DE LA MESSE
Réflexions touchant le Sacrifice de la Messe.
OMME il n'y a point de culte sur la terre qui rende plus d'honneur à Dieu que le saint Sacrifice de la Messe, nous devons regarder cette action comme la plus importante de notre vie. Tout est grand, tout est merveilleux en ce Mystère; la puissance de Dieu y est infinie, son amour excessif, sa patience extrême. Il n'y a rien qui ne nous soit un sujet d'admiration : on connaît aisément qu'un Dieu peut faire tous ces prodiges s'il le veut faire, et il n'y a pas lieu de douter qu'il ne l'ait voulu. Mais ce qui paraît plus impénétrable, ce qui surprend encore plus, c'est de voir un Prêtre à l'Autel sans gravité, sans dévotion, sans modestie ; c'est de voir des Chrétiens qui n'assistent à ces redoutables Mystères que pour les profaner par leurs immodesties, par l'impureté de leur cœur, par la dissipation de leur esprit et par les égarements de leurs sens.
On conçoit comment il se fait qu'un homme puisse porter l'ingratitude jusqu'à mépriser les bienfaits qu'il reçoit d'un autre homme ; mais on ne comprendra
jamais, ce semble, comment il se fait qu'un homme qui a tous les jours le bonheur de converser familièrement avec Jésus-Christ, de le tenir entre ses mains, de le distribuer au peuple, que cet homme, dis-je, ne fasse presque nul état d'une dignité si sublime, et qu'il n'ait que de l'indifférence et de la froideur pour Jésus-Christ ; qu'ayant la foi, il monte à l'Autel, rempli de beaucoup d'imperfections considérables, qu'il y soit sans avoir nul sentiment de dévotion et de tendresse, et qu'il en sorte aussi peu touché de l'excellence et de la sublime sainteté de ce Mystère, que lorsqu'il y était entré.
Un Prêtre à l'Autel est le médiateur entre Dieu et les hommes ; il traite avec Dieu au nom de toute l'Eglise, et il offre à Dieu une Hostie proportionnée aux bienfaits que nous avons reçus de lui, et à ceux que nous pouvons lui demander ; une Hostie capable d'effacer tous les péchés des hommes, une Hostie enfin que Dieu ne peut pas ne point agréer : et cependant ne se trouve-t-il point de Prêtres qui ne sont nullement touchés d'un ministère si saint et si relevé ? Ne s'en trouve-t-il point qu'on ne connaît être Prêtres que lorsqu'on les voit à l'Autel, et qui déshonorent même à l'Autel, par leur peu de dévotion, la sainteté de leur ministère ?
La précipitation avec laquelle on offre ce redoutable Sacrifice, n'est-elle pas une preuve visible de notre peu de foi ? On passe les heures entières avec plaisir dans les conversations, et on a de la peine à demeurer une demi- heure avec Jésus-Christ; est-il possible qu'il n'y ait que Jésus-Christ avec qui on s'ennuie !
Si le compte que nous devons rendre est proportionné à l'excellence de nos emplois et aux bienfaits que nous avons reçus ; si, pour être sauvé, il faut que notre vertu réponde à la sainteté de notre état et de
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nos ministères, un Prêtre qui n'a qu'une médiocre vertu, et qui après avoir offert plus de deux mille fois cet adorable Sacrifice, ne se trouve pas plus dévot, mais est peut-être plus imparfait qu'avant qu'il fût Prêtre, a-t-il sujet de craindre les redoutables jugements de Dieu? Et celui que le Corps et le Sang de Jésus-Christ n'ont pas touché lorsqu'il le tenait entre ses mains, a-t-il sujet de croire qu'il y ait quelque chose au monde capable de le rendre moins insensible?
