CHAPITRE DIXIÈME
[Des faux frères] .
S'il se trouve des faux frères qui, par l'envie et la jalousie de l'adversaire : de Satan qui opère en eux, portent une accusation fausse ou même vraie, contre un de leurs frères, qu'ils sachent que par de tels procédés, en attaquant un homme et blasphémant contre lui, on est fils de colère, or Dieu n'habite pas avec la colère car elle vient de Satan.
C'est par le moyen de ces faux frères qu'il ne laisse jamais la paix à l'Eglise; aussi dès que vous connaîtrez ceux qui manquent ainsi d'intelligence, commencez par ne pas les croire, et ensuite, évêques et diacres, fuyez-les, et quand vous les entendrez raconter quelque chose sur un frère, agissez prudemment envers celui qui est accusé, scrutez avec sagesse, pesez ses actions, et s'il mérite une réprimande, suivez l'enseignement du Seigneur qui est écrit dans l'Evangile : Réprimande- le entre toi et lai et vivifie-le quand Use repentira et se convertira, et s'il ne se laisse pas convaincre, réprimande" le aoec deux ou trois (témoins), pour accomplir ce qui est écrit : que tout se passe devant deux ou trois témoins (i); parce que le Père, le Fils et le Saint-Esprit rendent témoignage au sujet des œuvres des hommes (2); car lorsqu'il y a une sage réprimande, il y a aussi amendement et retour pour les égarés; [44] aussi, que tout se passe en présence de deux ou trois témoins (3) et, s y it n'obéit pas, rèprimande-le devant toute F Église, et s'il n'obéit pas non plus à l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain ; car [le Seigneur] vous dit, évoqués, de ne pas recevoir celui-ci dans l'Eglise comme un chrétien et de ne pas avoir commerce avec lui, car tu ne reçois pas non plus dans l'Eglise les païens ou les mauvais publicains et tu n'as pas de rapports avec eux, à moins qu'ils ne commencent par se repentir, par promettre qu'ils seront fidèles et par ne
(1) Matth., xvm, 16-17.
(3) Ne serait-ce pas le verset des trois témoins, IJean, v, 7, dont certains veulent contester l'authenticité? (3) C. A., II, chap. xxx vi 11.
plus faire de mauvaises actions. Dans ce cas, notre Seigneur et Sauveur admet à la pénitence ceux qui ont péché.
Et moi (i) Mathieu, F un des douze apôtres qui vous parlent dans cette didascalie, j'étais d'abord publicain, puis, parce que je crus, je reçus miséricorde, je me repentis de mes premières actions et je fus jugé digne d'être apôtre et prédicateur du Verbe. Et, dans l'évangile, Jean le prophète prêcha aussi aux publicains et ne brisa pas leur espérance, mais il leur apprit comment ils devaient se conduire, et quand ils lui demandèrent une réponse, il leur dit : n'exigez pas plus que ce qui vous est ordonné et établi (2). Le Seigneur admit aussiZachéeà la pénitence qu'il implorait. Nous ne privons pas non plus les païens de la vie (éternelle) s'ils se repentent, s'éloignent de leurs erreurs et les rejettent loin d'eux.
Regardez donc comme un païen et un publicain celui qui est convaincu de mauvaises actions et de mensonge, puis, s'il témoigne qu'il se repent; comme pour les païens qui veulent et affirment se repentir et qui disent qu'ils croient, nous les recevons dans l'assemblée pour qu'ils entendent la parole, mais nous n'aurons pas commerce avec eux jusqu'à ce qu'ils aient reçu le signe (du baptême) et soient accomplis; de même, nous n'aurons pas de rapports avec ceux là, jusqu'à ce qu'ils montrent des fruits de pénitence ; ils pourront entrer, s'ils le veuleut, pour entendre la parole, afin qu'ils ne périssent pas totalement, mais ils ne prendront pas part à la prière et sortiront dehors, de manière qu'en se vojant en dehors de l'Eglise ils subjuguent leur esprit, se repentent de leurs premières actions et cherchent à être reçus dans l'Eglise pour la prière. Ceux qui les verront et les entendront quand ils sortent comme des païens et des publicains, seront remplis de crainte et se garderont de pécher [45] pour qu'il ne leur en arrive pas autant et qu'ils ne soient pas chassés de l'Eglise sous l'accusation de péché ou de mensonge. Tu (3) ne les empêcheras pas d'entrer à l'église et d'entendre la parole, ô évêque, car notre Seigneur et Sauveur n'a pas rejeté complètement les publicains et les pécheurs, mais il a mangé avec eux. Aussi les Pharisiens murmu* raient contre lui et disaient : il mange avec les publicains et les pécheurs; alors notre Seigneur répondit et dit contre leurs pensées et leurs murmures : les sains n'ont pas besoin de médecin, mais ceux
(1) G. A., II, chap. xxxix.
