego reficiam vos '.

Pratique pour la Visite du très Saint Sacrement.

Aïs si nos visites du très Saint Sacrement doivent être plus fréquentes, elles ne doivent pas être moins respectueuses. On ne doit jamais entrer dans l'Eglise qu'avec une très grande modestie ; on ne doit y être que dans un profond respect, et plein de sentiments de gratitude, de confiance et d'amour. Pour rendre saint quelque lieu que ce puisse être, il suffit qu'il soit destiné à honorer Dieu. Du moment qu'il a été solennellement consacré à cet usage, il devient vénérable aux Anges, terrible aux Démons, et il serait bien juste que la Majesté de Dieu, dont il est

' Matth. XI, 28.

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rempli dès lors d'une manière spéciale, et la présence de Jésus-Christ qui y réside, le rendissent encore formidable à tous les hommes, et plus particulièrement aux Chrétiens.

Tout ce que la naissance du P'ils de Dieu communiqua de sainteté à l'Étable de Bethléem, tout ce que son Sang précieux en communiqua au Calvaire, et son sacré Corps au Sépulcre, tout cela se trouve en nos Églises; et si, lorsque nous y entrons, lorsque nous approchons des Autels, nous ne nous sentons pas pénétrés de cette sainte frayeur dont on est saisi aux approches des plus saints lieux ; si nous ne nous sentons pas touchés de ces mêmes sentiments qui font couler de si douces larmes des yeux de ceux qui ont le bonheur de voir la Crèche où Jésus naquit, et le lieu où il expira, ce n'est que faute de foi, ou faute d'attention.

On remédiera à ce mal en faisant quelques réflexions avant que d'entrer dans l'Église, à la sainteté du lieu où l'on entre, et à la majesté de celui qu'Qn y va voir. S'il était aussi aisé d'entrer dans le Palais des Grands et d'approcher de leur personne, qu'il est aisé d'entrer dans les Églises, combien de gens s'estimeraient heureux, qui cependant ne comptent pour rien le bonheur qu'ils peuvent avoir si aisément d'approcher à toute heure de la Personne adorable de Jésus-Christ?

Que si la modestie et le profond respect avec lesquels on doit paraître dans l'Église, sont les marques sensibles de notre foi, il faut que l'amour pour Jésus-Christ soit comme l'âme de toutes nos prières. On iie doit jamais oublier d'honorer d'une manière particulière, et d'adorer le Sacré Cœur de Jésus-Christ, toutes les fois qu'on visite le très Saint Sacrement. Cette Dévotion lui est extrêmement agréable, et elle sera très utile à ceux qui la pratiqueront. Il est ordinairement plus utile,

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quand on est devant Jésus-Christ, de méditer beaucoup et de parler peu. Un silence affectueux qui est, pour ainsi dire, le langage du cœur, plaît beaucoup plus à Jésus-Christ dans ces sortes de visites, qu'un grand nombre de prières vocales faites avec précipitation, et bien souvent sans attention. L'amour extrême de Jésus- Christ à notre égard, sa bonté, sa douceur, sa libéralité et sa patience dans cet adorable Mystère, doivent exciter en nous les affections les plus tendres. Ces sentiments de respect, de gratitude, de confiance et de tendresse pour Jésus-Christ, doivent nous occuper presque tout le temps. On doit aller voir Jésus-Christ dans le même esprit et pour la même fin, que les Anges, les Pasteurs et les Rois le visitèrent aussitôt après sa naissance, c'est-à-dire, pour l'adorer, ou comme les Apôtres, pour l'entendre prêcher, ou comme la Madeleine prosternée à ses pieds, pour pleurer nos péchés, ou pour y contempler ses perfections admirables ; ou enfin comme les malades, pour lui demander la santé. Une des raisons pourquoi nous tirons si peu de fruit de c es visites, c'est que nous n'allons pas avec assez de si mplicité et de confiance à Jésus-Christ. Nous nous amusons tout le temps à je ne sais quelles pratiques de Dévotion auxquelles l'esprit a plus de part que le cœur, au lieu de découvrir tout simplement à Jésus-Christ nos besoins, nos infirmités, nos faiblesses, et de ré. pandre devant lui, comme dit le Prophète, notre cœur: Effundite coram illo corda vestra ', tantôt lui disant avec les Sœurs du Lazare : Ecce quem amas itijirmatur-; Seigneur, celui que vous aimez est malade ; celui pour qui vous vous êtes fait homme, pour qui vous avez

' Psalin. LXi, 9.

