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CHAPITRE VIII

Quelles sont les marques du parfait amour de Jésus-Christ et de la véritable Dévotion à son Sacré Cœur.

ES marques du véritable amour de Jésus- Christ sont les qualités contraires aux défauts qu'on a rapportés dans le second Chapitre de la seconde Partie. Jésus-Christ n'est pas seulement l'objet et la source en même temps de la solide vertu, il en est encore le plus juste modèle, et tout ce qui n'est pas conforme à ce modèle ne mérite pas le nom de vertu. Il est certain que les imperfections des personnes dévotes ont fait grand tort à la solide piété. Comme on a vu que les gens qui passaient pour dévots étaient souvent des gens pleins d'amour-propre, remplis de la bonne estime d'eux-mêmes, sensibles aux moindres mépris; qu'on en a vu qui paraissaient continuellement mélancoliques, opiniâtres, chagrins et quelquefois même emportés, des gens à qui jamais rien ne manquait ; que la crainte d'user, ou même d'altérer leur santé rendait très souvent oisifs, négligents, inutiles, extrêmement indulgents à eux-mêmes et toujours sévères aux autres, on s'est accoutumé insensiblement à n'envisager la vertu qu'à travers les imperfections des personnes qui passaient pour spirituelles. On a cru

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qu'on ne pouvait être dévot sans être mélancolique, solitaire, opiniâtre, incommode, amateur de soi-même et extrêmement rebutant. On a perdu la haute estime qu'on avait de la véritable piété, en s'en formant une si basse idée, et les plus libertins se sont imaginé que ce n'était pas un si grand malheur de n'avoir pas une vertu qu'ils voyaient dans la plupart accompagnée de tant de défauts.

Quoique les imperfections des uns n'excusent nullement les vices des autres, il est certain cependant qu'elles ont donné occasion au dégoût de beaucoup de personnes qui, rebutées par une conduite si peu conforme à lajjuste idée qu'on leur avait donnée de la Dévotion, se sont imaginé, ou que la vertu d'une personne qui aime véritablement Jésus-Christ, n'était pas véritable, ou qu'il était impossible d'avoir une véritable vertu. On n'entreprend pas ici de détruire ce faux raisonnement. Tous les Saints le détruisent assez par la sainteté de leur vie : on se contente de faire voir en peu de mots quelles sont les personnes solidement vertueuses, en rapportant les marques certaines de la véritable Dévotion et en traçant le Caractère d'un homme qui aime parfaitement Jésus-Christ.

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Le Caractère d'un homme qui aime parfaitement Jésus-Christ-

E Caractère que saint Paul en a tracé est le plus juste et le plus naturel. Le véritable amour de :f^tiîim7iM Jésus-Christ, dit cet Apôtre, est celui sans lequel, quand on aurait distribué tous ses biens pour nourrir les pauvres, et qu'on aurait livré son corps pour être brûlé, on n'aurait rien fait, et tout cela ne servirait de rien. Cette parfaite charité, dit-il, est patiente, elle est douce, elle n'est point envieuse, elle n'est point téméraire et précipitée, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle n'est point dédaigneuse, elle ne cherche point ses propres intérêts, elle ne se pique et ne s'aigrit point, elle n'a point de mauvais soupçons, elle tolère tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. Voilà le juste caractère de la solide Dévotion et de la véritable vertu : si un seul de ces traits manque, la Dévotion est imparfaite, et ce n'est qu'imparfaitement qu'on aime Jésus-Christ.

