NOCE CAMPAGNARDE
C'était sous le hangar de la charretterie que la table était dressée. II y avait dessus quatre aloyaux, six fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois gigots, et, au milieu, un joli co&hon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille. Aux angles, se dressait Teau-de-vie dans des carafesj Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse autour des bouchons, et tous les verres, d'avance, avaient été remphs de vin jusqu'au bord. De grands plats de crème jaune, qui flottaient d'eux-mêmes au moindre choc de la table, présentaient, dessinés sur leur surface unie, les chiflres des nouveaux époux en arabesques de nonpareille. On avait été chercher unj pâtissier, à Yvetot, pour les tourtes et les nougats. Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses, et il apporta, lui-même, au dessert, une pièce montée qui fit pousser des cris.
.... Jusqu'au soir, on mangea. Quand on était trop fatigué d'être assis, on allait se promener dans les cours ou jouer une partie de bouchon dans la grange, puis on revenait à table. Quelques-uns, vers la fin, s'y endor" mirent et ronflèrent. Mais, au café, tout se ranima ; alors on entama des chansons-, on fit des tours de force, on portait des poids, on passait sous son pouce, on essayait
à soulever les charrettes sur ses épaules, on disait des gaudrioles. (Gustave Flaubert, J/«c?«me Bovary, Charpentier, éd.)
16^ Exercice.