2 Joan. XI, 3.

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donné tout votre sang, à qui vous vous donnez vousmême encore tous les jours dans l'adorable Eucharistie, et pour l'amour duquel vous demeurez continuellelement sur cet Autel, celui-là est depuis longtemps dans telle et telle infirmité, celui-là a besoin de ce secours, de cette grâce : Ecce quem amas injirmatur ; ou bien avec le Lépreux : Domine, si vis, potes me mundare ' ; Seigneur, vous pouvez me guérir si vous le voulez, et pourquoi ne le voudriez-vous pas? Et après tout ce que vous avez fait en ma faveur, et après tout ce que vous faites encore, puis-je douter que vous ne le vouliez ; et si vous le voulez, à qui tiendra-t-il que cela ne soit? D'autres fois représentons-nous que nous sommes aux. pieds de Jésus-Christ comme la Madeleine ; et si nous ne nous sentons pas assez de dévotion pour verser autant de larmes qu'elle, demeurons du moins en silence comme elle ; ou si nous parlons, que ce ne soit que pour exprimer avec saint Thomas les sentiments d'admiration, de respect et d'amour dont nous devons être tout pénétrés, en lui disant avec une vive foi : Dominus meus, et Deus meus ^ ; vous êtes mon Seigneur, et mon Dieu ; et répétant souvent, avec le Centenier, ces paroles : Credo, Domine, adjuva incredulitatem meam '^ ; Seigneur, je crois, mais suppléez au défaut de ma foi. On doit encore demander à cet aimable Sauveur, avec instance et avec importunité, à l'exemple de la femme Chananéenne, tous les secours dont nous avons besoin. Persuadés que Jésus-Christ nous aime avec tendresse, qu'il n'est sur cet Autel que pour nous faire du bien, qu'il le peut, qu'il le veut, dites-lui avec confiance:

' Marc, i, 40.

2 Joan. XX, 28.

3 Marc. IX, 23.

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Jesu, fili David, miserere mei ' ; Seigneur, Fils de David, ayez pitié de moi, et quoiqu'il semble nous rebuter, qu'il ne réponde rien, qu'il nous refuse tout, persévérons avec fidélité, demandons toujours avec plus d'instance, et comme si nous ne nous apercevions pas de la même manière dure avec laquelle il semble nous traiter, crions toujours davantage : Seigneur, assistezmoi ! Il est vrai, pouvons-nous ajouter, qu'il n'est pas juste de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens ; mais les petits chiens mangent au moins des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Traitez-moi du moins de la sorte, etc.

Que si par nos péchés nous l'obligeons de ne point encore exaucer nos prières, disons-lui avec simplicité et avec confiance : Vous vous êtes solennellement engagé, Seigneur, à m'accorder tout ce que je demanderai en votre nom ; c'est en votre nom que je vous demande la grâce de me corriger de cette imperfection qui m'arrête depuis si longtemps dans le chemin de la piété, de vaincre cette passion dominante qui est la source de tant de fautes, d'acquérir cette vertu si nécessaire pour mon salut, et pour ma perfection. C'est en votre nom que je vous demande la conversion de cet enfant, la santé de ce, mari, le succès de cette affaire et tous les secours dans tel et tel besoin. Vous savez, Seigneur, que j'ai ce défaut, que je n'ai pas cette vertu, que j'ai besoin de courage dans les adversités, de modération dans la joie, de force dans telle et telle occasion, et de grandes grâces partout. Vous savez que je n'ai pas assez de foi ; ma confiance est quelquefois chancelante, et je ne vous aime que faiblement, à peine ai-je seulement le désir de vous aimer. Donnez-moi

' Luc. xviii, 38.

