‹ La dévotion au Sacré-Cœur de N.-S. Jésus-ChristChapitre 85 sur 90 · CXXXI · texte numérisé non relu

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SaS La dévotion au Sacré Cœur

douceur envers tout le monde, que quand on a plus de tendresse pour Jésus-Christ. C'est avec cette douceur que les Apôtres ont gagné les plus insensibles, et les hommes Apostoliques ne feront jamais nul fruit dans l'Eglise, s'ils n'ont cette aimable vertu.

La liberté d'esprit rend notre intérieur conforme à celui de Jésus-Christ par le parfait oubli de nousmêmes et par le parfait acquiescement à ses ordres, ne regardant en toutes choses que la volonté de Dieu qu'on est toujours disposé d'accomplir sans inquiétude ni empressement. C'est une marque certaine qu'on a très peu d'amour pour Jésus-Christ, quand on ne trouve point d'attrait dans ce parfait acquiescement à sa volonté. Que si l'on sent tant de plaisir quand on plaît à ceux que l'on aime, n'est-il pas visible qu'on ne saurait aimer véritablement Jésus-Christ, qu'on ne se sente porté à faire tout ce qu'il souhaite? Quand on l'aime on ne fait que ce qui lui plaît, et rien ne nous plaît que ce qu'il veut.

Quand on a donné son cœur à l'amour de Jésus- Christ, cet amour n'y souffre plus ni sentiment ni volonté propre ; il le dépouille de toutes les attaches, et le met dans une sainte indifférence où tout lui est égal ; il ne veut rien et il veut tout, il ne se soucie point à quoi les ordres de Dieu l'emploient, si c'est à une chose éclatante ou de peu de considération, fâcheuse ou agréable; toutes sortes de succès sont l'accomplissement de ses désirs, parce que voulant tout ce que Dieu veut qui arrive, rien ne lui arrive qui ne le contente. Ceux qui sont attachés à leur emploi, au lieu de leur demeure, à leurs commodités ou à quelque autre chose, ne peuvent servir Notre-Seigneur avec liberté d'esprit, parce qu'ils sont esclaves de leur propre volonté. Ce qui fait qu'ils vivent avec peu de mérite, qu'ils troublent la paix de leur âme, qu'ils se retirent de la conduite du Saint-

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Esprit et des voies de la grâce ; qu'ils trouvent le joug de Notre-Seigneur rude et pesant, et qu'ils s'exposent à mille sortes d'illusions et de dangers. C'est pourquoi les âmes ferventes doivent quitter toute sorte d'occupations en vue de l'amour de Jésus-Christ, quand il le demande, et rien ne leur doit être considérable, rien ne les doit toucher que l'amour de Jésus, tout le reste demeurant à leur égard dans l'indifférence. Il faut seulement prendre garde que cette indifférence ne dégénère point en nonchalance et lâcheté.

Toute notre application et tout notre plaisir doivent être à faire ce que Dieu veut, quand il le veut et de la manière qu'il le veut; hors de là ce n'est point vertu, ce n'est qu'illusion et amour-propre. Cette parfaite conformité à la volonté de Dieu, cette parfaite soumission aux ordres de la divine Providence, n'estimer rien que ce que Dieu veut que nous fassions, soit qu'il veuille se servir de nous dans des emplois éclatants, ou qu'il veuille nous laisser dans une vie obscure, c'est non seulement le plus sûr et le plus court chemin, mais c'est proprement le seul pour acquérir une parfaite pureté de cœur, un très grand amour pour Jésus-Christ, et en peu de temps de très grands mérites. Un homme qui est appuyé sur Dieu qui est immobile, ne peut être ébranlé ; quoi qu'il arrive de fâcheux, on est content, parce qu'on n'a pas d'autre volonté que celle de Dieu. O bienheureux état! ô paix! ô calme! 11 faut combattre pour y arriver.

