‹ La diction française par les textesChapitre 92 sur 104 · LES PLAINTES DU SOUFFLEUR · texte numérisé non relu

LES PLAINTES DU SOUFFLEUR

iMa vie a son secret, ma boite a son mystère.

De ce terrierbéant qui s'ouvre à fleur déterre

Je suis l'humble lapin. De ce lugubre trou

Je suis la sombre chouette et le triste hibou !

J'ai le visage cuit par la rampe qui flambe,

Tandis qu'un air glacé m'endolorit les jambes...

J'ai vu la vie avec ses haines, ses amours !

J'ai soufflé des succès et j'ai soufflé des fours I

En ai-je vu, mon Dieu, des choses et des êtres!

Des bons et des méchants, des braves et des traîtres !

En ai-je vu pâUr des pauvres innocents !

En ai-je vu, Seigneur, abaisser des puissants !

En falbalas de soie, en sordides guenilles, Hélas ! que j'en ai vu mourir des jeunes filles ! En ai-je vu g^uérir des héros pourfendus ! En ai-je vu trouver de ces enfants perdus ! En ai je vu des g-ens choir dans un précipice, Des palais consumés... par des feux d'artifice ! En ai-je, en ai-je vu des opprimés vengés Par le plomb de fusils qui n'étaient pas chargés ! Au ras de mon menton, des souliers, des cothurnes !... En ai-je vu, du fond de mes diverses turnes !... J'en ai vu des maillots rembourrés de coton, De la maig-reur g-uérie avec du molleton ! De séduisants ténors dans de beaux collants mauves. Qui, sous leurs cheveux d'or tout bouclés étaient

[chauves !

Mais je garde pourtant dans mon obscurité

Le juste sentiment de mon utilité.

0 comédiens ! g-risés du bruit de votre course,

Vous êtes les ruisseaux, c'est moi qui suis la source...

Des plus grands d'entre vous je me pourrais venger ;

Car si je vous laissais quelque peu patauger

Vous seriez exposés aux pitoyables fuites

Sous la chute des bancs et sous les pommes cuites !

Que de rois, de prélats, d'empereurs, de tyrans,

Ont abaissé sur moi de grands yeux implorants I

Se noyant dans ses mots plus que dans sa folie.

Combien ai-je de fois sauvé cette Ophélie !

Plus heureux que Grouchy, moi Pichard Jean-Léon,

Combien ai-je de fois sauvé Napoléon ?

Combien toi, d'Artagnan ? Combien vous, Célimène ?

Sombrant dans ton récit, combien toi, Théramène ?...

Héros du répertoire, ô princes, ô guerriers !

C'est sous ma cloche en bois qu'ont poussé vos lauriers !

Et dans le

It dans le firmament glorieux fait de toiles, Je suis le ver de terre allumeur des étoiles. (M. Zamacoïs, Redites-nous quelque chose^ Pasquelle,

éd.)

9« Exercice.

Voici l'exemple classique du mouvement dialogué :

TOINETTE

Eh! fi ! ne dites pas cela.

ARGAN

Gomment! que je ne dise pas cela?

TOINETTE

Eh ! non.

ABGAN.

Et pourquoi ne le dirais-je pas ?

TOINETTE

On dira que vous ne songez pas à ce que vous dites.

ARGAN

On dira ce qu'on voudra ; mais je vous dis que je veux qu'elle exécute la parole que j'ai donnée.

TOINETTE

Non ; je suis sûre qu'elle ne le fera pas.

ARGAN

Je l'y forcerai bien.

TOINETTE

Elle ne le fera pas, vous dis-je.

ARGAN

Elle le fera, ou je la mettrai dans un couvent.

TOINETTE

ARGAN

TOINETTE

ARGAN

Vous ?

Moi.

Bon.

Comment, bon ?

TOINETTE

Vous ne la mettrez point dans un couvent.

ARGAN

Je ne la mettrai point dans un couvent ?

TOINETTE

Non.

ARGAN

Non ?

TOINETTE

Non (1).

ARGAN

Ouais ! Voici qui est plaisant ! Je ne mettrai pas ma fille dans un couvent, si je veux ?

TOINETTE

Non, vous dis-je.

ARGAN

Qui m'en empêchera ?

(1) Sommet du premier mouvemeut. Détente avec «Ouais!... », puis reprise (îaas le bas de la voix : « Je ne mettrai pas... ».

TOINETTE

Vous-même.

ARGAN

Moi ?

TOINETTE

Oui. Vous n'aurez pas ce cœur-là

RGAN.

Je l'aurai.

TOINETTE

Vous VOUS moquez.

ARGAN

Je ne me moque point.

TOINETTE

La tendresse paternelle vous prendra.

ARGAN

Elle ne me prendra point.

TOINETTE

Une petite larme ou deux, des bras jetés au cou, un « Mon petit papa mig-non, » prononcé tendrement, sera assez pour vous toucher.

ARGAN

Tout cela ne fera rien.

TOINETTE

Oui, oui.

ARGAN

Je vous dis que je n'en démordrai point.

TOINETTE

Bag-atelles I

ARGAN

Il ne faut point dire : « Bag^atelles ! »

TOINETTE

Mon Dieu ! je vous connais, vous êtes bon naturellement.

ARGAN

Je ne suis point bon, et je suis méchant quand je veux (1) !

TOINETTE

Doucement, monsieur. Vous ne song-ez point que vous êtes malade (2).

(Molière, Le Malade imaginaire, acte I, se. v.)

(1) Sommet du second mouvement.

(2) Détente finale.

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