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donc, Seigneur, toutes ces grâces, tous ces secours, mais des secours efficaces ; c'est en votre nom que je vous les demande, ces secours efficaces, et souvenez-vous que vous m'avez promis de ne me rien refuser de tout ce que je vous demanderai en votre nom. Peut-être que ce que je vous demande ne vous agrée pas, et que vous me le refusez, parce que je ne sais ce que je vous demande ; mais il n'y a pas le même danger, et vous ne sauriez me faire le même reproche, lorsque je vous demande votre parfait amour. Embrasez-moi, Seigneur, de cet ardent amour, mais d'un amour généreux, constant, fidèle, d'un amour qui ait plus de solidité que de douceur, d'un amour qui ne me fasse plus vivre que pour vous. Donnez-le-moi, Seigneur, ce parfait amour, cet amour très ardent et très tendre, et je suis content : Amorem tui solum cum gratia tua mihi dones, et dives sum satis.

11 est bon aussi quelquefois de penser quels doivent être les sentiments de Jésus-Christ sur cet Autel, se voyant oublié et abandonné presque de tout le monde; et en même temps nous pouvons nous imaginer que Jésus-Christ nous dit ce qu'il disait à ses Apôtres pour un sujet presque semblable : Numquid et vos vultis abire^? Et vous, ne voulez-vous point me quitter? Et pour lors pénétrés des plus tendres sentiments d'amour, de regret et de reconnaissance, nous devons répondre comme saint Pierre : Domine, ad quem ibimus? verba vitœ œternœ habes -. A qui irions-nous. Seigneur ! Vous avez les paroles de la vie éternelle : nous croyons et nous savons que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant.

< Joan. VI, 68.

-' Ibid., 69.

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On peut encore, pour s'exciter à un plus grand amour, et pour engager amoureusement Jésus-Christ à nous embraser d'une charité plus ardente et plus tendre, on peut s'imaginer que cet aimable Sauveur nous fait sur cet Autel la même demande qu'il faisait autrefois à saint Pierre : Simon Joannis, amas me ' .'^ Simon, fils de Jean, m'aimez-vous? Et en même temps pénétrés d'un tendre sentiment d'amour, nous devons lui répondre avec ce même Apôtre : Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime ; ou plutôt : Mon aimable Sauveur,vous savez combien je désire passionnément de vous aimer.

Il serait à souhaiter que, détachés de tout ce qui n'est pas Dieu, nous pussions lui dire souvent ces belles paroles du Prophète : Quid mihi est ifi cœlo, et a te quid vohii super terram,Deus cordis mei, et pars mea,Deus, in œternum- ? Qu'y a-t-il. Seigneur, dans le Ciel et sur la terre, que je souhaite hors de vous, Dieu démon cœur, mon héritage, tout mon bien pendant toute l'éternité ! Je sais. Seigneur, je sais que vous êtes la voie, la vérité et la vie, et je suis persuadé que tous ceux qui s'éloignent de vous, périront malheureusement : Quia ecce, qui elongant se a te, peribunt^. Pour moi, mon aimable Sauveur, je ne trouve mon repos, ma joie et ma souveraine félicité qu'à m'attacher à vous, et à ne me séparer jamais de vous : Mihi autem adhœrere Deo bonum est; et ponere in Domino Deo meo spem meam *. C'est en vous en qui je mets toute ma confiance ; toute ma consolation serait de passer le reste de mes jours au [pied de ces Autels. Que si je n'y puis être conti-

' Joon. XXI, 17.

2 Psalm. Lxxii, 25.

' Psalm. Lxxii, 27.

* Psalm. Lxxii, 28.

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nuellement présent de corps, j'y viendrai à toute heure en esprit. Mon trésor est sur cet Autel, mon cœur sera dans ce ciboire ; ou plutôt, mon cœur sera éternellement uni à votre Sacré Cœur, qui sera désormais mon asile et le lieu de mon repos : Hœc requies mea,.... hic habitabo '.

Pénétré de tous ces sentiments d'amour, plein de confiance, on peut lui dire quelquefois avec beaucoup de simplicité, et d'une manière respectueuse à la vérité, mais familière : Vous n'êtes là, Seigneur, que pour me faire du bien, et à quoi tiendra-t-il que vous ne m'en fassiez? Si mes imperfections vous en empêchent, commencez, s'il vous plaît, par me délivrer de ces mêmes imperfections, guérissez ces plaies qui me rendent désagréable à vos yeux. Je ne vous ai pas aimé, il est vrai, et j'en ai un regret sensible ; mais du moins il me semble que j'ai un vrai désir de vous aimer, et si ce désir n'était pas véritable, je ne me présenterais pas si souvent à vous, qui découvrez le fond du cœur, pour vous demander votre amour ; et jusques à ce que j'en sois tout embrasé, de cet amour, je ne me lasserai jamais de vous le demander avec instance, jusqu'à l'importunité : Diligam te, Domine, fortitudo mea... et refugium meum'-.