(a) Luc, m, ia-i3.
(3) G. A., II, chap. xl.
qui se portent mal (i). Aussi fréquentez et suivez ceux qui sont réprimandés pour leurs péchés et qui se conduisent mal, prenez-en soin, parlez avec eux, consolez-les, prenez-les, convertissez-les; puis (2) quand l'un d'eux se sera converti et montrera des fruits de pénitence, recevez-le à la prière, comme (on le fait) pour un païen. Gomme donc tu baptises le païen pour le recevoir ensuite, de même tu imposeras la main à celui-ci, tandis que chacun priera pour lui, puis tu le feras entrer et l'associeras à l'Eglise ; il aura cette imposition des mains en place du baptême, car soit par l'imposition des mains, soit par le baptême, on reçoit communication du Saint Esprit. Aussi, comme un médecin miséricordieux, guéris tous ceux qui pèchent, dispense en toute sagesse, apporte la médecine au secours de leur vie ; ne sois pas prêt à couper les membres de l'Eglise, mais sers-toi de paroles qui soient des médicaments et de douces réprimandes et de la médecine de la prière [persuasive]. Si l'ulcère devient profond et que sa chair soit attaquée, fortifie-le et rétablis-le à l'aide de remèdes salutaires. S'il y a de la pourriture, nettoie-le avec un médicament mordant, c'est-à-dire avec une parole de réprimande. Si la chair se gonfle, détruis-la et égalise-la avec un médicament violent, c'est-à-dire par la menace du jugement. S'il y a de la gangrène, brûle-la avec le cautère, c'est-à-dire retranche et brûle la pourriture de l'ulcère par les incisions d'un long jeûne. Si la gangrène augmente et l'emporte sur les cautères, prends une décision et, après avoir pris conseil et t'étre concerté longtemps avec d'autres médecins, coupe ce membre pourri, afin qu'il ne corrompe pas tout le corps .
Ne sois donc pas disposé à couper promptement, et ne te hâte pas pour prendre la scie [46] aux nombreuses dents, mais sers-toi d'abord du scalpel, et ouvre l'ulcère afin de voir clairement et de connaître la cause cachée de la souffrance (et de savoir) quelle elle est à l'intérieur, pour que tout le corps soit conservé intact. Si tu vois un homme qui ne veut pas se repentir et qui se supprime absolument toute espérance, alors, avec douleur et deuil, retranche-le et rejettele de l'Église.
Si l'accusation (3) de l'adversaire est trouvée fausse, et que vous, pasteurs et diacres, receviez le mensonge pour la vérité, ou par acception de personne, ou à cause des présents que vous avez acceptés»
(1) Matth., îx, 9-1 a, (a) G. A., II, chap. xli (3) G. A., II, chap* xui.
et que vous changiez le jugement parce que vous voulez faire la volonté du méchant, puis que vous chassiez de l'Église celui qui a été accusé, bien qu'il soit innocent de cette faute, vous en rendrez raison au jour du Seigneur; car il est écrit : ta ne feras pas acception de personne dans le jugement (i) ; l'Ecriture dit encore : les présents aveuglent les yeux des clairvoyants [des sages] et pervertissent les paroles dans les (choses) droites (2); elle dit aussi : sauvez les opprimés, jugez les orphelins et prenez la défense des veuves (3); jugez un juste jugement aux portes (de la ville); veillez à ne pas faire acception de personne et à ne pas encourir la condamnation de la parole du Seigneur qui a dit : Malheur à ceux qui rendent l'amer doux, et le doux amer, qui appellent la lumière ténèbres et les ténèbres lumière, qui justifient l'impie à cause de ses présents et oppriment V innocence du juste (4).
Ayez soin de ne juger personne iniquement et de ne pas aider les méchants, parce que, en jugeant les autres, vous vous jugez vousmêmes, comme a dit le Seigneur : Comme vous aurez jugé, vous serez jugés, et comme vous aurez condamné, vous serez condamnés (5). Aussi rappelez-vous cette parole et ayez-la toujours présente : Pardonnez pour qu'il vous soit pardonné, et ne jugez pas pour n'être pas jugés (6).