De sorte qu'une personne solidement vertueuse, un homme qui aime parfaitement Jésus-Christ, c'est un homme sans amour-propre, sans déguisement, sans ambition : c'est un homme en tout temps sévère à l'égard de lui-même, ne se pardonnant rien, et extrêmement doux à l'égard des autres, en faveur de qui il excuse tout. Honnête sans affectation, complaisant sans

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lâcheté, obligeant sans intérêt, extrêmement exact sans scrupule, continuellement uni à Dieu sans contention; jamais oisif et ne paraissant point trop empressé, jamais trop occupé et encore moins distrait par les affaires, parce qu'il conserve toujours son. cœur libre, ne l'occupant que de sa grande affaire qui est l'affaire de son salut ; plein de bas sentiments de soi-même, il n'a de l'estime que pour les autres, parce qu'il n'envisage en eux que les vertus qu'ils ont, et qu'il ne considère en soi que les défauts qu'il a. Ne se conduisant que par les maximes surnaturelles, il ne pense pas que ceux qui le méprisent lui fassent tort, parce qu'il ne croit pas que l'honneur qu'ils ne lui rendent pas, lui soit dû. Enfin c'est un homme qu'on ne trouve jamais de mauvaise humeur, parce qu'il a toujours ce qu'il veut, ne voulant jamais que ce qu'il a; toujours content, toujours en paix, toujours égal à lui-même, que les plus heureux succès n'enflent point, que les plus fâcheux accidents n'abattent point, parce qu'il sait que c'est toujours de la même main que viennent les biens et les maux de la vie, et comme la seule volonté de Dieu est la règle de sa conduite, il fait toujours ce que Dieu veut et veut toujours tout ce que Dieu fait.

C'est sur ce principe que les actions qui ont le plus d'éclat n'ont pas pour lui le plus d'attraits : persuadé que ce que nous faisons n'a de mérite qu'autant qu'il est conforme à ce que Dieu veut, il se met peu en peine de faire beaucoup, pourvu qu'il fasse parfaitement ce qui plaît à son souverain Maître. C'est pour cela que se défiant continuellement de son naturel^ de ses inclinations, de son amour-propre, il préfère les plus petits devoirs de son état aux plus grandes actions de son choix et de son goût. Animé de ce pur esprit de Jésus- Christ, il a autant de résignation pour la privation des

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talents qu'il ne plaît pas à Dieu de lui donner, des vertus que Dieu ne veut pas qu'il pratique et du bien qu'il n'a pas agréable qu'il fasse, qu'il a de fidélité à recevoir les grâces que Dieu lui offre, à pratiquer les vertus et à faire le bien dont il lui présente l'occasion et dont il lui donne le désir.

Enfin, c'est un homme qui se distingue de la foule des fidèles par sa douceur, par son humilité, surtout par une très ardente charité envers Jésus-Christ et une tendresse singulière envers la très Sainte Vierge, et par je ne sais quel air de modestie et quelle odeur de sainteté qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître et d'admirer. Un homme que l'usage des Sacrements rend tous les jours plus juste et tous les jours plus altéré de cette soif de justice dont parle Jésus-Christ et qui, plein de foi, n'assiste jamais à nos sacrés Mystères, qu'il ne soit pénétré de sentiments de gratitude, de tendresse et d'un profond respect; un homme qui cherche Dieu sans interruption et sans détour, qui ne sait ce que c'est que de se ménager avec un Dieu qui nous donne tout, qui se donne lui-même tout à nous sans ménagement, sans réserve, pour nous engager à ne lui refuser rien ; un homme enfin extrêmement mortifié en tout temps, en tout âge et en tous les états, parce qu'il est persuadé que partout Jésus-Christ crucifié est son modèle. C'est pour cela que rempli de son esprit, il ne s'étudie plus qu'à réduire en toute occasion, et dans l'oraison, et dans l'action, toutes ses vues, ses pensées, à la simple vue de Dieu qui est le seul objet qui l'occupe, et à fixer en Dieu, comme dans son centre, tous les mouvements de son cœur, par un simple et amoureux acquiescement à sa sainte volonté.