On peut encore s'occuper utilement alors à faire des actes de Foi, d'Adoration, de Remercîment, d'Espérance, d'Amour, etc., chacun selon sa dévotion ; par exemple : Je crois, Seigneur, que vous êtes réellement présent sur cet Autel, et je prétends que la modestie et le respect avec lesquels je veux être ici en votre présence, soient une preuve de la sincérité avec laquelle

' Ptalm. cxxxi, 14. * PMalm. XVII, 1 et 2.

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je crois, etc. Je vous rends grâces de ce que vous m'avez aimé jusqu'à ce point; prosterné iiumblement à vos pieds, je vous fais amende iionorable en réparation de toutes les indignités et de tous les outrages que vous avez soufferts depuis l'institution de cet auguste Sacrement. J'espère, Seigneur, et je suis sûr que votre Providence ne me manquera jamais dans mes besoins, et qu'elle me conduira heureusement à l'accomplissement de vos desseins par la voie qu'il lui plaira de me marquer. Ouvrez-moi, Seigneur, votre Sacré Cœur, car c'est le lieu de mon refuge ; j'y veux être toute ma vie, et y rendre les derniers soupirs à l'heure de ma mort. Ces actes ne sont proprement qu'un essai et un modèle de ceux qu'on peut faire ; on peut leur donner autant d'étendue que l'on veut.

11 est à propos cependant de se souvenir du conseil que donne saint François de Sales sur ce sujet : « Plu- « sieurs ont ramassé beaucoup d'aspirations vocales qui « vrayment sont fort utiles ; mais par mon advis, vous « ne vous astreindres point à aucune sorte de paroles, « ains prononcerés ou de cœur ou de bouche celles que « l'amour vous suggérera sur le champ, car il vous en « fournira tant que vous voudres. Il est vrai qu'il y a « certains mots qui' ont une force particulière pour « contenter le cœur en cet endroit, comme sont les « eslancements semés si drus dedans les Pseaumes de " David, les invocations diverses du nom de Jésus, et « les traitz d'amour qui sont imprimés au Cantique « des Cantiques. Les chansons spirituelles servent en- « core a mesme intention, pourveu qu'elles soyent « chantées avec attention '. »

' Introluction à la Vie Décote. Seconde Partie. Chap. xiii : Des Aspirations, Oraisons jaculatoires et bonnes pensées.

§ ni.

Pratique pour passer tous les jours un quart d'heure ou une demi-heure en oraison devant le ij'ès Saint Sacrement, propre pour toute sorte de personnes.

ETTE pratique de Dévotion est aisée, puisqu'elle ne consiste proprement qu'à aimer Jésus-Christ, et à nous servir de Jésus-Christ même pour l'aimer : Voici comme on la fait.

I. Après avoir salué Notre-Seigneur dans ce Mystère avec tout le respect que demande sa présence réelle, on s'unit à lui, et à toutes ses divines opérations dans la sainte Eucharistie, où il ne cesse d'adorer, de louer, et d'aimer Dieu son Père au nom de tous les hommes, et de la manière la plus parfaite qu'on puisse s'imaginer ; c'est-à-dire, en état de victime. L'on médite et l'on tâche de concevoir son recueillement, sa solitude, sa vie cachée, cet admirable dépouillement de toutes choses où il s'est réduit, son obéissance à la parole du moindre Prêtre, son humilité, et ses autres vertus selon le modèle qu'il en donne dans cet état Eucharistique. On s'excite à les imiter, et l'on propose de le faire dans les occasions qui s'en présenteront. Mais surtout on s'arrête à considérer les admirables dispositions de son Sacré Cœur en notre faveur, et toutes les sublimes vertus dont il est la source; l'amour immense qu'il a pour son Père, l'ardente charité dont il brûle pour tous les hommes et l'empressement qu'il a pour leur salut. On tâche de découvrir dans ce Cœur divin tous ces abîmes qu'il renferme, d'humiliation, d'abaissement, de pau-

de M. -S. Jésus-Christ. III'-^ Partie. 279

vreté, de souffrances, etc. On considère quels sont les sentiments de sa sainte Ame à la vue de l'ingratitude des hommes, qui n'ont que de l'indifférence pour lui ; on s'excite à produire des actes propres pour réparer, autant qu'il dépend de nous, toutes ces indignités, par des sentiments de gratitude, et principalement par un ardent amour pour Jésus-Christ ' .