Si donc votre jugement est sans acception de personnes, ô évoques, considérez celui qui accuse son frère : Si c'est un frère trompeur, qui porte l'accusation par jalousie ou envie, pour troubler l'Eglise de Dieu, et pour faire mourir celui qu'il accuse, en le faisant chasser de l'Eglise et jeter au supplice du feu, jugez-le durement parce qu'il a amené le mal sur son frère, car dans sa pensée — s'il avait pu l'emporter dans l'esprit du juge — il tuait son frère par le feu. Il est écrit que si quelqu'un répand le sang d'un homme, son sang sera répandu en place de celui qu'il a versé (7). [47J Si donc (8) il se trouve quelqu'un de ce genre, chassez -le de l'Eglise comme un meurtrier avec grande réprimande. Après un certain
(1) Deutér., xvi, 19.
(2) Ibid. Lire : les paroles des justes
(3) Is., 1, 17.
(4) Is., v, ao et a3.
(5) Matth., vu, 2.
(6) Luc, vi, 37.
(7) Genèse, îx, 6.
(8) C. A., II, chap. XL111.
temps, s'il témoigne se repentir, admonestez -le, chargez-le d'une dure discipline, puis imposez-lui les mains et recevez-le dans l'Eglise . Mais veillez sur celui qui est ainsi et soyez attentifs à ce qu'il ne trouble plus personne autre. Si, après sa rentrée, vous voyez qu'il a encore des disputes et qu'il veut aussi en accuser d'autres, s'il calomnie, s'il ourdit des machinations et raconte mensongèrement des choses blâmables sur beaucoup, chassez-le, afin qu'il ne trouble plus et n'agite plus l'Eglise ; car un homme de ce genre, serait-il à l'intérieur (fidèle), ne convient pas à l'Eglise, il lui est superflu et ne lui est d'aucune utilité. Nous voyons que des hommes naissent avec, sur leur corps, des membres superflus, par exemple des doigts ou quelque chair de surcroît. Ces choses, qui appartiennent cependant au corps, lui sont un opprobre et une honte, aussi bien pour le corps que pour l'homme, parce qu'elles lui sont superflues; si donc elles sont enlevées par un praticien, l'homme retrouve la beauté et la splendeur de son corps, et il ne lui manque rien à cause de ce superflu qui lui a été enlevé, mais il apparaît au contraire dans sa beauté.
Suivez la même conduite, ô pasteurs, car l'Eglise est un corps et nous sommes ses membres, nous qui croyons en Dieu et qui sommes dans l'amour (et) dans la crainte du Seigneur, selon l'ordre de la tradition (que) nous recevons. Si donc quelqu'un pense du mal contre l'Eglise et trouble ses membres, aime les accusations et les réprimandes de l'ennemi, c'est-à-dire les troubles, les rixes, les acceptions de personnes, les murmures, les disputes, les blâmes, les accusations, les réprimandes, les vexations, celui qui aime et fait cela — c est plutôt le démon qui agit en lui — et demeure dans l'Eglise, est (en réalité) étranger à l'Eglise et familier du démon, car il lui sert d'instrument pour mettre la confusion et le trouble dans l'Eglise ; si celui-là demeure à l'intérieur, il cause de l'opprobre à l'Eglise à cause de ses blasphèmes et de sa grande agitation, il est dangereux au point de (pouvoir) détruire l'Eglise de Dieu.
Agissez donc envers lui comme il est écrit dans la Sagesse : chasse h mauvais de l'assemblée, ses discussions disparaîtront avec lui, les altercations et les opprobres cesseront (i), [48] tandis que s'il reste dans l'assemblée, il méprise tout le monde ; quand il aura été chassé deux fois de l'Eglise, il (en) sera retranché à bon droit, et l'Eglise aura une meilleure constitution, parce qu'elle possédera la
(i) Cf. Prov., xxn, 10.
LÀ D1BASCAL1E. — 5
lui manquait, puisque, à partir de cette heure, elle demenblasphème et sans troubles.
votre volonté n'est pas pure, ou par acception de personcause des présents de biens profanes que vous recevez, et si ervez le mauvais au milieu de vous, et chassez et expulsez ; ceux qui se conduisent bien, ou si vous élevez au milieu aucoup de méchants querelleurs, destructeurs et luxurieux, nez le blasphème sur la foule de l'Eglise et la mettez es (tre détruite par ceux-là ; cela attirera sur vous-mêmes nu tort et vous privera de la vie éternelle, parce que vous avez rames et avez abandonné la vérité divine par acception de . ou pour une grande offrande de vains biens, vous avez ]glise catholique, la fille chérie du Seigneur Dieu.