Voilà le Caractère de la véritable et solide vertu que Jésus-Christ a tracé lui-même, que tous les Saints ont

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si bien exprimé par leur vie, et qui seul a fait la sainteté et le mérite de tous les Saints. C'est là le plus juste portrait d'un homme qui aime véritablement Jésus- Christ ; à ce Caractère, on reconnaîtra aisément combien il est faux que la véritable vertu ait un air affreux et rebutant, combien il est faux que les personnes solidement dévotes soient toujours incommodes, mélancoliques, impatientes, fâcheuses, pleines d'amour-propre, de jalousie et d'ambition ; et on reconnaîtra encore plus visiblement le tort que font à la véritable piété, et le préjudice que portent aux fidèles, ceux qui, avec la ré* putation de dévots, nourrissent en eux des imperfections si grossières, décriant, par les défauts qu'ils ont, la vertu qu'on leur attribue, et leurs exemples servant toujours de retranchement, pour ainsi dire, aux libertins.

Et qu'on ne dise pas que ce parfait amour de Jésus- Christ, que cette véritable piété telle qu'on la dépeint, n'est jamais qu'en idée, ou que si elle se trouve effectivement dans le monde, une vie réglée sur toutes ces maximes est bien étrange, et qu'un homme qui vit de la sorte est fort malheureux. La vie et la conduite de tous les Saints est elle-même le modèle sur lequel on s'est fait cette-idée. Il n'en est pas un qui, vivant conformément à cette idée, n'ait joui d'une paix et d'une joie qui surpassent toute pensée, et si plusieurs de ceux qui paraissent les plus réservés ne se reconnaissent pas à ce Caractère, c'est que beaucoup de personnes qui font profession de piété, n'ont pas assez de courage pour faire tout ce qu'il faut pour arriver à ce degré de perfection. On fait d'abord quelques efforts, on fait même quelque progrès dans le chemin de la piété, mais on s'arrête le plus souvent au milieu de la course, et plusieurs qui n'auraient peut-être plus qu'un pas à

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faire, se privent de tous les avantages de la vie parfaite pour n'avoir pas le courage de faire ce pas.

JVIais le plus grand nombre, dit saint François de Sales, est de ceux qui se forment une fausse idée de la Dévotion '. Vous en trouvez peu qui ne se la représen-

' On sera bien aise d'avoir ici dans toute sa tYaîcheur native le passage du saint Èvéque de Genève auquel le R. P. Croiset fait ailusion et dont il s'est inspiré, le voici : « Vous aspirez à la Dévotion, très chère Philothée, parce qu'étant Chrétienne vous savez que c'est une vertu extrêmement agréable à la divine Majesté : mais, d'autant que les petites fautes que l'on commet au commencement de quelque affaire s'agrandissent infiniment au progrès et sont presque irréparables à la fin, il faut avant toutes choses que vous sachiez ce que c'est que la vertu de Dévotion ; car, d'autant qu'il n'y en a qu'une vraie, et qu'il y en a une grande quantité de fausses et vaines, si vous ne connaissiez quelle est la vraie, vous pourriez vous tromper et vous amuser à suivre quelque Dévotion impertinente et superstitieuse.

« Arelius peignait toutes les faces des images qu'il faisait à l'air e: ressemblance des femmes qu'il aimait, et chacun peint la dévotion selon sa passion et fantaisie. Celui qui est adonné au jeûne se tiendra pour bien dévot pourvu qu'il jeûne, quoique son cœur soit plein de rancune ; et n'osant point tremper sa langue dedans le vin ni même dans l'eau,^ par sobriété, ne se feindra point de la plonger dedans le sang du prochain par la médisance et calomnie. Un autre s'estimera dévot parce qu'il dit une grande multitude d'oraisons tous les jours, quoiqu'après cela sa langue se fonde toute en paroles fâcheuses, arrogantes et injurieuses parmi ses domestiques et voisins. L'autre tire fort volontiers l'aumône de sa bourse pour la donner aux pauvres, mais il ne peut tirer la douceur de son cœur pour pardonner à ses ennemis; l'autre pardonnera à ses ennemis, mais de tenir raison à ses créanciers, jamais qu'à vive force de justice. Tous ces gens-là sont

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tent selon leur humeur, leur naturel et leurs passions. Une personne naturellement mélancolique fait consister la solide vertu à être solitaire, et elle ne peut pas s'imaginer qu'on puisse être toujours joyeux et être dévot. Quelques autres ne regardant la vie spirituelle que par le dehors, la font consister dans les pénitences extérieures, dans les haires, les jeûnes, les veilles, et dans d'autres semblables macérations du corps : plusieurs s'imaginent être consommés en vertu, lorsqu'ils se sont fait une habitude de réciter de longues prières vocales, d'entendre beaucoup de Messes, d'assister à tout l'Office divin, de demeurer longtemps dans l'Eglise et de communier souvent.