2. On offre au Père Eternel, Jésus-Christ son Fils, comme la seule victime qui est digne de lui, et par laquelle nous pouvons rendre hommage à son suprême domaine, reconnaître ses bienfaits, satisfaire à sa Justice, et obliger sa Miséricorde à nous secourir, lui disant avec le Prophète : Regardez la face de votre Christ; Respice in faciem Christi tui'-. 11 est vrai, mon Dieu, que je mérite d'être traité comme un serviteur rebelle ; mais regardez, Père Eternel, ce cher Fils parfaitement obéissant, qui vous offre lui-même, à ce moment, sur cet Autel, les profonds abaissements où il est, pour le pardon de mes infidélités et de ma désobéissance : Respice in faciem Christi tui. De quelque endroit que votre Justice me prenne, je lui présenterai d'abord ce Fils bien-aimé, pour la désarmer. Quand je verrais cent fois votre colère sur le point d'éclater sur moi, cent fois je vous dirais la même chose : Respice in faciem Christi tui. Je ne mérite rien, mais je vous offre une victime qui mérite tout; je consens que vous me refusiez, et le pardon de mes péchés, et de nouvelles grâces, si celui que je vous offre ne vous a pas pleinement satisfait : mais vous ne me sauriez rien refuser de tout ce que je vous demande en vertu des mérites de Jésus-Christ, en vertu de ses souffrances et de sa mort,

' Daiiri les Traites île dévotton du P. Rigoleur. 2 Psalrn. lxxxiii, 10.

28o La dévotion au Sacré Cœur

dont la récompense nous appartient par le transport qu'il nous en a fait. Je vous demande beaucoup, Père Éternel, mais je vous offre le Corps, le Sang et la Vie de votre Fils immolé sur cet Autel, comme en paiement de tout ce que je vous demande. Que puis-je désirer de si grand qui ne soit au-dessous de ce que je vous présente pour le recevoir ?

3. On s'offre soi-même à Dieu par les mains de Jésus- Christ et on lui sacrifie sa vie, ses emplois, ses inclinations, ses passions, et en particulier quelque action de vertu que l'on propose de faire, ou quelque mortification qu'on s'est résolu de pratiquer pour se vaincre, et cela pour les mêmes fins pour lesquelles Notre-Seigneur s'immole dans le Saint Sacrement.

4. On s'offre à Jésus-Christ pour s'unir étroitement à lui, le priant de nous faire entrer dans son esprit et dans ses sentiments, et surtout dans son Sacré Cœur, pour n'en sortir jamais ; ensuite l'on regarde Jésus- Christ comme notre Chef, et l'on se considère comme ses Membres, ou bien comme ses Alliés, comme ses Frères à qui il a cédé tous ses mérites, et légué les récompenses que son Père lui devait pour ses travaux et pour sa mort. C'est aussi en cette qualité d'Alliés du Verbe Éternel, de ses Parères et de ses iMembres, que nous osons paraître devant Dieu avec confiance, traiter familièrement, pour ainsi dire, avec lui, et l'obliger en quelque manière de nous écouter favorablement, d'exaucer nos requêtes et de nous accorder ses grâces, à cause de l'alliance et de l'union que nous avons avec son Fils et en particulier par le prix infini et par la dignité de la Victime que nous lui offrons dans le très Saint Sacrement. On finit par la Communion spirituelle accompagnée d'une consécration parfaite de toutes ses affections et ses désirs à son Sacré Cœur.

de N.-S. Jésus-Christ. II1« Partie. 281

Cette manière d'Oraison est excellente, et Ion doit se la rendre d'autant plus familière, que notre bonheur dans cette vie dépend de notre union avec Jésus-Christ dans le Saint Sacrement. Il serait à souhaiter qu'on la fît une fois tous les jours. Tout temps est propre pour cette sorte d'Oraison, particulièrement certaines heures du jour où Jésus-Christ n'est que rarement visité.

