INVOCATION AUX DIEUX ET AUX DÉESSES
Maintenant, toi, Jupiter très bon, très grand, à qui Verres par un crime sacrilège arracha d'entre les mains d'un roi un don royal, digne de ton très beau temple, dignedu Capitole et de cette citadelle de tous les peuples, digne de la générosité royale, offert à toi par des rois, promis et consacré à ta divinité ; toi dont il a enlevé dans Syracuse la slatue très sainte et très belle ; — et toi, Junon, reine des dieux, dont Verres aussi par un crime semblable a dépouillé de tous leurs dons et ornements deux sanctuaires très saints et 1res anciens, situés dans des îles de nos alliés, à Malte et à Samos ; — et toi, Minerve, queVerrèsde même a volée dans deux temples très fameux et très sacrés, à Athènes lorsqu'il enleva une grosse masse d'or, à Syracuse quand il prit tout, sauf les toits et les murs ; — et vous, Latone, Apollon et Diane, dont Verres à Délos a pillé, par un brig-andage et une attaque nocturnes, je ne dis pas le sanctuaire, mais suivant l'opinion et le sentiment religieux de tous la résidence ancienne et le domicile divin ; — et loi encore, Apollon, que Verres enleva de Chîo ; — et toi, de nouveau, Diane, qu'à Porga il dépouilla, dont il fit enlever et emporter la statue très révérée à Siégeste et deux fois consacrée chez les Ségestains, d'abord par leur culte, et une seconde fois parla victoire de Scipion l'Africain ; — et toi, Mercure, que Verres plaça dans sa maison et dans la palestre de quelqu'un de ses amis, loi dont Scipion l'Africain voulut faire dans une ville d'alliés et dans le gymnase des Tyndaritainsun gardien et un directeur de leurs jeunes gens ; — et toi, Hercule, que Verres à Agrigente, en pleine nuit, s'efforça d'arracher et
d'emporter de ta demeure ; — et toi, très vénérable mère des dieux, déesse de Tlda. qu'il laissa chez les habitants d'Engyum, dans un temple très majestueux et très saint, tellement dépouillée que, s'il reste à présent le nom de Scipion l'Africain et des traces des outrag-es faits à cette religion, les monuments de la victoire et les ornements du sanctuaire ont disparu ; — et vous, arbitres et témoins de toutes les alTaires du Forum, des plus grandes assemblées, des lois et des tribunaux, vous, placés dans le lieu le plus fréquenté du peuple romain, Castor et Pollux, dont le temple fournit à Verres matière de lucre et proie très malhonnête; — et vous tous, dieux, que des chars couverts de tentures emmènent tous les ans aux assemblées des jeux, vous dont Verres fit entreprendre et achever la route pour son profit et non pour la dignité de vos religions ; — et vous. Gérés et Proserpine, 'dont le culte, comme le montrent les opinions et les pratiques religieuses, consiste dans les cérémonies de beaucoup les plus importantes et les plus secrètes ; vous qui, clit-on, avez donné et distribué aux mortels les germes de la vie et de la nourriture, des mœurs et des lois, de la douceur et de la civilisation; vous dontle peuple romain garde dans l'État et dans les^ familles le culte reçu des Grecs et adopté avec une si grande vénération qu'il ne parait pas importé là par eux, mais de là transmis à tous les autres, culte que Verres seul a souillé et outragé au point d'avoir fait arracher et emporter de Gatane une statue de Gérés qu'un homme ne pouvait sans sacrilège toucher ni même regarder, au point d'avoir enlevé de sa résidence et de sa démeure d'Henna une seconde statue de tel aspect que les hommes en la voyant croyaient voir Gérés elle-même ou une image de Gérés non pas faite de main d'ouvrier, mais comme descenduedu ciel ; — c'est vous encore et toujours
que j'invoque et supplie, très vénérables divinités, qui habitez les lacs et les bois sacrés d'Henna et veillez sur toute la Sicile dont la défense m'a été confiée ; vous qui avez découvert et réparti dans l'univers les céréales et qui maintenez toutes les nations et tous les peuples dans le respect de votre puissance ; — et vous tous, dieux et déesses, vous dont les temples et les objets consacrés ont toujours subi les attaques sacrilèges et impies de Verres poussé par une folie et une audace profanatrices, je vous invoque, et je vous en conjure, si à propos de ce coupable et de cette cause tous mes desseins ne visaient que le salut des alliés, l'honneur du peuple romain et la fidélité à mes engag'ements, si tous mes soins, toutes mes veilles et mes pensées ne se sont attachés qu'au devoir et au bien, je vous en conjure, mes dispositions morales en acceptant cette 'cause, ma droiture en la plaidant, apportez-les à la jug-er, — et que Verres, si tous ses attentats sont inouïs et uniques en fait de scélératesse, d'audace, de perfidie, de débauche, d'avidité, de cruauté, que Verres obtienne par votre arrêt la juste récompense de sa vie et de ses actions, que cette accusation entre toutes suffise à remplir mes devoirs envers la République et mes engagements envers les Siciliens et que désormais il me soit possible de défendre les gens de bien plutôt que nécessaire d'accuser les méchants. (Gicéron, De suppliciis, trad. Rabaud ; Hachette, éd.)
6« Exercice.
Le morceau qui suit demande également à être très claiirment phrasé, d'autant qu'il doit êlre dit assez rapidement:
Figaro.
Voyant à Madrid que la république des lettres était celle des loups, toujours armés les uns contre les autres.
et que, livrés au mépris où ce risible acharnement les conduit, tous les insectes, les moustiques, les cousins, les critiques, les maring-ouins (1), les envieux, les feuillistes, les libraires, les censeurs, et tout ce qui s'attache à la peau des malheureux gens de lettres, achevaient de déchiqueter et sucer le peu de substance qui leur restait; fatig-ué d'écrire, ennuyé de moi, dégoûté des autres, abîmé de dettes et léger d'argent ; à la fin, convaincu que l'utile revenu du rasoir est préférable aux vains honneurs de la plume, j'ai quitté Madrid; et mon bagage en sautoir, parcourant philosophiquement les deux Gastilles, la Manche, l'Estramadure, la Sierra-Morena, l'Andalousie, accueilli dans une ville, emprisonné dans l'autre, et partout supérieur aux événements; loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là, aidant au bon temps, supportant le mauvais, me moquant des sots, bravant les méchants, riant de ma misère et faisant la barbe à tout le monde, vous me voyez enfin établi dans Séville, et prêt de nouveau à servir Votre Excellence en tout ce qu'il lui plaira m'ordonner. (Beaumafichais, Le Barbier de Séville^ acte I,
se. II.)
D) Les vers doivent être ponctués d'après le sens.
La ponctuation des vers est particulièrement délicate : bien qu'elle soit indépendante du rythme, elle ne doit cependant pas nuire à ce dernier.
Le défaut qu'il est nécessaire de corriger tout d'abord, c'est l'arrêt après le premier hémistiche de l'alexandrin, lorsqu'il n'est pas justifié par le sens. Il faudra distinguer dans les vers qui suivent: 1° l'endroit où la voix doit plus ou moins ponctuer ; 2° les vers qu'il faut dire d'un trait.
(i) Insecte : espèce de cousin d'Amérique.
3i . CORRECTION.
7* Exercice.