Quelques-uns même de ceux qui servent Dieu dans la Religion, croient que pour être parfait, il suffit d'être assidu au Chœur, d'aimer la retraite et le silence, de bien observer la Discipline religieuse : et ainsi les uns mettent la perfection dans l'un de ces exercices, les autres dans l'autre, mais il est certain qu'ils se trompent tous. Car comme les œuvres extérieures ne sont ou que des dispositions pour devenir parfaitement saints, ou des fruits de la parfaite sainteté, l'on ne peut dire

vulgairement tenus pour dévots, et ne le sont pourtant nullement. Les gens de Saiil cherchaient David en sa maison ; Michol ayant mis une statue dedans un lit et l'ayant couverte des habillements de David, leur fit accroire que c'était David même qui dormait malade : ainsi beaucoup de personnes se couvrent de certaines actions extérieures appartenantes à la sainte Dévotion, et le monde croit que ce soient gens vraiment dévots et spirituels ; mais en vérité ce ne sont que des statues et fantômes de Dévotion. » — Introduction à la Vie dévote. Première Partie, Chapitre i : Description de la vraie Dévotion.

Note de l'Éditeur.

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que ce soit seulement en ces sortes d'oeuvres que consiste la perfection Chrétienne, ou le parfait amour de Jésus-Christ. Elles peuvent être des fruits excellents d'une vertu consommée dans les personnes tout à fait saintes, mais elles pourraient beaucoup nuire à ceux qui s'y attacheraient de telle sorte que, négligeant de veiller sur les mouvements de leur cœur, ils ne s'étudieraient pas à la véritable mortification intérieure et à conformer en toutes choses leur volonté à celle de Dieu.

Le véritable amour de Jésus-Christ, la vraie Dévotion, ce qu'on appelle la vie spirituelle, consiste proprement, comme on a vu par le Caractère d'un homme parfait, consiste, dis-je, proprement à aimer Dieu et à nous haïr nous-mêmes, à nous soumettre non seulement à lui, mais à toute créature, pour l'amour de lui ; à renoncer entièrement à notre propre volonté afin de suivre la sienne, à mortifier l'orgueil et l'amourpropre, et surtout à faire ces choses pour la seule gloire de son nom, sans autre dessein que de lui plaire, par la raison seule qu'il veut et qu'il mérite que les créatures l'aiment et le servent. C'est ce que porte la loi de l'amour que le Saint-Esprit a gravée dans le cœur des justes. C'est par là que l'on pratique cette abnégation de soi-même, si recommandée par le Sauveur dans l'Evangile, c'est ce qui rend son joug si doux et son fardeau si léger.

Tous ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur, dit le Fils de Dieu, n'entreront pas pour cela dans le Royaume du Ciel ; mais celui-là seulement y entrera, qui fait la volonté de mon Père qui est dans le Ciel. Plusieurs me diront en ce jour-là, continue ce divin Maître : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom? N'avons-nous pas chassé les Démons en votre

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nom et navons-nous pas fait plusieurs miracles en votre nom? Et alors je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi.

Belle, mais terrible leçon pour les personnes qui travaillent beaucoup, et même avec succès pour le salut des âmes si, après avoir porté les autres à la perfection la plus sublime, elles sont assez malheureuses pour ramper elles-mêmes toute leur vie, et pour mourir dans les grandes imperfections dans lesquelles elles ont vécu.

