‹ La diction française par les textesChapitre 91 sur 104 · FIGARO · texte numérisé non relu

FIGARO

Feindre d'ig-norer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore ; d'entendre ce qu'on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu'on entend; surtout de pouvoir au delà de ses forces ; avoir souvent pour g-rand secret de cacher qu'il n'y en a point ; s'enfermer pour tailler des plumes, et paraître profond, quand on n'est, comme on dit, que vide et creux; jouer bien ou mal un personnage; répandre des espions et pensionner des traîtres, amollir des cachets ; intercepter des lettres, et tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance des objets: voilà toute la politique, ou je meur^ ! (Beaumarchais,, Le Mariage de Ingaro^ acte III, se. v.) -

6*^ Exercice.

l'amateur de tulipes.

Le fleuriste a un jardin dans ce faubourg- ; il y court au lever du soleil, et il en revient à son coucher. Vous le voyez planté et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et, devant la Solitaire, il ouvre de grands yeux, il frotte ses mains, il se baisse, il la voit de plus près. Il ne

(1) Voyez les exercices nos i; et 18, pa^re 11.

Ta jamais vue si belle, il a le cœur épanoui de joie ; il la quitte pour TOrientale ; de là, il va à la Veuve ; il passe au Drap d'or, de celle-ci à l'Agate, d'où il revient enfin à la Solitaire, où il se fixe, où il se lasse, où il s'assied, où il oublie de dîner ; aussi est-elle nuancée, bordée, huilée, à pièces emportées ; elle a un beau vase ou un beau calice, il la contemple, il Fadmire ; Dieu et la nature sont en tout cela ce qu'il n'admire point ; il ne va pas plus loin que l'oignon de sa tulipe, qu'il ne livrerait pas pour mille écus, et qu'il donnera pour rien quand les tulipes seront négligées et que les œillets auront prévalu. Cet homme raisonnable, qui aune âme, qui a un culte et une religion, revient chez soi fatigué, affamé, mais fort content de sa journée : il a vu des tulipes. (La Bruyère, Les Caractères.)

T Exercice.

Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades ;

Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,

Sans espoir de duchés ni de dotations ;

Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions ;

Trop simples et trop gueux pour que l'espoir nous berne

De ce fameux bâton qu'on a dans sa giberne ;

Nous qui par tous les temps n'avons cessé d'aller,

Suant sans avoir peur, grelottant sans trembler,

Ne nous soutenant plus qu'à force de trompette.

De fièvre, et de chansons qu'en marchant on répète ;

Nous sur lesquels pendant dix-sept ans, songez-y.

Sac, sabre, tourne-vis, pierres à feu, fusil,

— Ne parlons pas du poids toujours absent des vivres ! —

Ont fait le doux total de cinquante-huit livres ;

Nous qui coiffés d'oursons s.ous les ciels tropicaux,

Sous les neiges n'avions même plus de shakos ;

DU MOUVEMEiNT. 217

Qui d'Espagne en Autriche exécutions des trottes ;

Nous qui pour arracher ainsi que des carottes

Nos jambes à la boue énorme des chemins,

Devions les empoig'ner quelquefois à deux mains ;

Nous qui pour notre toux, n'ayant pas de jujube,

Prenions des bains de pied d'un jour dans le Danube ;

Nous qui n'avions le temps, quand un bel officier

Arrivait, au galop de chasse, nous crier :

« L'ennemi nous attaque, il faut qu'on le repousse ! »

Que de manger un blanc de corbeau sur le pouce.

Ou vivement, avec un peu de neige, encor.

De nous faire un sorbet au sang de cheval mort ;

...Marchant et nous battant, maigres, nus, noirs et gais...

Nous, nous ne l'étions pas, peut-être, fatigués !

(Ed. Rostand, L'Aiglon, acte II, se. ix, Fasquelle, éd.)

Disons enfin que l'accumulation et le mouvement peuvent être des sources de comique. Témoin le passage suivant :

8e Exercice.

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