Le troisième effet de cet amour c'est une entière dépendance de Jésus-Christ dans toutes nos actions. Elle consiste proprement dans un souvenir presque continuel et dans je ne sais quelle vue de Jésus-Christ, par laquelle on se représente sans cesse ce divin Sauveur comme le modèle de tout ce que l'on fait. C'est à ce

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modèle qu'on tâche de se conformer en toutes choses ; on ne fait pas seulement ce qu'il veut, mais on s'étudie de le faire de la manière qu'il le faisait lui-même pendant qu'il était visiblement parmi nous sur la terre : en sorte que c'est la vue et l'exemple de Jésus-Christ qui règlent la conduite de ceux qui l'aiment, et qui répandent dans toutes leurs manières cet air de modestie et cette odeur de sainteté qui charment et qui édifient également tout le monde, en inspirant de la vénération pour leur personne et de l'amour pour la vertu.

Il n'est pas concevable combien l'on tire d'avantages de cet exercice de l'amour de Jésus-Christ et de la vue de ce parfait modèle dans toutes nos actions. Par ce moyen le cœur se détache insensiblement des créatures, l'amour-propre se diminue et s'éteint, les défauts se corrigent, l'âme se remplit de l'esprit de Jésus-Christ, et l'on avance à grands pas dans la perfection.

L'estime et l'amour de la Croix sont encore les effets ordinaires du parfait amour de Jésus-Christ. Quand on aime cet aimable Sauveur avec tendresse, on n'a pas de la peine d'entrer dans ses sentiments : on se conforme aisément à ses inclinations, à ses désirs; on a du respect pour tout ce qu'il estime ; on trouve des attraits dans tout ce qu'il aime. L'on ne sent que du dégoût pour tout ce qui ne lui plaît point, et l'on peut dire que cette conformité de désir et de sentiments est un effet nécessaire du véritable amour. C'est aussi de cette source que vient cet amour prodigieux de la Croix dans tous ceux qui aiment ardemment Jésus-Christ. Nous trouvons de la peine dans les exercices de piété, le joug du Seigneur nous paraît pesant, le seul nom d'humiliation et de Croix nous effraie, et il y a un nombre presque infini de personnes de tout âge, de toute sorte de qualité et de tous les états, qui trouvent tant d'attraits dans les

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Croix qu'elles seraient inconsolables si elles étaient un moment sans souffrir.

D'où vient une si grande différence de sentiments? C'est que nous aimons peu Jésus-Christ, et ceux-là l'aiment beaucoup. La privation des souffrances dans cette vie paraît à sainte Thérèse plus rude que la mort. Sainte Madeleine de Pazzi ne trouve la mort difficile que parce qu'elle la prive du plaisir qu'elle goûte dans les souffrances de cette vie, parce que l'une et l'autre aiment .ardemment Jésus-Christ. La vue de Jésus- Christ, disait un grand Serviteur de Dieu, me rend la Croix si aimable, qu'il me semble que hors de là je ne saurais être heureux. Je me trouve disposé à me passer toute ma vie de toute consolation, même spirituelle ; l'amour de Jésus-Christ me tient lieu de toutes choses : la Croix a ses charmes, et quand on aime parfaitement Jésus-Christ, on trouve des délices ineffables dans les Croix. Nous n'avons pas les mêmes sentiments, parce que nous n'avons pas le même amour.

Plusieurs personnes fuient la Croix, dit l'Auteur du Chrétien Intérieur, s'imaginant de glorifier Dieu d'une manière beaucoup plus noble par des actions éclatantes et même utiles au prochain ; mais elles ne voient pas que ce n'est là qu'un effet de leur amour-propre, et nullement de l'amour de Jésus-Christ. Il faut le servir à sa manière et non pas à la nôtre ; son amour doit nous inspirer des sentiments conformes aux siens ; Jésus-Christ a extrêmement aimé la Croix, on ne saurait ne pas aimer la Croix, s'il est vrai qu'on aime Jésus-Christ. Ce même amour de Jésus-Christ produit encore tous les jours un plus grand désir de l'aimer dans ceux qui l'aiment, et plus cet amour sera parfait, plus ce désir sera ardent '.

