‹ La diction française par les textesChapitre 42 sur 104 · LA MORT DE MARIE · texte numérisé non relu

LA MORT DE MARIE

Gomme on voit sur la branche au mois de mai la rose Et sa belle jeunesse, en sa première fleur. Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur. Quand l'aube de ses pleurs au point du jour l'arrose ;

La grâce dans sa feuille et l'amour se repose, Embaumant les jardins et les arbres d'odeur;

Mais battue ou de pluie, ou d'excessive ardeur, Languissante elle meurt feuille à feuille desclose.

Ainsi dans ta première et jeune nouveauté, Quand la terre et le ciel honoroient ta beauté, La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs, Ce vase plein de laict, ce panier plein de fleurs, Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

(Ronsard, Les Amours,)

B) Des inflexions dangereuses.

Les inflexions qui se terminent par une note élevée ont l'inconvénient d'amener vite la voix dans un registre extrêmement aigu qui fatigue et déplaît.

C'est ainsi que Flnlimé raille les avocats dans les vers qui suivent. Pour donner l'impression voulue, l'élève ne devra employer que des inflexions ascendantes, et attaquer chaque inflexion sur une note plus élevée que celle de la finale précédente. Il se trouvera bien vite dans un registre impossible à soutenir.

4e Exercice.

l'intimé.

Messieurs, tout ce qui peut étonner un coupable. Tout ce que les mortels ont de plus redoutable, Semble s'être assemblé contre nous parhasar. Je veux dire la brig'ue et l'éloquence. Car, D'un côté le crédit du défunt m'épouvante ; Et, de l'autre côté, l'éloquence éclatante De maître Petit-Jean m'éblouit...

(Racine, Les Plaideurs, acte III, se. m.)

Au défaut opposé, maintenant. Pour le reproduire, l'Intimé ne choisit que les inflexions descendantes qui le conduisent

dans le registre grave, et il descend de plus en plus, évitant de remonter la voix aux attaques.

5e Exercice.

l'intimé.

Oui-dà, j'en ai plusieurs. Mais quelque défiance Que nous doive donner la susdite éloquence, Et le susdit crédit; ce néanmoins, messieurs, L'ancre de vos bontés nous rassure. D'ailleurs, Devant le grand Dandin l'innocence est hardie ; Oui, devant ce Gaton de basse Normandie, Ce soleil d'équité qui n'est jamais terni, Viotrix causa dits plaçait y sed ricta Catoni.

(Id., Ibidy acte IIÏ, se. m.)

Ces deux extrêmes sont à blâmer l'un et l'autre; mais le premier est plus fréquent. Une fois que l'élève aura découvert le procédé il devra bien s'exercer à faire ce que fait l'Intimé pour se rendre compte du ridicule de ces inflexions. Et aussitôt il travaillera à ne tomber ni dans un extrême, ni dans l'autre; mais à maintenir sa voix, autant que possible, dans le médium.

il est bon de s'exercer d'abord sur des inflexions aZ/îrwafnes. L'on affectera de descendre la voix aux finales chaque fois que ce sera possible (en soutenant le son bien entendu), et en terminant bien nettement le sens.

6® Exercice.

Puisqu'il en est ainsi, juges, c'est d'abord au nom de la république, dont l'intérêt doit nous être à tous le plus cher, c'est au nom du dévouement absolu dont vous me savez animé pour elle ; c'est avec l'autorité d'un consul et la conviction de la grandeur du péril,^ que je vous conseille, que ]Q vous recommande, que

je vous conjure de songer à votre repos, à votre tranquillité, au salut de l'État, à celui de votre vie et de celle de tous vos concitoyens ; c'est ensuite à titre de défenseur et d'ami de Muréna, que, m'adressant à votre justice, je vous supplie, je vous adjure, par pitié pour un malheureux qu'accablent à la fois les douleurs du corps et de l'âme; ne faites pas éteindre la joie récente du triomphe dans les larmes du désespoir. (Gicéron, Pro Murena, trad. Thibault, Hachette, édj.

Les inflexions. in^erro(/a(ii;e6' doivent également ^être étudiées de très près, car elles se termment souvent par une note élevée, et sont par conséquent dangereuses. (Une inflexion peut cependant être interrogative, sans se terminer par une note élevée.)

7' Exercice

l'intimé (i).

Qu'arrive-t-il, messieurs? On vient. Gomment vient-on?

On poursuit ma partie. On force une maison.

Quelle maison ? maison de notre propre jug-e.

On brise le cellier qui nous sert de refug^e,

De vol, de brigandage on nous déclare auteurs.

On nous traîne, on nous livre à nos accusateurs,

A maître Petit-Jean, messieurs. Je vous atteste

Qui ne sait que la loi Si quis canis, Digeste

Devi, paragraphe, messieurs... Caponibus^

Est manifestement contraire à cet abus?

Et quand il serait vrai que Gitron ma partie

Aurait mangé, messieurs, le tout ou bien partie

Dudit chapon, qu'on mette en compensation

Ce que nous avons fait avant cette action.

(1) Dans ce couplet l'Intimé s'enroue. L'élève aura le soin de ne pas faire comme lui.

52 CORREGTIOiN.

Quand ma partie a-t-elle été réprimandée? Par qui votre maison a-t-elle été gardée ? Quand avons-nous manqué d'aboyer au larron ? Témoin trois procureurs dont icelui Citron A déchiré la robe. On en verra les pièces. Pour nous justifier voulez-vous d'autres pièces ? (Racine, Les Plaideurs^ acte III, se. m.)