Le Sacerdoce est sans difficulté une des plus sublimes dignités, et une des plus excellentes faveurs que Dieu ait jamais faites à une pure créature ; il est tout visible que ce haut ministère demande des hommes parfaits. Quoique la vertu des Solitaires qui vivaient du temps de saint Jean Chrysostome fût arrivée à une haute perfection et que la plupart eussent le don de faire des miracles, leur vertu cependant, dit ce Saint, est autant au-dessous de celle qui est propre et nécessaire à l'état des Prêtres, que la condition d'une personne privée est au-dessous de la majesté d'un Roi *.
Il faut de grandes grâces pour acquérir cette haute vertu ; mais un Prêtre n'a-t-il pas de quoi être toutpuissant? Et la Messe n'est-elle pas un moyen infaillible d'obtenir toute sorte de grâces?
« Oui, mon Dieu, s'écrie un grand Serviteur de Dieu, « pénétré de ces sentiments, quand je prie, que je « jeûne, que je fais l'aumône, je le fais avec défiance ; « peut-être, dis-je en moi-même, que je déshonore Dieu « davantage par mes mauvaises intentions, par les cir- « constances de mon action, que je ne l'honore par « mon action; cette pénitence, bien loin d'effacer mes
* Tantum discrimen quantum sit inter privatum et regem. — Chrysost. lib. VI de SacerJotio.
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crimes, a peut-être besoin elle-même de la pénitence. Mais quand je dis la Messe, ou que je l'entends, quand j'offre le Sacrifice adorable en qualité de Ministre ou de Membre de l'Église, c'est alors, mon Dieu, que, plein de confiance et de courage, j'ose défier tout le Ciel de faire quelque chose qui vous plaise davantage ; c'est alors que sans être effrayé, ni par le nombre, ni par l'énormité de mes crimes, j'ose vous en demander le pardon, ne doutant pas même que vous ne deviez me l'accorder de la manière la plus parfaite que je saurais le souhaiter. Quelque vastes que soient mes désirs, quelque étendues que soient mes espérances, je ne fais point de difficulté de vous demander tout ce qui est capable de les remplir. Je vous demande des grâces et de grandes grâces, et toute sorte de grâces pour moi, pour mes amis et pour mes plus mortels ennemis ; et bien loin de rougir de ma demande, bien loin de me défier d'obtenir tant de choses en même temps, je trouve que je demande peu en comparaison de ce que j'offre; je crois même faire tort à cette Hostie vivante, en demandant infiniment moins qu'elle ne vaut.
" Je ne crains rien tant que de ne pas attendre, avec une espérance ferme et constante, et tout ce que j'ai demandé, et quelque chose encore de plus grand, s'il est possible, que tout ce que" je puis demander. Plût à Dieu que nous connussions bien la valeur du trésor que nous avons entre les mains ! Heureuse et mille fois heureuse la nation des Chrétiens, s'ils savaient profiter de leur avantage ! Quelle source de toute sorte de biens ne trouverions-nous pas en cet adorable Sacrifice? Que de grâces, que de faveurs, que de richesses temporelles et spirituelles, pour le corps, pour l'esprit, pour la vie, pour l'éternité ! Mais il faut
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« avouer la vérité, nous ne pensons pas même à nous « servir de nos biens, nous ne daignons pas mettre la « main dans le trésor que Jésus-Christ nous a laissé.
« Que nous ayons en notre pouvoir un remède à « toute sorte de maux, un Arbre de vie qui peut nous « communiquer non seulement la santé, mais l'immor- « talité même ; et que cependant nous soyons accablés « d'infirmités ! Quand vous êtes à la Messe, il se fait « pour vous, si vous voulez en profiter, ce qui se fit sur « le Calvaire pour ceux qui étaient présents : au Cal- « vaire, si vous y aviez été, le pardon vous aurait-il pu « être refusé ? C'est ici la même chose quant à l'effet.
