CHAPITRE
Nous entendons par la itrécmon dans la diction cette qualité qui consistée manifester la pensée avec clarté. Habituer rélève à se faire nettement et clairement comprendre, tel est le but du présent chapitre. Beaucoup de diseurs en effet enveloppent les textes dans une certaine justesse qui n'est qu'approximative.
L'auditeur ne demande pas seulement à entendre des mots prononcés plus ou moins bien, avec une voix plus ou moins sympathique. 11 veut plus, et retrouver derrière ces mots, dans la bouche du diseur, la pensée qui les a inspirés. Tout ce qui est raisonnement, exposé, remarque, réflexion, discussion précise, etc., demande un effort particulier d'intelligence chez l'interprète ou chez l'orateur. A lui d'imposer sa pensée à ceux qui l'écoutent. Et ici plus que jamais les inflexions doivent être précises et nettes, les temps adroitement ménagés.
A la vérité il y a peu de procédés à indiquer. Que l'on se souvienne bien que l'auditeur n'est pas dupe et qu'il ne pense à ce qu'il entend, que si celui qui lui parle pense complètement et uniquement à ce qu'il dit.
11 est pourtant un procédé dont il a été beaucoup question et au sujet duquel il semble bien que l'on ait ditdes inexactitudes. Nous voulons parler du mot de valeur (1). Assurément il est des cas où un mot, plusieurs mots demandent à être particulièrement détachés ou mis en lumière soit par un léger temps d'arrêt les précédant, les suivant, soit encore par une élévation (2) de la voix.
(1) Voyez notre Grammaire de Diction française (Paul Delaplane, éà..)
(2) Entendre : élévation musicale plutôt que surcroît de sonorité.
Mais ces cas sont relativement rares, et le plus souvent le mot prend de lui-même sa valeur par la. place qu'il occupe dans la phrase. Aussi, dire que, dans toute phrase, il y a un mot qui doit être détaché par la diction, nous paraît d'une esthétique primitive et par trop conventionnelle. Qui suivrait ce piécepte manquerait totalement de légèreté et d'élégance; Userait en outre tout proche du mauvais goût. Écoutons parler dans la conversation : les phrases ne vont-elles pas presque toujours droit à la finale, à leur but ? L'intention est en général sous l'ensemble des mots (1). Et pour qu'un mot soit natitrellement mis en valeur il faut qu'à lui seul il traduise uneintention nettement caractérisée. Prenons ce vers, par exemple :
Dans le sang d'un enfant voulez-vous qu'on se plonge ?
Est-il nécessaire de mettre les mots d'un enfant en valeur particulière ? — Non. La valeur est sur l'ensemble du vers qui peut se traduire par une inflexion que tout le monde emploie dans une phrase comme celle-ci : « Comment ! vous n'auriez pas honte de faire une chose pareille? » C'est au sentiment d'indignation qu'il sied de donner de la valeur, plutôt qu'au moi enfant.
Ajoutons cependant que parfois la mise en valeur de certains mots est indispensable. Mais que l'élève les distingue bien dans les morceaux qui suivent, et particulièrement dans le passage suivant de Cicéron. Ensuite il s'exercera à les souligner avec goitl. Disons enfin que la phrase, surtout quand elle a quelque importance, gagne en clarté (2), si l'on en détache le sujet.
1^' Exercice.
Mais, juges, ce qui ne me touche pas moins que les reproches de Gaton, ce sont les plaintes de Servius Sulpicius, cet homme si sage et si distingué. Il a été, dit-il.
(1) Nous verrons au chapitre : De la variété (p. 197) que les dillerentes valeurs doivent être distribuées ; nous ne nous occupons ici que dumot de valeur.
(2) Est-il besoin de dire que le mot de valeur ne saurait avoir d'utilité s'il n'ajoute de la clarté ?
profondément et amèrement affligé de voir qu'au mépris de l'étroite amitié qui nous lie, je m'étais charg-é contre lui de la défense de Muréna. Je désire, jug-es, lui rendre raison de ma conduite et vous prendre pour arbitres. Car, s'il est pénible d'être accusé justement par un ami, il ne faut pas, même quand il se trompe, néglig'er de lui répondre. J'avoue, Servius Sulpicius, que, dans votre candidature, notre intimité me faisaitundevoird'employer pour vous tout mon zèle et tous mes bons offices, et je crois l'avoir rempli. Lorsque vous demandiez le consulat, je n'ai manqué à rien de ce que vous pouviez attendre d'un ami, d'un homme en crédit, ou d'un consul. Ce temps n'est plus, les circonstances ont changé. Oui, je pense, je suis convaincu que pour empêcher le succès de Muréna, j'ai dû faire tout ce que vous avez cru pouvoir exiger de moi ; mais pour le perdre, je ne vous dois rien. Car ce n'est pas parce que je vous ai servi quand vous étiez son concurrent que je dois vous aider encore quand vous devenez son accusateur. Non seulement on ne saurait approuver, mais on ne pourrait même pas souffrir qu'une accusation portée par nos amis nous fît refuser la défense même des étrangers.
Mais je suis uni à Muréna par une ancienne et vive amitié, que Servius Sulpicius n'étouffera pas dans une causecapilale, parce qu'il en a triomphé dans sarecherche du consulat.
Quand ce motif n'existerait pas, le mérite de l'accusé, la hauteur du rang qu'il vient d'atteindre, me donneraient la plus fâcheuse réputation d'orgueil et de dureté, si j'abandonnais dans une cause si périlleuse un homme aussi distingué par lui-même que par les bienfaits du peuple romain. Il ne dépend plus de moi d'ailleurs de ne pas consacrer mes travaux à la défense de mes concitoyens. Car si j'ai reçu pour ce ministère des récom-
penses inouïes jusqu'à ce jour, m'affranchir des travaux qui me les ont acquises serait le calcul d'un ég-oïste et d'un ing-rat. (Cicéron, Pro Murena, 7, trad. Thibault, Hachette, éd.)
Quand l'élève rencontrera désormais un mot de valeur(l) , il le soulignera : nous n'insistons pas davantage sur ce point. Qu'il dirige surtout ses efforts à s'assimiler les textes et à penser. Chacun a fort à faire sur ce point. 8M1 pose une interrogation, qu'il le fasse franchement (2). Qu'il porte aussi son attention sur la netteté dans l'aflirmation.
2' Exercice.
Dans le passage suivant, on essaiera de rendre la tranquille -et cruelle netteté avec laquelle Mathan expose les raisons qui doivent, selon lui, déterminer Alhalie au meurtre de Joas.
ABXER.
Deux enfants à l'autel prêtaient leur ministère : L'un est fils de Joad, Josabeth est sa mère : L'autre m'est inconnu.