8'' Exercice.

Et que trouveras-tu, le jour où la misère

Te ramènera seul au paternel foyer ?

Quand tes tremblantes mains essuieront la poussière

De ce pauvre réduit que tu crois oublier.

De quel front viendras-tu, dans ta propre demeure,

Chercher un peu de calme et d'hospitalité?

Une voix sera là pour crier à toute heure :

Qu'as-tu fait de ta vie et de ta liberté ?

Crois-tu donc qu'on oublie autant qu'on le souhaite ?

Crois-tu qu'en te cherchant tu te retrouveras ?

De ton cœur ou de toi lequel est le poète ?

C'est ton cœur, et ton cœur ne te répondra pas.

... 0 ciel ! Qui t'aidera ? Que ferai-je moi-môme.

Quand celui qui peut tout défendra que je t'aime,

Et quand mes ailes d'or frémissant malgré moi,

M'emporteront à lui pour me sauver de toi ?

(A. DE Musset, La Nuit d'Août.)

9«^ Exercice.

Si votre sentence le condamne (que Jupiter détourne ce présage !) dans quels lieux l'infortuné cherchera-t-il un refuge ? Dans sa maison ? — Pour que l'image de son illustre père, qu'il a vue, dans ces derniers jours, prendre un air de triomphe pour s'associer à sa gloire, lui appa-

raisse maintenant flétrie de sa honte et inondée de larmes (i)?

Auprès de sa mère ? — Mais cette mère infortunée qui naguère embrassait dans son fils un consul, aujourd'hui se tourmente et s'alarme à la pensée de le voir bientôt dépouillé de tousses titres.

Mais, hélas ! Pourquoi parler de sa maison et de sa mère, pour celui que le nouveau châtiment porté par la loi arrache en même temps à sa maison, à sa mère, au commerce et à la vue de tous les siens? Il ira donc en exil, le malheureux ? — Mais dans quellepartie du monde? Sera-ce vers l'Orient où pendant plusieurs années il a rempli les fonctions de lieutenant, commandédes armées, et sig-né ses exploits ? — Mais il est bien douloureux de revenir, la honte sur le front, dans des heux d'où l'on est sorti couvert de g-loire. Ira-t-il se cacher à l'autre extrémité delà terre, pour que la Gaule transalpine, heureuse, il y a peu de temps, de se trouver soumise à son pouvoir, le renvoie en proie à la douleur et à la tristesse de l'exil ? Dans cette province, d'ailleurs, comment soutiendra-t-il la vue de Caïus Muréna, son frère ? Quel chagrin pour l'un ! Quel regret pour l'autre ! Quelle désolation pour tous les deux ! Quelle contradiction de la fortune, quel changement de langage, lorsqu'en ces mêmes lieux où, quelques jours auparavant, les courriers et les lettres répandaient la nouvelle du Consulat de Muréna, et d'où ses amis et ses hôtes étaient accourus à Rome pour le féliciter, il arrivera soudain pour annoncer lui-même son malheur ! (Gigéron, Pro Muréna^ trad. Thibault, Hachette, éd.)

Voici maintenant des exemples où les inflexions affirmatives et interrogatives sont réunies, il est important de bien les

(1) Avoir soin de bien ponctuer, et de maintenir jusqu'à la finale l'allure interi-o gative.

distinguer, et de les conduire les unes et les autres avec précision :

IQe Exercice.

Qu'a dit l'accusé à ses assistants lorsqu'il les a appelés ainsi, précipitamment, durant la nuit? Leur a-t-ii exposé le cas ? Leur a-t-il demandé un conseil, un avis plus ou moins autorisé ?

Leur a-t-il dit franchement et simplement ce qui s'était passé, quelle était la situation ? comme un homme qui n'a absolument rien à se reprocher, qui a été trompé, ou qui s'est trompé de la meilleure foi du monde ? — Pas du tout : il a parlé de choses indifférentes ; mais sur la vérité, silence absolu. (M® Bonnet, Assises^ Seine, 1897, librairie générale de Droit et Jurisprudence, éd.)

Ile Exercice.

Oui, messieurs, c'est la prudence la plus ordinaire, la sag-esse triviale, c'est votre intérêt le plus g-rossier que j'invoque. Je ne vous dis plus comme autrefois : « Donnerez-vous les premiers aux nations le spectacle d'un peuple assemblé pour manquer à la foi publique ? » Je ne vous dis plus comme autrefois : Eh ! quels titres avez-vous à la liberté? Quels moyens vous resteront pour la maintenir, si, dès les premiers pas, vous surpassez les turpitudes des gouvernements les plus corrompus ; si le besoin de votre concours et de votre surveillance n'est pas le garant de votre constitution ?» Je vous dis: «Vous serez tous entraînés dans la ruine universelle ; et les premiers intéressés au sacrifice que le Gouvernement vous demande : c'est vous-mêmes. » (Mirabeau, Discours sur la Contribution du quart.)

DES INFLEXIONS DE Li^ VOIX. 5»

C) Des inflexions incertaines.

Une inflexion incertaine traduit fatalement de l'indécision, de l'hésitation ou de la timidité. En dehors de ces cas particuliers la finale doit toujours être nette et précise.

Dans le morceau suivant où Gros-René s'engage dans des considérations qu'il ne peut soutenir, il sera très fructueux pour l'élève de faire le départ entre les inflexions qui doivent être nettes, et celles qui doivent traduire les hésitations de l'orateur (1).

12^^ Exercice.

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