« Jésus-Christ à la Messe se met entre nos mains « comme une victjme d'un prix infini, pour obtenir « de Dieu tout ce que nous pouvons désirer de lui, « quelque précieux que puisse être le bien que nous « lui demandons. Jésus-Christ se fait dans le Sacrifice « de la Messe non seulement notre Intercesseur auprès « de son Père, pour lui demander par ses mérites tout « ce qui nous est nécessaire, tout ce que nous souhai- <( tons, mais il offre son Sang et sa Vie comme en paie- « ment de ce que nous demandons. Que pouvez-vous « désirer de si grand qui ne soit au-dessous de ce que « vous présentez pour le recevoir ? D'où vient donc « que tout le monde se plaint, les uns de leurs misères « temporelles, les autres de leurs imperfections et de « leurs défauts? D'où vient que les passions nous ty- « rannisent, que les mauvaises habitudes nous tiennent « comme enchaînés ; que celui-ci est importuné par « tant de vains désirs, que celui-là succombe si souvent « aux tentations ; que l'impatience et la colère en re- « plongent tant tous les jours dans des emportements « fâcheux, que la douleur et le chagrin en accablent « d'autres?
La dévotion au Sacré Cœur
« D'où vient que cette femme ne peut adoucir son « mari, ni maintenir la paix dans sa famille ; que ce « père voit avec regret ses enfants prendre une mau- « vaise route ? D'où vient que la plupart de ceux mêmes « qui font profession de piété, passent presque toute « leur vie dans des imperfections grossières, et surtout « dans une extrême tiédeur au service de Dieu ? On « voudrait se corriger et réformer les autres, et cece pendant il ne se fait rien de tout cela. Il me semble « de voir un avare qui manque de tout, quoique l'or et « l'argent ne lui manquent point, Avez-vous demandé, « comme il faut, cela à la Messe ? Combien de fois « l'avez-vous entendue à cette intention ? Me persuade- « rez-vous que Dieu, pour un si grand prix, ait refusé « si peu de chose ? Qu'il ait fait si peu de cas du sang « et de la vie de son Fils, qu'il n'ait pas cru qu'elle va- « lait bien cette grâce, cette vertu, ce bien temporel ou « spirituel que vous souhaitez, pour vous ou pour « quelque autre, s'il était à propos de vous l'accorder ? « Que vous ayez demandé avec sincérité un grand « amour de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ vous l'ait « refusé? Non, je ne le croirai jamais, et je suis sûr « que vous-même vous ne le croyez pas. Qu'est-ce « donc? C'est qu'on néglige d'assister à la Messe, et de « représenter à Dieu avec simplicité et avec confiance, « pendant ce précieux temps de salut et d'acceptation, « qu'on manque, dis-je, de représenter pour lors ses « misères à Dieu et de lui demander les grâces qui « nous sont nécessaires ; enfin, c'est qu'on n'offre pas « cet adorable Sacrifice comme des gens qui le croient, « et qui font réflexion à ce qu'ils croient ' . »
' V. Père de la Coloiiihièrc. Rcflexiona chrétiennes. De la Messe, Pns^i/n.
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§ II-
Pratique pour ceux qui offrent le Sacrifice de la Messe.
I le Prêtre connaît bien l'excellence de son état et la sublime sainteté de son ministère, il ne s'approchera jamais des Autels qu'avec une sainte frayeur, et il ne les quittera qu'avec une reconnaissance infinie.
Dieu est plus honoré par une seule iMesse qu'il ne le saurait être par toutes les actions et des Anges et des hommes, quelque ferventes et quelque héroïques qu'elles puissent être. Aussi devons-nous considérer cette action comme la plus grande et la plus importante de notre vie, et la faire avec toute la perfection qui nous est possible. Tous les emplois dont Dieu a honoré les Anges sont au-dessous de l'excellence et de la dignité de celui-ci ; dire une Messe, c'est quelque chose de plus grand' que de gouverner tout l'Univers, que de ressusciter des morts et de faire les plus grandes merveilles. Jugeons si une préparation ou une action de grâces d'un quart d'heure pourra suffire pour une si grande action.