Il y a une autre manière d'Oraison fort utile devant le très Saint Sacrement. Après avoir fait un acte de foi, et adoré Jésus-Christ, on s'excite d'abord à l'aimer avec tendresse, et on le prie de nous embraser tous les jours davantage de son amour. On tâche ensuite de rentrer en soi-même, et de reconnaître l'état de son àme, ses défauts, ses passions, ses faiblesses, ses infirmités, et le fond de toutes ses misères qu'on découvre fort simplement à Jésus-Christ. On se soumet entièrement à sa sainte volonté, et on le bénit également pour les châtiments de sa Justice et pour les faveurs qu'on reçoit de sa Miséricorde. On s'humilie devant sa souveraine Majesté, on lui fait une sincère confession de ses infidélités, de ses péchés; on lui en demande pardon, on déteste tout le mal qu'on a fait et l'on propose de se corriger à l'avenir.

On entre ensuite, pour ainsi dire, dans le Cœur adorable de Jésus-Christ, on considère quels sont ses sentiments, on considère le mépris qu'il fait de tout ce que le monde estime ; quelle idée il a de ces vains honneurs, de ces biens apparents, de ces fades plaisirs détrempés de tant d'amertumes ; on considère en même temps l'estime qu'il fait de ce qui rebute la plupart des gens ; combien une vie pauvre, obscure, pleine d'humiliation et de mépris est précieuse à ses yeux. Qui se trompe? Ou nous qui estimons et qui aimons si passionnément tout ce que Jésus-Christ méprise, ou Jésus-

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Christ lui-même qui méprise si fort et qui condamne si expressément ce que nous recherchons avec tant d'ardeur? Ces sortes de réflexions faites sérieusement, sont très propres pour nous désabuser de cent fausses idées qui nous trompent, et pour nous inspirer cette véritable sagesse que nous admirons dans tous les Saints.

Cette Oraison est très utile, elle est fort libre, et reçoit toute sorte d'affections. On la peut faire en tout temps, mais surtout après quelque accident inopiné, pour se soumettre aux châtiments de la Justice de Dieu, ou après l'embarras de l'action, pour se remettre dans le recueillement.

Enfin on n'a qu'à visiter souvent Jésus-Christ, pour apprendre à le visiter et pour goûter le plaisir qu'il y a de converser avec cet aimable Sauveur ; c'est-à-dire, avec la personne du monde la plus aimable, et qui nous aime le plus. On ne s'ennuie jamais dans sa conversation ; et dire qu'on ne sait que faire devant le très Saint Sacrement, c'est dire qu'on ne sait pas croire, qu'on ne sait pas demander les grâces qui nous sont nécessaires, qu'on ne sait pas aimer ! Nous ne sommes malheureux dans ce monde que parce que nous ne savons pas connaître notre bonheur ; nous ne connais-, sons pas celui qui est au milieu de nous, car pourrionsnous le connaître, et l'aimer si peu? Pourrions-nous même l'aimer tant soit peu, et le visiter si rarement?

de N.-S. Jés'is-Christ. \\\^ Partie.

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Quelques avis pour les visites fréquentes du très Saint Sacrement.

OUR tirer tout le fruit qu'on doit des visites fréquentes du Saint Sacrement, on fera bien d'observer ce qui suit :

1. On ne doit jamais entrer dans l'Eglise que dans une grande modestie, qui doit être une preuve sensible de notre foi et de la vénération qu'on a pour la sainteté du lieu où l'on est. Il ne faut pour cela que faire réflexion à ce qu'on fait. Cette posture humble et respectueuse, cet air modeste accompagné d'un recueillement intérieur, sont de grandes dispositions, et des plus nécessaires, pour recevoir les plus tendres caresses de Jésus-Christ.

2. Les prières vocales qu'on y fait doivent être courtes, mais tendres et affectueuses ; les plus simples et les moins étudiées siéent le mieu.x à une personne qui parle de cœur.

