GROS-RENÉ
Et moi, je ne veux plus m'embarrasser de femme ;
A toutes je renoQce, et crois, en bonne foi,
Que vous feriez fort bien de faire comme moi.
Car, voyez-vous, la femme est, comme on dit, mon maître^
Un certain animal difficile à connaître,
Et de qui la nature est fort encline au mal :
Et, comme un animal est toujours animal.
Et ne sera jamais qu'animal, quand sa vie
Durera cent mille ans; aussi, sans repartie,
La femme est toujours femme, et jamais ne sera
Que femme, tant qu'entier le monde durera.
D'où vient qu'un certain Grec dit que sa tête passe
Pour un sable mouvant. Car, goûtez bien, de grâce,
Ce raisonnement-ci, lequel est des plus forts :
Ainsi que la tête est comme le chef du corps,
Et que le corps sans chef est pire qu'une bête ;
Si le chef n'est pas bien d'accord avec la tête,
Que tout ne soit pas bien réglé par le compas,
Nous voyons arriver de certains embarras ;
La brutale partie alors veut prendre empire
Dessus la sensitive, et l'on voit que Tun tire
(1) Voyez aussi dans cet esprit le récit du Menteur.
A dia, l'autre à hurhau ; l'un demande du mou, L'autre du dur ; enfin tout va sans savoir où : Pour montrer qu'ici-bas, ainsi qu'on l'interprète, La tète d'une femme est comme une girouette Au haut d'une maison, qui tourne au premier vent ; C'est pourquoi le cousin Aristole souvent La compare à la mer; d'où vient qu'on dit qu'au monde On ne peut rien trouver de si stable que l'onde. Or, par comparaison, car la comparaison Nous fait distinctement comprendre une raison, Et nous aimons bien mieux, nous autres gens d'étude, Une comparaison qu'une similitude, Par comparaison donc, mon maître, s'il vous plait. Gomme on voit que la mer, quand l'orage s'accroît, Vient à se courroucer ; le vent sDufle et ravage. Les flots contre les flots font un remue-ménage Horrible ; et le vaisseau, malgré le nautonier. Va tantôt à la cave et tantôt au grenier: Ainsi quand une femme a sa tète fantasque. On voit une tempête en forme de bourrasque Qui veut compétiter par de certains... propos ; Et lors un... certain vent, qui par... de certains flots. De... certaine façon, amsi qu'un banc de sable.., Quand... Les femmes entin ne valent pas le diable. (Molière, Le Dépil amoureux, acte IV, se. ii.)
D) Des énumératioîis et accumulations.
Lorsque plusieurs phrases ou membres de phrase concourent à exprimer la même pensée ou les mômes sentiments, l'inflexion doit rester la même et se répéter chaque fois :
13*= Exercice.
Aimer nos ennemis avec idolâtrie,
De rage en leur trépas maudire la patrie,
Souhaiter à l'État un malheur infini,
C'est ce qu'on nomme crime, et ce qu'il a puni.
(Corneille, Horace^ acte V, se. m.)
W Exercice.
Je n'ai jamais entendu sans une certaine joie belliqueuse la fanfare du clairon, répétée par l'écho des rochers, et les premiers hennissements des chevaux qui saluaient l'aurore. J'aimais à voir le camp plongé dans le sommeil, les tentes encore fermées d'où sortaient quelques soldats à moitié vêtus, le centurion qui se promenait devant les faisceaux d'armes en balançant son cep de vig-ne, la sentinelle immobile qui, pour résister au sommeil, tenait un doigt levé dans l'attitude du silence, le cavalier qui traversait le fleuve coloré des feux du matin, le victimaire qui puisait l'eau du sacrifice, et souvent un berger qui, appuyé sur sa houlette, reg-ardait boire son troupeau. (Chateaubriand, Les Martyrs.)
IS'^ Exercice.
auguste.
Cinna, tu t'en souviens, et veux m'assassiner... Tu veux m'assassiner demain, au Capitole, Pendant le sacrifice, et ta main pour signal Me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal ; La moitié de tes g-ens doit occuper la porte. L'autre moitié te suivre et te prêter main forte. Ai-je de bons avis ou de mauvais soupçons? De tous ces meurtriers te dirai-je les noms? Procule, Glabrion, Virg-inian, Rutile, Marcel, Plaute, Lénas, Pompone, Albin, Icile, Maxime, qu'après toi j'avais le plus aimé....
(Corneille, Cùina^ acte V, se. i.)
Hélas! aimez, vivez, cueillez les primevères, Dansez, riez, brûlez vos cœurs, videz vos verres. Gomme au sombre océan arrive tout ruisseau, Le sort donne pour but au festin, au berceau, Aux mères adorant Tenfance épanouie, Aux baisers de la chair dontl ame est éblouie, Aux chansons, au sourire, à l'amour frais et beau, Le refroidissement lugubre du tombeau (1)!
(V. Hugo, Les Pauvres Gens.)
(1) Ce dernier vers doit naturellement se détacher du reste, et s'opposer h toute raccumulation. Voir plus loin : Le couplet, page 215.