Qu'on se prescrive en ceci la règle qu'on voudra, toute la vie d'un Prêtre se doit passer en préparation et en action de grâces : un temps moins long ne suffit pas; il faut qu'un. Prêtre ne fasse rien que dans la vue qu'il doit dire la Messe, ou qu'il l'a déjà dite : c'est-à-dire que toutes ses paroles et toutes ses actions doivent être si
saintes, qu'elles puissent lui servir de disposition à la célébration des divins Mystères et de preuves continuelles de sa reconnaissance et de son amour. Il n'est personne sur la terre qui, par son ministère, approche de plus près de la Personne de Jésus-Christ ; il n'en est point aussi qui doive lui ressembler davantage par la sainteté de sa vie. Toute autre pratique est défectueuse, la pureté et la sainteté de sa vie doivent être sa principale préparation.
On fera bien dès le moment qu'on est levé de réciter les prières que l'Église a marquées pour la préparation à la Messe. L'action de grâces ne se doit terminer qu'avec la journée, par quelque prière particulière, et le temps qui précède ou qui suit immédiatement le Sacrifice, ne doit être employé qu'à nous recueillir davantage, à renouveler les intentions que nous devons avoir en offrant cet adorable Sacrifice, et à tâcher de nous en rendre moins indignes par de grandes réflexions sur ce que l'on va faire, ou que l'on a fait, par des actes de foi, de contrition, d'humilité, de remercîment et d'amour.
11 faut que le Prêtre allant à l'Autel ne se considère plus comme un homme, mais comme Jésus-Christ qui va parler par sa bouche et s'immoler par ses mains : aussi ne doit-il faire aucune action extérieure dont on ne puisse dire : Voilà une action de Jésus-Christ ; il doit être extrêmement e.xact à garder toutes les plus petites Cérémonies, si l'on peut appeler petit ce qui sert à la célébration du plus grand et du plus auguste de tous les Sacrifices, et il doit soutenir ces sacrées Cérémonies d'un certain air de grandeur et de majesté, et avec tant de modestie que son maintien, que sa présence seule inspire de la dévotion et du respect à tout le monde, offrant cet adorable Sacrifice d'une manière si grave, si dévote et si respectueuse, que Dieu en soit
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honoré, Jésus-Christ reconnu en la personne de son Ministre, et tous les Assistants édifiés.
Comme c'est Jésus-Christ qui s'immole lui-même et se sacrifie par les mains de son Ministre, il faut que le Ministre s'offre et s'immole avec Jésus-Christ. Il est choisi et comme député de toute l'Église pour rendre à Dieu des adorations, pour le remercier de ses bienfaits, pour apaiser sa colère, et implorer sa miséricorde ; il doit s'acquitter avec soin de sa commission, surtout après la Consécration ; c'est alors qu'il doit comme Moïse lier les mains, pour ainsi dire, à la justice de Dieu ; c'est alors qu'il doit reconnaître, par le moyen de cette précieuse Victime, la grandeur infinie de ce premier Etre, et surtout s'anéantir devant lui comme fait le Fils de Dieu sur l'Autel ; c'est alors qu'il lui doit représenter toutes les nécessités de son Peuple, et se persuader qu'il obtiendra tout ce qu'il demande, puisqu'il offre une Hostie d'un prix infini et que Dieu ne peut pas ne point agréer.