Qu'il serait à souhaiter que nous fussions bien convaincus que l'amour de Jésus-Christ, que la véritable Dévotion, que ce qu'on appelle vertu Chrétienne et solide piété, ne consiste proprement que dans une sincère humilité, dans une mortification universelle et constante, et dans une parfaite conformité de notre volonté à celle de Dieu ! Si une de ces trois vertus manque, ce n'est plus qu'illusion, que grimace, il n'y a point de Dévotion, point de vertu.

C'est là le sentiment de l'Apôtre des Gentils et de tous les maîtres de la vie spirituelle ; ou plutôt c'est le sentiment uniforme de tout ce qui ne porte pas indignement le nom de Chrétien, puisque c'est le sentiment de Jésus-Christ même et, par conséquent, de tous ceux qui ont véritablement l'esprit de Jésus-Christ. Dans nos desseins et dans nos entreprises, dit un grand Serviteur de Dieu, il vaut mieux nous proposer de faire la volonté de Dieu que de procurer la gloire de Dieu, car en faisant la volonté de Dieu, nous procurons toujours infailliblement sa gloire, mais en nous proposant pour motif de nos actions la gloire de Dieu, nous ne laissons pas quelquefois de nous tromper, faisant notre propre volonté sous le spécieux prétexte de gloire de Dieu. O que cette sorte d'illusion est ordinaire à ceux

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qui s'emploient dans les bonnes œuvres et dans les ministères du zèle des âmes ! La vraie perfection au sujet de laquelle on ne peut se tromper, est d'accomplir en tout la sainte volonté de Dieu ; mais on ne trouve que très peu d'âmes assez éclairées pour connaître l'excellence de cette perfection, ou assez pures pour en goûter le plaisir.

Dieu nous a trop aimés, dit un fidèle Ami de Jésus- Christ, Dieu nous a trop aimés pour nous ménager désormais avec lui ; cette seule pensée nous doit faire horreur : Quoi, n'être pas tout à Dieu après la miséricorde dont il use tous les jours envers nous ! Nous réserver quelque chose, après tout ce que nous avons reçu de lui ! Jamais mon cœur ne consentira à prendre ce parti. Quand je pense au peu de chose que nous pouvons faire pour la gloire de Dieu, en nous employant tout entiers à son service, je rougis de penser seulement à lui retrancher quelque chose. Il n'y a pas de sûreté à prendre un tempérament ; on tombe bientôt dans une mauvaise extrémité. Il n'y a que ceux qui ont été à Dieu sans réserve, qui doivent s'attendre à mourir avec douceur, et il n'y a que ceux-là qui mènent une vie douce et tranquille.

On voit par là combien les sentiments et la vie des véritables Serviteurs de Dieu, s'accordent parfaitement avec le Caractère qu'on a tracé du parfait amour de Jésus-Christ; combien de véritables douceurs expérimentent ceux qui leur ressem.blent et combien malheureusement sont trompés ceux qui n'ayant jamais goûté ces consolations célestes, parce qu'ils n'ont jamais eu de véritable Dévotion, s'imaginent qu'il en est de même de ceux qui sont véritablement dévots, et qui aiment véritablement et parfaitement Jésus-Christ.

On peut encore juger par les mêmes principes, com-

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bien sont éloignées du véritable amour de Jésus-Christ et de la véritable piété, certaines personnes qui en pratiquent extérieurement les exercices, et qui ne cessent d'en parler ; des personnes qui ne sont dévotes que par humeur, par naturel, ou par caprice, qu'un accident, qu'une Retraite rendront recueillies pour trois jours, «ans que ces heureux intervalles de Dévotion les aient jamais rendues plus saintes, ni même moins imparfaites; des gens qui ne refusent rien à leurs sens, qui s'acquittent des plus saints exercices d'une manière toute naturelle,qui sont dans un continuel épanchement au dehors, dont le cœur sans cesse ouvert aux objets étrangers, exposé aux surprises de l'ennemi, agité de mille passions, est toujours dans le trouble, et n'est presque jamais sans dérèglement; des gens enfin, dont la délicatesse est extrême, que les moindres choses offensent, que les moindres atteintes blessent ; pleins de déguisement et de détours, n'agissant que par les sentiments de l'amour-propre, n'arrivant jamais à leur fin que par souplesse ou par intrigue, et changeant de face à toute heure, parce qu'ils ne suivent que les différents mouvements de leurs passions.

