‹ La diction française par les textesChapitre 22 sur 104 · APOSTROPHE DE SATAN AU SOLEIL · texte numérisé non relu

APOSTROPHE DE SATAN AU SOLEIL

Globe resplendissant, majestueux flambeau, Toi qui semblés le dieu de ce monde nouveau,

Toi dont le seul aspect fait pâlir les étoiles, Et commande à la nuit de replier ses voiles ; Bienfait de mon tyran, chef-d'œuvre de ton roi. Toi qui charmes le monde et n'afflig-es que moi, Soleil ! que je le hais, et combien ta lumière Réveille les regrets de ma grandeur première! Hélas! sans ma révolte, assis au haut des cieux, Un seul de mes rayons eût écli|'SÔ tes feux ; Et sur mon trône d'or, presque égal à Dieu même, J'aurais vu sous mes pieds ton brillant diadème. Je suis tombé : Torgueil m'a plongé dans les fers ; Il m'a fermé les cieux et creusé les enfers... Pourquoi fus-je placé si près du rang- suprême? Hélas! tout mon malheur est né du bonheur même Plus éloig-né du trône, il n'eût pu me tenter: Le faible se soumet, le puissant veut monter. Oui, l'orgueil du pouvoir me conduisit au crime, Je prétendis au trône et tombai dans l'abîme. Mais quoi ! de sa puissance enivré comme moi, Quelque autre aurait peut-être osé braver son roi ; Et, suivant de l'org-ueilTamorce enchanteresse, Aurait dans ces complots entraîné ma faiblesse. Mais non, de mes égaux aucun n'a succombé ; Tous sont restés debout, et moi seul suis tombé. Peut-être en s'égarant mon cœur ne fut pas libre? 11 l'était, et moi seul ai rompu l'équiHbre. Dieu signale pour tous son amour paternel... Eh bien ! sois repentant, si tu fus criminel. N'est-il plus de remords et n'est-il plus de grâce ? Devant le Dieu vengeur fais plier ton audace. Moi, plier! ce mot seul est un alfront pour moi. Que diraient ces guerriers dont j'ai séduit la foi (1) ?

(1) Les anges déchus.

Ah ! quand ils m'opposaient à ce Dieu que je brave, Leurai-je donc promis de devenir esclave? Dois-je, aux pieds d'un tyran me courbant en leur nom, Au lieu de la veng-eance implorer le pardon? Oh ! si je dus prétendre à leur obéissance, C'était sur les débris de la toute-puissance ; Et, quand à pardonner il pourrait consentir, Le pardon serait court comme le repentir. Adieu donc l'espérance, et la crainte avec elle ! Fuyez, lâches remords ! veng-eance, je t'appelle ! Que du monde entre nous l'empire soit égal ; Qu'il soit le Dieu du bien, je léserai du mal (1).

(Delille.)

2^ Exercice {Respect du sens dans la respiration).

Prendre dans le morceau suivant de nombreuses respirations, mais seulement où le sens permet de le faire :

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