3. Quoique tous les temps soient propres pour rendre nos devoirs et nos hommages à Jésus-Christ, il y a cependant certaines heures du jour, et certains jours dans l'année, où nos visites lui sont plus agréables. Ces heures sont le matin, pour les personnes Religieuses et Ecclésiastiques qui ont le très Saint Sacrement dans leur propre maison, et l'après-dînée pour toute sorte de gens. On ne saurait exprimer les avantages que pro-

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cure aux premiers la diligence à visiter le très Saint Sacrement le matin, dès que l'on est levé. Cet empressement qu'on témoigne à aller adorer incessamment Jésus-Christ dans le Saint Sacrement, et à être les premiers à lui rendre nos hommages, lui plaît extrêmement. Il est tout visible que si un serviteur, si un ami, si un enfant avaient pour nous le même empressement, cette ardeur et cette diligence nous gagneraient extrêmement le cœur. Jugez ce qu'elles doivent produire dans le Cœur de cet aimable Sauveur. Cette ferveur et cette exactitude engagent Jésus-Christ à nous accorder pendant le jour les grandes grâces dont nous avons besoin dans l'exercice de nos emplois et dans les occasions. Aussi ne pensez pas qu'on trouve jamais de ces âmes lâches, imparfaites, qui n'aiment presque point Jésus-Christ, qui aient longtemps cet empressement, qui est cependant si raisonnable et si juste, et qui est autant l'effet que la cause d'un très ardent amour de Jésus-Christ.

L'après-dînée est encore un temps très propre pour recevoir de grands bienfaits de cet aimable Sauveur, et pour lui témoigner notre amour : surtout à certaines heures où il est presque dans l'oubli, n'étant que fort rarement visité. Comme ce n'est alors ni la foule qui nous y entraîne, ni la coutume qui nous y porte, le seul amour de Jésus-Christ en est le principal motif : et c'est ce qui engage Jésus-Christ à être plus libéral dans ces visites, et l'on peut dire que c'est par elles que plusieurs grands Saints ont reçu ces grâces singulières qui les ont portés en peu de temps à la plus haute perfection.

Outre les jours de Fêtes qui sont singulièrement consacrés au service de Dieu, il y a certains jours dans l'année où il est extrêmement utile de visiter plus assi-

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dûment Jésus-Christ qu'à l'ordinaire. Ces jours sont ceux que le monde destine au divertissement; le temps du Carnaval, certains temps de réjouissance publique, et semblables occasions qui occupent l'esprit et le cœur de la plupart du monde, sont des temps fort précieux et extrêmement avantageux pour tous ceux qui sont assez généreux et assez fidèles pour les consacrer particulièrement à Jésus-Christ. Une seule de ces marques d'amour et de fidélité a été le commencement et la source de la perfection sublime où sont arrivés de très grands Saints.

On ne doit jamais sortir de devant le très Saint Sacrement, qu'on n'ait dit à Jésus-Christ ces paroles de Jacob : Non dimittam te, nisi benedixeris mihi^; mon Sauveur, je ne vous laisse point, je ne me retire point de vous, que vous ne m'ayez donné votre bénédiction. Il faut avoir un si grand respect pour tout ce qui est consacré à Jésus-Christ, surtout pour le lieu où il réside, que rien ne soit capable de nous rendre moins religieux en ce point. On ne doit jamais, sous quelque prétexte que ce soit, se dispenser de la modestie et du silence qu'on garde avec tant d'exactitude dans la maison des Grands. N'oublions jamais, toutes les fois que nous visitons Jésus-Christ, d'honorer particulièrement son Sacré Cœur par quelque hommage, lui offrant sans cesse le nôtre pour être tellement uni au Sien, que de deux cœurs il ne s'en fasse plus qu'un. Enfin on peut donner ce conseil généralement à tout le monde, que le moyen de devenir intérieur, spirituel et solidement vertueux, c'est de visiter souvent Jésus-Christ dans le très Saint Sacrement. Et pour faire utilement ces visites, il faut les faire comme des gens qui croient véri-

' Genen. xxxii, 26.

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tablement rendre visite à Jésus-Christ. Il faut agir avec lui avec beaucoup de respect, de simplicité, et de confiance, parler peu, l'écouter attentivement et l'aimer beaucoup.

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