Il est aisé de voir que ces sortes de personnes n'ont pas l'esprit de Jésus-Christ, que leur vertu n'est qu'apparente, et que, tandis qu'elles persévéreront dans ce malheureux état, leur Dévotion au Sacré Cœur de Jésus-Christ sera toujours trop imparfaite pour avoir jamais l'entrée de ce Cœur divin, ou du moins pour y faire jamais un long séjour.

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Les e^ets ordinaires du parfait amour de Jésus-Christ.

E tout ce qu'on a dit jusqu'ici il est aisé de voir que les effets ordinaires du parfait amour de Jésus-Christ se réduisent tous à nous rendre semblables à ce divin modèle autant que nous le pouvons être en cette vie, par la parfaite imitation de ses admirables vertus. En sorte que notre vie extérieure et intérieure soit une vive expression de la sienne, et que, comme il est la vive image de Dieu son Père, de même nous devenions ses vives images, exprimant en nous tous les traits de ses états, de ses mystères, et de ses vertus. On imite facilement ceux qu'on aime beaucoup ; or cette parfaite imitation de Jésus-Christ se rend sensible par une douceur inaltérable, par une parfaite liberté d'esprit, par une entière dépendance de Jésus- Christ dans toutes nos actions, et par un grand amour de la Croix.

Ce sont là les effets ordinaires du véritable amour de ce divin Sauveur, et à mesure qu'on l'aime avec plus d'ardeur et de tendresse, on possède plus parfaitement ces venus.

La douceur est tellement la vertu de Jésus-Christ, que les Prophètes ne se servent presque que de celle-là pour tracer son Caractère. Parmi tous les Saints du Vieux Testament, ceux qui ont été une plus juste figure

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de Jésus-Christ, tels qu'ont été Moïse et David, ont excellé en cette vertu. Il est dit du premier que c'était le plus doux des hommes qui fussent pour lors sur la terre ', et le second semble préférer la douceur à toutes les autres vertus -. Jésus-Christ lui-même ne nous apprend-il pas visiblement par sa conduite et par ses paroles, que la douceur fait proprement son caractère, et qu'il n'est pas possible de lui être semblable et n'avoir pas sa douceur. Le parfait amour demande toujours quelque ressemblance : Or c'est particulièrement cette douceur inaltérable qui imprime en nous les traits extérieurs et sensibles de la ressemblance de Notre- Seigneur ; aussi est-elle l'effet ordinaire de son amour. Il est vrai que cette aimable vertu en renferme beaucoup d'autres, et qu'il n'est pas possible d'être toujours de belle humeur, de recevoir toujours avec un air riant tout le monde, d'avoir une douceur inaltérable en toute occasion, si l'on n'a constamment une sincère humilité, une mortification continuelle, une charité parfaite, une paix d'âme inaltérable et à l'épreuve de tous les accidents ; ce n'est aussi que par le défaut de quelqu'une de ces vertus qu'on manque de douceur. Cet abord difficile, cet extérieur austère et rebutant, cet air de sévérité qui paraît quelquefois dans des personnes qui passent pour spirituelles, sont ordinairement l'effet d'un naturel mal mortifié, et ne furent jamais l'air d'un Disciple de Jésus-Christ, puisque ce divin Sauveur veut que la douceur et la parfaite humilité de cœur fassent le caractère de distinction de ses Disciples. Aussi expérimente-t-on tous les jours, qu'on n'a jamais plus de

' Erat enim Moyses vir mitissimus super omnes qui morabantur in terra. Xurner. xii, 3.

■- Mémento, Domine, David, et omnis mansuetudinis ejus. Psalia.

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