JÉSUS
Un homme,
Qui de Jérusalem allait à Jéricho,
Rencontra des voleurs. On le frappe, on le blesse,
Ses cris demeurent sans écho
Et, le croyant mort, on le laisse.
Il n'est plus qu'une plaie, il gît ; Le sang- fuit de son corps comme le vin d'une outrepasse un prêtre. Il voit là ce corps, ce sol rougi :
Il passe outre.
Passe un lévite. Il voit cet œil où meurt le jour :
Il passe outre à son tour.
Passe un Samaritain. Il voit la pauvre tête :
Il s'arrête.
11 saute de sa mule ; il s'empresse ; en versant Du baume mêlé d'huile, il étanche le sang- ;
Il prend doucement sous Taisselie
L'agonisant, Puis il le monte sur sa selle, Le porte à l'abri, le descend, Le fait coucher, le veille encore.
Et le lendemain à Taurore, Ayant mandé les hôteliers Et leur ayant donné d'avance Deux deniers, Il leur dit : « Je m'en vais. Mais, pendant mon absence, Qu'on en prenne soin, qu'on le panse; A mon retour, je compte bien Payer le surplus de dépense. »
Et puis il s'en va, ce païen !
— Voulez-vous maintenant me dire, en conscience, Du malheureux mourant délaissé comme un chien. Lequel, par sa conduite Fut vraiment le prochain, Le prêtre, le lévite.
Ou le Samaritain?
^Ed. Rostand, La Samaritaine^ l'^'" tableau, se. iv.) 13*^ Exercice.