On ne doit pas s'étonner que les Apôtres et les Disciples qui conversaient si familièrement avec Jésus- Christ, aient reçu de si grandes grâces ; mais on doit être surpris qu'un Prêtre à l'Autel ne soit pas tout-puissant, qu'il n'aime qu'imparfaitement Jésus-Christ, qu'il ne soit que peu touché de dévotion en offrant cet adorable Sacrifice. Il est quand il lui plaît, et aussi longtemps qu'il lui plaît, avec Jésus-Christ; mais le malheur est qu'il ne lui plaît pas d'y être longtemps. Nous nous plaignons quelquefois de ce que nous n'avons à l'Autel nul sentiment de tendresse, ni de dévotion sensible : vivons-nous dans un assez grand recueillement intérieur? Menons-nous une vie assez pure? Et comment ressentir cette dévotion sensible, lorsqu'on est dans un mouvement continuel pendant le Sacrifice, tout
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occupé de l'action extérieure, et tellement empressé de sortir de l'Autel, que l'on ne donne pas le temps et que l'on ne permet pas, pour ainsi dire, à Jésus-Christ de faire sentir les doux effets de sa présence^, et beaucoup moins de faire entendre sa voix.
Un peu plus de foi, quelques sérieuses réflexions sur notre ministère, nous apprendront aisément comment on doit dire la Messe. Tout ce qu'on peut dire ici, c'est qu'il faut tâcher de dire la Messe comme Jésus-Christ la dirait : cette vue seule sur la Personne de Jésus- Christ renferme les plus saintes pratiques de Dévotion; et cette pensée qu'il est bon d'avoir de temps en temps à l'Autel : Je représente ici Jésus-Christ ; je parle au nom de Jésus-Christ ; je tiens entre mes rnains Jésus- Christ : cette pensée, dis-je, est capable de nous inspirer à l'Autel cet air de sainteté, cet air grave et majestueux, cet air divin que cette action demande et que tous les Assistants attendent de nous.
La Dévotion au Sacré Cœur de Jésus-Christ est un puissant moyen pour nous faire dire la Messe avec plus de dévotion, soit que cet objet soit plus propre pour nous toucher, ou que Jésus-Christ ait singulièrement attaché à cette Dévotion certaines grâces plus abondantes ; il est certain par l'expérience de ceux qui la pratiquent, qu'on n'a pas plus tôt cette Dévotion à cœur, qu'on se sent à l'Autel tout pénétré de dévotion. La seule pensée du Cœur sacré de Jésus-Christ inspire des sentiments dont on n'avait auparavant nulle connaissance. La foi devient plus vive, et l'amour qu'on a pour Jésus-Christ croît sensiblement.
On doit seulement observer : 1° De dire la Messe avec attention et sans précipitation ; cet empressement qu'on a de sortir de l'Autel, est une marque visible qu'on ne se plaît guère avec Jésus-Christ. Il ne s'agit
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que de quelques moments, tout au plus d'un demiquart d'heure ; faut-il pour si peu de chose se priver pendant toute sa vie du fruit de la plus grande, de la plus sainte et de la plus importante de toutes les actions? 2° De faire toutes les fois qu'on dit la Messe, une espèce d'Amende honorable à Jésus-Christ, pour réparer par l'honneur qu'on lui rend dans cet auguste Sacrifice, les indignités et les outrages qu'il a soufferts et qu'il souffre dans le Saint Sacrement. 3^ De le remercier de tous les bienfaits et de toutes les grâces qu'il a faits à la Sainte Vierge ; cette reconnaissance lui plaît beaucoup. 40 De lui demander fort simplement et avec beaucoup de confiance, beaucoup de choses, et surtout son parfait amour. Seigneur, faites-moi Saint, peut-on lui dire quelquefois, faites-moi Saint, vous en aurez toute la gloire ; vous trouverez partout ailleurs des sujets plus dignes de vos grâces que je ne le suis, mais j'ose dire que vous n'en trouverez point qui soit plus reconnaissant. Inveni quem diligit anima mea, tenui eum, nec dimittam *. Permettez-moi, Seigneur, de vous dire que quelque grands que soient les bienfaits dont vous m'avez comblé, vous ne m'avez pas encore assez donné si vous ne me donnez votre amour. Donnez-moi, mon divin Sauveur, donnez-moi un cœur semblable au Vôtre, donnez-moi votre Cœur.