' Chrétien Intérieur. Liv. I. Chap. iv.

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Le dernier effet de cet amour est une haute estime et une vénération singulière pour tout ce qui a quelque rapport avec Jésus-Christ. On sent une faim insatiable de la Communion, la seule Image de Notre-Seigneur inspire une nouvelle dévotion à ceux qui l'aiment : ce n'est qu'avec un profond respect qu'on prononce ses divines paroles, et le seul Nom de Jésus fait croître sans cesse son amour.

On honore dans le monde jusqu'aux plus petits valets des personnes de qualité, on respecte leurs armes, on ne touche point à ce qui porte leur nom ou leur livrée. Les Pauvres, dans le Christianisme, ont un rapport particulier avec Jésus-Christ, ils portent singulièrement sa livrée ; c'est Jésus-Christ lui-même qu'on assiste en leur personne : il est donc visible que la charité envers tous les Pauvres doit être un effet ordinaire du véritable amour qu'on a pour Jésus-Christ. Cet amour n'inspire pas seulement de la compassion pour les Pauvres, il inspire encore de la tendresse, et je ne sais •quel respect qui porte quelquefois les plus grands Monarques à les servir de leurs propres mains. On sent je ne sais quel plaisir à leur faire l'aumône ; on ne sait ce que c'est que rebuter un pauvre, persuadé qu'on est, que c'est Jésus-Christ qu'on rebute en leur personne : et l'on expérimente que cette charité est plus ou moins ardente, à mesure qu'on aime plus ou moins ardemment Jésus-Christ.

A ces marques on peut connaître si l'on aime parfaitement Jésus-Christ : plus son amour sera ardent, plus ces effets seront sensibles, et l'on ne saurait avoir des preuves moins douteuses de cet amour, que ces effets.

Comme on n'entreprend pas ici de rapporter tout ce que l'amour de Jésus-Christ opère dans les âmes pures, on passe toutes ces merveilles qui ne sont moins ordi-

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naires que parce que ces âmes pures sont plus rares; et il suffit de dire que, dès qu'une àme est embrasée de ce divin amour, elle perd le goût et l'affection des créatures ; ses désirs ne peuvent plus se porter aux choses de la terre, et n'ont plus de mouvement que pour aller chercher en Jésus-Christ leur centre et leur repos. Les soupirs éclatent de temps en temps. Une secrète langueur consume lentement le corps, les impressions de ce divin amour augmentent jusqu'à ce point qu'une àme ne peut faire autre chose que de chercher sans cesse son Dieu. Elle en est tout occupée en tout temps et en tout lieu : soit que l'on travaille ou que l'on repose ; qu'on veille ou que l'on dorme, que l'on prie ou que l'on se divertisse, on ne pense continuellement qu'à l'objet de son amour, et on n'a soin que de l'aimer et de lui plaire, tous les autres soins se sont heureusement perdus dans cet unique soin. Mais pour en venir là, il faut se purifier de plus en plus, renoncer à tout autre amour et effacer de son esprit toutes les idées qui n'ont point de rapport à Jésus-Christ.

La Dévotion à son Sacré Cœur de la manière qu'on la propose dans ce Livre, est un moyen sûr et aisé pour arriver à cet état sublime de perfection, et pour acquérir cette haute vertu dont on a tracé le Caractère, puisque toutes les pratiques de cette Dévotion ne tendent qu'à nous faire aimer Jésus-Christ parfaitement et avec tendresse, et que cette perfection sublime consiste dans le parfait amour de Jésus-Christ.

Cœur adorable de mon divin Sauveur, siège de toutes les vertus, trésor de toutes les grâces, retraite de toutes les âmes saintes; Sacré Cœur, qui est l'objet de la complaisance du Père Éternel ; Cœur digne de régner sur tous les cœurs, de posséder tous les cœurs, et des hommes, et des Anges; Cœur adorable de mon aimable

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