STELLA
...Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile, J'entendis une voix qui venait de Tétoile, Et qui disait : — Je suis l'astre qui vient d'abord, Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ; Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette, Gomme avec une fronde, au front noir de la nuit. Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit. 0 nations ! je suis la Poésie ardente. J'ai brillé sur JVIoïseetj'ai brillé sur Dante. Le lion océan est amoureux de moi.
J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi 1 Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles ! Paupières, ouvrez-vous I allumez-vous, prunelles ! Terre, émeus le sillon ! vie, éveille le bruit ! Debout, vous qui dormez ! — car celui qui me suit, Car celui qui m'envoie en avant la première, C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière !
(V. Hugo, Les Châtiments.)
3' Exercice.
... Quand les soldats Se hâtent l'arme au poing vers des bruits de combats. Tandis que le drapeau leur claque sur la tète, Que diriez-vous du lâche auquel un sûr prophète Crierait : « Soldat, tu cours vers une noble fin, » Et qui s'irait coucher dans le fond du ravin ? — Eh bien ! nous, les Pantins, vers la scène, la foule. Sommes-nous pas un grand régiment qui s'écoule ?
On sourit en pensant : « Métier simple et fleuri ! »
Soulevez donc un peu le masque d'or qui rit :
Nombreux sont ceux de nous qu'on vit depuis Molière
Tomber au dernier mot de leur scène dernière,
Et qui, se modelant sur cet illustre aïeul,
En drapant leur manteau drapèrent leur linceul ;
M'en citerez-vous un depuis Eschyle ou Plaute
Qui, dételant le char de Thespis à mi-côte.
Jetant à lauditoire un salut distingué
Ait dit : « Retirez-vous : je suis trop fatig'ué » ?
(E. Hafiel, Amou?^ diviîi^ inédit.)
4« Exercice.