A la vérité un Prêtre qui ne ressent pas les effets d'un Sacrifice qui suffit pour effacer tous les péchés de tout le monde, a grand sujet de craindre. Mon Dieu, quelles grâces ne répandez-vous pas sur une âme bien disposée ! Et qui peut exprimer les douceurs que vous faites gcMÎter à l'Autel ?
« J'ai reçu de si grandes grâces, et j'ai ressenti si sen-
' Cantic. m, 4.
«■ siblement les effets de ce Pain des Anges, dit un vé- (( ritable Dévot du Sacré Cœur de Jésus-Christ, que je c( ne saurais y penser sans être en même temps touché « d'une sensible gratitude. Je n'ai jamais conçu une si h grande confiance que je persévérerai dans le bien et « dans le désir que j'ai d'être tout à Dieu, nonobstant f( les effroyables difficultés que j'imagine dans la suite (t de ma vie. Je dirai la Messe tous les jours, voilà mon (' espérance, voilà mon unique ressource. Jésus-Christ <' pourra bien peu s'il ne peut me soutenir d'un jour à « l'autre ; il ne manquera pas de me reprocher mon « relâchement, dès que je commencerai à m'y aban- « donner ; il me donnera tous les jours de nouveaux « conseils, de nouvelles forces, il m'instruira, il me « consolera, il m'encouragera, et m'accordera ou m'ob- (( tiendra, par son Sacrifice, toutes les grâces que je lui 0 demanderai. Si je ne vois pas qu'il soit présent, ajoute- (' t-il, je le sens, il me semble que je suis comme ces « Aveugles qui se jetaient à ses pieds et qui ne doute taient pas qu'ils ne le touchassent, quoiqu'ils ne le (( vissent pas '. » Voilà de quelle manière nous devons dire la Messe, voilà les sentiments que nous devons avoir en la présence de Jésus-Christ.
' V. Pin'e de la Colombière. Retraite spirituelle de trente jours. Dernière méditation de la pivmii're semaine..
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§ III
Pratique pour ceux qui assistent au Sacrifice de la Messe.
EUX qui entendent la Messe doivent se persuader qu'il n'y a point d'action en la vie qu'ils doivent faire avec plus de respect, d'attention et de dévotion que celle-là. Comme la Messe n'est autre chose que la représentation du Sacrifice de la Croix, et, en même temps, le véritable Sacrifice de la même Victime qui fut immolée sur le Calvaire, c'est-àdire, de Jésus-Christ qui s'offre encore à son Père en holocauste pour l'expiation de nos crimes, et comme il nous applique le prix du Sang qu'il répandit pour nous sur la Croix, nous devons assister à la Messe avec les mêmes sentiments que nous eussions eus si nous eussions été présents à la mort du Sauveur sur le Calvaire ; ou plutôt nous devons tâcher d'entrer dans ceux (Qu'eurent pour lors sa sainte Mère, et son Disciple bien-aimé.
La modestie, le recueillement intérieur, un grand silence, une posture humble et un profond respect sont des dispositions nécessaires : mais elles seraient inutiles si elles n'étaient animées d'une vive foi. Il faut croire et il faut faire souvent réflexion à ce qu'on croit. Nous sommes dans un lieu sanctifié par la présence de Jésus- Christ, et rempli de la majesté de Dieu à qui nous venons rendre nos hommages et demander les grâces dont nous avons besoin. Nous assistons à un sacrifice dont
3oo La dévotion au Sacré Cœur
Jésus-Christ est la victime, c'est pour nous qu'on offre ce sacrifice : peut-on en être persuadé, et manquer de •confiance ou de respect?
