‹ La diction française par les textesChapitre 52 sur 104 · LE LION ET LE MOUCHERON · texte numérisé non relu

LE LION ET LE MOUCHERON

« Va-t-en, chétif insecte, excrément de la terre ! »

C'est en ces mots que le Hon

Parlait un jour au moucheron.

L'autre lui déclara la guerre :

« Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi

Me fasse peur ni me soucie?

Un bœuf est plus puissant que toi;

Je le mène à ma fantaisie. »

A peine il achevait ces mots,

Que lui-même il sonna la charge,

Put le trompette et le héros.

Dans l'abord il se met au large ;

Puis prend son temps, fond sur le cou

Du Hon, qu'il rend presque fou.

Le quadrupède écume, et son œil étincelle ; Il rugit. On se cache, on tremble à l'environ ;

Et cette alarme universelle

Est l'ouvrage d'un moucheron.

Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle :

Tantôt pique l'échiné, et tantôt le museau,

Tantôt entre au fond du naseau.

La rage alors se trouve à son faîte montée. L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée Qui de la mettre en sang- ne fasse son devoir. Le malheureux lion se déchire lui-même, Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs, Bat l'air, qui n'en peut mais ; et sa fureur extrême Le fatigue, l'abat ; le voilà sur les dents. L'insecte du combat se retiré avec gloire : Gomme il sonna la charge, il sonne la victoire, Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin

L'embuscade d'une araignée ;

11 y rencontre aussi sa fm.

Quelle chose par là nous peut être enseignée? J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemi Les plus à craindre sont souvent les plus petits ; L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire. Qui périt pour la moindre affaire.

(La Fontaine, Fables, II, 6.)

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