‹ La diction française par les textesChapitre 34 sur 104 · STANCES A LA MALIBRAN · texte numérisé non relu

STANCES A LA MALIBRAN

Recevant d'âge en âge une nouvelle vie, Ainsi s en vont à Dieu les gloires d'autrefois; Ainsi le vaste écho de la voix du génie Devient du genre humain l'universelle voix... Et de toi, morte hier, de toi, pauvre Marie, Au fond d'une chapelle il nous reste une croix!

Une croix ! et l'oubli, la nuit et le silence! Ecoutez! c'est le vent, c'est Tocéan immense; C'est un pêcheur qui chante au bord du grand chemin. Et de tant de beauté, de gloire et d'espérance, De tant d'accords si doux d'un instrument divin, Pas un faible soupir, pas un écho lointain!

Une croix! et ton nom écrit sur une pierre, Non pas même le tien, mais celui d'un époux. Voilà ce qu'après toi tu laisses sur la terre ; ICt ceux qui firent voir à ta maison dernière, N'y trouvant pas ce nom qui fut aimé de nous, Ne sauront pour prier où poser les genoux.

0 Ninette ! où sont-ils, belle muse adorée.

Ces accents pleins d'amour, de charme et de terreur,

Qui voltigeaient le soir sur ta lèvre inspirée,

Comme un parfum léger sur l'aubépine en fleur !

Où vibre maintenant cette voix éplorée,

Cette harpe vivante attachée à ton cœur?

... Ce qu'il nous faut pleurer sur ta tombe hâtive. Ce n'est pas l'art divin, ni ses savants secrets : Quelque autre étudiera cet art que tu créais; C'est ton âme, Ninette, et ta grandeur naïve. C'est cetle voix du cœur qui seule au cœur arrive, Que nul autre, après toi, ne nous rendra jamais.

Ah ! tu vivrais encor sans cette âme indomptable. Ce fut là ton seul mal, et le secret fardeau Sous lequel ton beau corps plia comme un roseau. Il en soutint longtemps la lutte inexorable. C'est le Dieu tout-puissant, c'est la Muse implacable Qui dans ses bras en feu t'a portée au tombeau.

Que ne l'étouffais-tu, cette flamme brûlante Que ton sein palpitant ne pouvait contenir î Tu vivrais, tu verrais te suivre et t'applaudir De ce public blasé la foule indifférente, Qui prodigue aujourd'hui sa faveur inconstante A des gens dont pas un, certes, n'en doit mourir.

Connaissais-tu si peu l'ingratitude humaine? Quel rêve as-tu donc fait de te tuer pour eux ! Quelques bouquets de fleurs te rendaient-ils si vaine. Pour venir nous verser de vrais pleurs sur la scène, Lorsque tant d'histrions et d'artistes fameux. Couronnés mille fois, n'en ont pas dans les yeux?

Que ne détournais-tu la tête pour sourire, Gomme on en use ici quand on feint d'être ému ? Hélas! on t'aimait tant, qu'on n'en aurait rien vu. Quand tu chantais le saule, au lieu de ce délire, Que ne t'occupais-tu de bien porter ta lyre? La Pasta fait ainsi : que ne l'imitais-tu?...

(A. DE Musset, Poésies.)

11 faut ensuite réagir contre l'idée de s^arrêter après chaque vers, en dépit du sens :

18" Exercice.

Pendant qu'un philosophe assure gue toujours parleurs sens les hommes sont dupés, Un autre philosophe jure Qu'ils ne nous ont jamais trompés.

Tous les deux ont raison ; et la philosophie

Dit vrai quand elle dit que les sens tromperont

Tant que sur leur rapport les hommes jugeront ;

Mais aussi, si Ton rectifie L'imag-e de l'objet sur son éloig-nement...

(La Fontaine, Fables, VII, 12.)

9^ Exercice.

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