Nous devons éviter avec soin tout ce qui pourrait nous distraire de l'attention que nous devons avoir à toutes les actions du Prêtre, car de toutes les manières d'entendre la Messe, c'est la plus sainte et la plus conforme à l'esprit de l'Eglise. Les prières vocales sont très utiles quand elles sont faites avec dévotion, mais elles ne doivent pas nous occuper tout le temps de la Messe : nous ne devons pas nous rendre importuns à parler toujours, mais nous devons nous arrêter quelquefois et prêter l'oreille, afin d'entendre ce que le Seigneur nous dit. Il faut que nous imitions les pauvres qui, après avoir tendu la main et exposé leurs misères, se tiennent dans le silence en attendant qu'on leur fasse quelque aumône. Ce silence au milieu de cet adorable Sacrifice n'est pas une oisiveté : c'est la marque d'une vive attention en la présence de Dieu, et d'une humble ■confiance en sa miséricorde. Quelques sérieuses réflexions sur ce qui se passe sur cet Autel, quelques actes de foi touchant la vérité de ce Mystère, produiront •en nous de beaux sentiments.
Mais on peut dire que de toutes les manières d'entendre la Messe, celle que la Dévotion au Sacré Cœur •de Jésus-Christ nous apprend, est une des plus utiles; elle consiste principalement dans des actes intérieurs. Dès que le Prêtre a consacré, animé d'une foi vive, on adore Jésus-Christ, et on l'adore dans les sentiments d'une personne qui n'est là que pour lui rendre ses hommages et pour lui faire une espèce d'Amende honorable pour toutes les indignités, pour les mépris et les outrages auxquels son amour l'a exposé dans cet -auguste Sacrement. Ensuite on adore son Sacré Cœur,
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on remercie ce divin Sauveur de l'amour dont son Sacré Cœur brûle, et de toutes les dispositions admirables où son Cœur est en notre faveur; on entre même dans ce Cœur divin, pour y admirer tous les trésors de vertus et de grâces qu'il renferme. On y admire la plus profonde humilité qu'il soit possible d'imaginer, une patience héroïque à l'épreuve de tous les fâcheux accidents, une douceur excessive à l'égard de tout le monde, la douleur infinie qu'il a eue de nos péchés dont il a voulu se charger; on y admire un amour infini pour la gloire de Dieu son Père, un amour immense pour tous les hommes, un soin, un zèle, un empressement extrêmes pour leur salut et pour soi en particulier ; on se représente quels doivent être les sentiments de Jésus-Christ sur cet Autel, à la vue de tant de mépris et de tant d'outrages ; et pénétré de sentiments d'amour et de gratitude, on lui dit tout ce que la douleur et l'amour peuvent inspirer à un cœur généreux et reconnaissant. On se dispose par ces actes intérieurs à la Communion spirituelle, qui consiste principalement dans un ardent désir de communier réellement, pour tâcher de réparer par la manière pleine de respect et d'amour, avec laquelle on serait prêt à recevoir Jésus-Christ, la froideur, l'insensibilité et le peu de disposition avec lesquels on l'a reçu.
