‹ La diction française par les textesChapitre 49 sur 104 · LE PETIT CHAPERON ROUGE · texte numérisé non relu

LE PETIT CHAPERON ROUGE

Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu'on eût su voir : sa mère en était folle et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien que partout on l'appelait le petit Chaperon rouge.

Un jour, sa mère, ayant fait des galettes, lui dit : « Va voir comment se porte ta mère-grand, car on m'a dit qu'elle était malade : porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. « Le petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village. En passant dans un bois, elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n'osa, à cause de quelques bûcherons qui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait. La pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il était dangereux de s'arrêter à écouter un loup : « Je vais voir ma mère-grand, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère lui envoie.

— Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup.

— Oh! oui, lui dit le petit Chaperon rouge; c'est par delà le moulin que vous voyez tout là-bas, là-bas, à la première niaison du village.

— Eh bien! dit le Loup, je veux l'aller voir aussi : je m'y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons à qui plus tôt y sera. »

Le Loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court ; et la petite fille s'en alla par le chemin le plus long-, s'amusant à cueillir des noisettes, à courir après les papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu elle rencontrait.

Le Loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la mère-g-rand ; il heurte : toc, toc.

— Qui est là?

— C'est votre fille, le petit Chaperon roug-e, dit le Loup en contrefaisant sa voix, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que ma mère vous envoie.

La bonne mère-grand, qui était dans son lit, à cause qu'elle se trouvait un peu mal, lui cria : « Tire la chevillette, la bobinette cherra. » Le Loup tira lachevillette, et la porte s'ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien, car il y avait plus de trois jours qu'il n'avait mangé. Ensuite il ferma la porte, et s'alla coucher dans le lit de la mère-grand, en attendant le petit Chaperon rouge, qui, quelque temps après, vint heurter à la porte : toc, toc.

— Qui est là?

Le petit Chaperon rouge qui entendit la grosse voix du Loup eut peur d'abord, mais croyant que sa mèregrand était enrhumée répondit : « C'est votre fille, le petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que mamère vous envoie. »LeLoup lui cria, en adoucissant un peu sa voix : « Tire la chevillette, la bobinette cherra. » Le petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s'ouvrit.

Le Loup, la voyant entrer, lui dit, en se cachant dansi

le lit sous la couverture : « Mets la g-alette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. » Le petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le ht, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-gTand était faite en son déshabillé. Elle lui dit :

— Ma mère-grand, que vous avez de grands bras !

— C'est pour mieux t'embrasser, ma fille î

— Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes !

— C'est pour mieux courir, mon enfant!

— Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles î

— G est pour mieux écouter, mon enfant !

— Ma mère-grand, que vous avez de grands yeiix 1

— C'est pour mieux voir, mon enfant!

— Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents!

— C'est pour te manger.

Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le petit Chaperon rouge, et le mangea. (Perrault, Cdn^e^.)

Le naturel n'est pas moins nécessaire dans les vers que dans la prose. Aussi le même exercice est-il indispensable sur des morceaux de différente valeur poétique. L'élève s'occupera plus tard du rythme. Pour le moment, nous lui demandons de parler ces vers absolument comme de la prose.

Nous attirons son attention particulièrement sur les Fables de La Fontaine, qui sont les plus admirables monologues qu'un diseur puisse interpréter. Nous avons malheureusement constaté qu'à force de les réciter et de les entendre réciter de façon honteuse dans leurs classes, les jeunes gens sont devenus quelque peu insensibles au charme de toutes ces exquises comédies. Quand on saura dire une fable de La Fontaine, on pourra sans crainte s'attaquer atout monologue.

12« Exercice.

PETIT-JEAN, traînant un gros sac de procès.

Ma foi ! sur l'avenir bien fou qui se fiera. Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

Un juge, l'an passé, me prit à son service ;

Il m'avait fait venir d'Amiens pour être suisse.

Tous ces Normands voulaient se divertir de nous :

On apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups.

Tout Picard que j'étais, j'étais un bon apôtre.

Et je faisais claquer mon fouet tout comme un autre.

Tous les plus gros monsieurs me parlaient chapeau bas;

Monsieur de Petit-Jean, ah ! gros comme le bras.

Mais sans argent l'honneur n'est qu'une maladie.

Ma foi ! j'étais un franc portier de comédie :

On avait beau heurter et m'ôter son chapeau,

On n'entrait point chez nous sans graisser le marteau.

Point d'argent, point de suisse; et ma porte était close.

Il est vrai qu'à monsieur j'en rendais quelque chose :

Nous comptions quelquefois. On me donnait le soin

De fournir la maison de chandelle et de foin :

Mais je n'y perdais rien. Enfin, vaille que vaille,

J'aurais sur le marché fort bien fourni la paille.

C'est dommage : il avait le cœur trop au métier;

Tous les jours le premier aux plaids, et le dernier;

Et bien souvent tout seul, si l'on l'eût voulu croire.

Il s'y serait couché sans manger et sans boire.

Je lui disais parfois : « Monsieur Perrin Dandin,

Tout franc, vous vous levez tous les jours trop matin.

Qui veut voyager loin ménage sa monture ;

Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure. »

Il n'en a tenu compte. Il a si bien veillé

Et si bien fait, qu'on dit que son timbre est brouillé ;

Il nous veut tous juger les uns après les autres.

Il marmotte toujours certaines patenôtres

Où je ne comprends rien. Il veut, bon gré, mal gré,

Ne se coucher qu'en robe et qu'en bonnet carré.

Il fit couper la tète à son coq, de colère.

Pour l'avoir éveillé plus tard qu'à l'ordinaire ;

Il disait qu'un plaideur dontraffaire allait mal Avait graissé la patte à ce pauvre animal. Depuis ce bel arrêt, le pauvre homme a beau faire, Son fils ne souffre plus qu'on lui parle d'affaire. 11 nous le fait g-arder jour et nuit, et de près : Autrement, serviteur, et mon homme est aux plaids. Pour s'échapper de nous, Dieu sait s'il est allègre ! Pour moi, je ne dors plus : aussi je deviens maigre. C'est pitié. Je m'étends, et ne fais que bâiller. Mais, veille qui voudra, voici mon oreiller. Ma foi ! pour cette nuit il faut que je m'en donne, Pour dormir dans la rue on n'offense personne. Dormons.

(Racine, Les Plaideurs^ acte I, se. i.)

13e Exercice.

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