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SUR TROIS MARCHES DE MARBRE ROSE

Je ne crois pas que sur la terre Il soit un lieu d'arbres planté Plus célébré, plus visité.

Mieux l'ait, plus joli, mieux hanté.

Mieux exerce dans l'art de plaire.

Plus examiné, plus vanté, Plus décrit, plus lu, plus chanté. Que l'ennuyeux parc de Versailles.

0 dieux ! 0 bergers ! 0 rocailles !

Vieux Satyres, Termes grognons ; Vieux petits ifs en rang d'oignons, 0 bassins, quinconces, charmilles !

Boulingrins pleins de majesté, Où les dimanches, toat l'été.

16 CORKECTIOX.

Bâillent tant d'honnêtes familles I Fantômes d'empereurs romains, Pâles nymphes inanimées Qui tendez aux passants les mains, Par des jets d'eau tout enrhumées I Tourniquets d'aimables buissons, Bosquets tondus où les fauvettes Cherchent en pleurant leurs chansons, Où les dieux font tant de façons Pour vivre à sec dans leurs cuvettes I 0 marronniers! n'ayez pas peur; Que votre feuillage immobile, Me sachant versificateur.

N'en demeure pas moins tranquille.

Non, j'en jure par Apollon Et par tout le sacré vallon, Par vous. Naïades ébréchées.

Sur trois cailloux si mal couchées.

Par vous, vieux maîtres de ballets.

Faunes dansant sur la verdure.

Par toi-même, auguste palais.

Qu'on n'habite plus qu'en peinture, Par Neptune, sa fourche au poing, Non, je ne vous décrirai point.

Je sais trop ce qui vous chagrine :

De Phœbus je vois les effets:

Ce sont les vers qu'on vous a faits Qui vous donnent si triste mine Tant de sonnets, de madrigaux.

Tant de ballades, de rondeaux, Où l'on célébrait vos merveilles.

Vous ont assourdi les oreilles.

Et l'on voit bien que vous dormez Pour avoir été trop rimes.

En ces lieux où l'ennui repose,

Par respect aussi j'ai dormi.

Ce n'était, je crois, quà demi:

Je révais à quelque autre chose.

Mais vous souvient-il, mon ami,

De ces marches de marbre rose.

En allant à la pièce d'eau,

Du côté de l'Orang-erie,

A gauche, en sortant du château ?

C'était parla, je le parie,

Que venait le Roi sans pareil.

Le soir, au coucher du soleil.

Voir, dans la forêt, en silence

Le jour s'enfuii' et se cacher

(Si toutefois en sa présence

Le soleil osait se coucher).

Que ces trois marches sont jolies !

Combien ce marbre est noble et doux !

Maudit soit du ciel, disions-nous.

Le pied qui les aurait salies !

N'est-il pas vrai ? Souvenez-vous.

— Avec quel charme est nuancée

Cette dalle à moitié cassée !

Voyez-vous ces veines d'azur

Légères, fines et poUes,

Courant, sous les roses pâlies.

Dans la blancheur d'un marbre pur?

Tel, dans le sein robuste et dur

De la Diane chasseresse,

Devait courir un sang- divin ;

Telle, et plus froide, est une main

Qui me menait naguère en laisse.

N'allez pas, du reste, oublier

Que ces marches dont j'ai mémoire

Ne sont pas dans cet escalier Toujours désert et plein de gloire, Où ce roi, qui n'attendait pas, Attendit un jour, pas à pas, Gondé, lassé par la victoire.

Elles sont près d'un vase blanc, Proprement fait et fort galant.

Est-il moderne ? Est-il antique ?

D'autres que moi savent cela ; Mais j'aime assez à le voir là, Etant sur qu'il n'est point gothique.

C'est un bon vase, un bon voisin ; Je le crois volontiers cousin De mes marches couleur de rose ; Il les abrite avec fierté. 0 mon Dieu ! dans si peu de chose Que de grâce et que de beauté !

Marches, qui savez notre histoire,

Aux jours pompeux de votre gloire,

Quel heureux monde en ces bosquets l

Que de grands seigneurs, de laquais,

Que de duchesses, de caillettes,

De talons rouges, de paillettes,

Que de soupirs et de caquets,

Que de plumets et de calottes.

De falbalas et de culottes.

Que dépendre sous ces berceaux,

Que de gens, sans compter les sots.f.

Règne auguste de la perruque.

Le bourgeois qui te méconnaît

Mérite sur sa plate nuque

D'avoir un éternel bonnet.

Et toi, siècle à l'humeur badine.

DE l'articulation. 19

Siècle tout couvert d amidon, Ceux qui méprisent ta farine Sont en horreur à Gupidon !...

Est-ce ton avis, marbre rose?

Malgré moi, pourtant, je suppose Que le hasard qui t'a mis là Ne t'avait pas fait pour cela. Aux pays où le soleil brille, Près d'un temple grec ou latin.

Les beaux pieds d'une jeune fille, Sentant la bruyère et le thym.

En te frappant de leurs sandales.

Auraient mieux réjoui tes dalles Qu'une pantoufle de satin.

Est-ce d'ailleurs pour cet usage Que la nature avait formé Ton bloc jadis vierge et sauvage Que le génie eût animé ?

Lorsque la pioche et la truelle T'ont scellé dans ce parc boueux, En t'y plantant malgré les dieux, Mansard insultait Praxitèle.

Oui, si tes flancs devaient s'ouvrir.

Il fallait en faire sortir Quelque divinité nouvelle.

Quand sur toi leur scie a grincé, Les tailleurs de pierre ont blessé Quelque Vénus dormant encore, Et la pourpre qui te colore Te vient du sang qu'elle a versé.

Est-il donc vrai que toute chose Puisse être ainsi foulée aux pieds, Le rocher où l'aigle se pose.

Comme la feuille de la rose

Qui tombe et meurt dans nos sentiers?

Est-ce que la commune mère,

Une fois son œuvre accompli,

Au hasard livre la matière,

Gomme la pensée à Toubli?

Est-ce que la tourmente amère

Jette la perle au lapidaire

Pour qu'il l'écrase sans façon ?

Est-ce que l'absurde vulg-aire

Peut tout déshonorer sur terre

Au g-ré d'un cuistre ou d'un maçon ?

(A. DE Musset, Poésies nouvelles.)

Citons enfin le fameux récit de Mascarille, dans VÉtourdi de Molière, un des morceaux de virtuosité les plus difficiles qui soient.

22e Exercice.

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