Il est étrange qu'il se trouve des Chrétiens et en grand nombre qui s'ennuient, qui ne savent que faire à la Messe ; c'est comme si un malade s'ennuyait de voir travailler efficacement à sa guérison ; ou si un homme accablé de dettes ne savait que faire en présence d'un puissant Monarque qui lui offre tous ses trésors. Vous ne savez que faire à la Messe ? « Quoi donc, dit le Père « de la Colombière dans les Réflexions qu'il a faites « sur ce sujet, quoi donc, n'avez-vous jamais reçu nulle
3o2 La dévotion au Sacré Cœur
« faveur du bon Dieu? Hélas ! nous sommes environ- « nés, chargés, accablés de bienfaits, et nous ne l'en « avons jamais remercié comme il faut ; du moins pence dant la Messe parcourez ces bienfaits : tant de périls « détournés, tant de crimes dissimulés, une Providence « si aimable et si constante exercée sur vous, un si « doux et si continuel empressement pour vous attirer « à lui, pour gagner votre cœur, pour vous faire un « Saint, etc. Le détail des grâces que vous recevez en « un seul jour pourrait suffire pour vous occuper du- « rant toute la Messe. Tout cela ne mérite-t-il pas bien « qu'on s'en ressouvienne ? Après avoir repassé en votre « esprit tous ces bienfaits, dites hardiment au Père « Eternel : Seigneur, voilà les bienfaits que j'ai reçus « de vous ; mais voyez cette Hostie, ce Corps divin, ce « précieux Sang, ce Sacrifice adorable. Voilà ce que je « vous rends pour tant de bienfaits ; je ne puis douter « qu'ils ne soient très bien payés par un présent aussi « magnifique. Mais que puis-je vous rendre, mon ado- « rable Maître, vous qui m'avez donné de quoi recon- « naître si libéralement les bienfaits de votre Père, de « quoi expier tous mes péchés? Je n'ai qu'un cœur que « je puisse vous offrir, daignerez-vous l'accepter, ce « cœur agité de tant de passions et souillé par tant de « péchés? Il est du moins brisé de douleur, et c'est en « cet état que je vous l'ofïre. Vous m'ouvrez, vous me « donnez le Vôtre, oserais-je, mon aimable Sauveur, « vous refuser le mien? Dieu de Majesté! qui suis-je « que vous daigniez agréer le sacrifice de mon cœur? Il « sera donc tout à vous, les créatures n'y auront plus de « part. Soyez donc, mon aimable Jésus, mon Père, mon « Ami, mon Maître, mon Tout : puisque vous voulez « bien être content de mon cœur, pourrait-il lui-même « n'être pas content du Vôtre ? Je ne veux donc désor-
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<( mais vivre que pour vous. Recevez donc, aimable « Sauveur des hommes, le sacrifice que le plus ingrat « des hommes vous fait, pour réparer le tort que, jus- « qu'à cette heure, je n'ai cessé de vous faire en vous « offensant.
« Vous ne savez que faire à la Messe ? N'avez-vous « jamais offensé Dieu, ne l'offensez-vous point tous les <( jours et à toutes les heures du jour ? Parcourez du- « rant la Messe toutes les fautes que vous avez faites « depuis la Messe du jour précédent, etc. Demandez-lui- « en pardon. Mais n'avez-vous besoin de rien? Vous « vous plaignez tous les jours de vos Parents, de vos « Amis, de vos Enfants ; demandez à Dieu qu'il rende « cet Ennemi plus raisonnable, cette Fille plus mo- « deste, ce Mari moins emporté ; qu'il change le cœur « de ce Fils, qu'il vous donne à Vous-même plus de « douceur, de patience, de courage et de zèle pour « votre salut, et surtout son parfait amour ; et pour ob- « tenir toutes ces choses, offrez-lui Jésus-Christ en sa- « crifice, il ne se peut faire qu'il vous refuse; ce que « vous lui offrez vaut infiniment plus que tout ce que « vous pouvez demander.
« Il est étrange que le Seigneur ne puisse remplir sa « maison qu'en usant de violence, qu'en nous forçant « en quelque façon d'y entrer; mais il n'est pas moins « étrange que nous entrions si souvent dans la maison « du Seigneur; que nous assistions tous les jours au « plus auguste de tous les Sacrifices, et que nous n'en « retirions nul fruit, que nous ne connaissions pas « même les fruits ineffables que nous pouvons en reti- « rer. Cette ignorance est ce que nous avons plus « sujet de déplorer dans le Christianisme. Quel mal- « heur que nous ayons au milieu de nous un trésor « immense et inépuisable, et que faute de le connaître,
3o4 La dévotion au Sact'é Cœur. III^ Partie.
<( nous vivions dans l'indigence ! Que si nous le con- « naissons, ce trésor, et que nous n'en tirions nui fruit, « ne sommes-nous pas encore plus malheureux ' ? »
1 V. Père de la Colornbière. Rc flexions chrétiennes. De la Messe. Passim.