‹ La digitalineChapitre 11 sur 11 · MÉMOIRE EU A LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HÔPITAUX , EN · texte numérisé non relu

MÉMOIRE EU A LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HÔPITAUX , EN

©es transpositions «le texte dans l?impress!oia <*© <?e Mémoire , insère dans les Archives de médecine , Juillet en rendant certaines parties obscures, je le fais

réimprimer comme préambule naturel de notre dernier travail sur ta digitaline.

La digitaline est-elle le seul principe actif de la digitale pourprée?

Cette plante renferme-t-elle quelque autre produit immédiat possédant, une

action utile ou nuisible à l’économie?

Notre mémoire, couronné par la Société de pharmacie, le 4 décembre 1844, nos travaux ultérieurs et les rapports dont ils ont été 1 objet à 1 Académie de médecine, enfin et surtout les expériences de Quevenne sur l'action comparée de la digitaline et de la poudre de digitale, ont établi que la digitaline représente exactement les propriétés physiologiques et thérapeutiques de la digitale; mais peut-être ces expériences ne répondent-elles pas d’une manière assez explicite aux questions que nous venons de poser, et c’est pour résoudre celles-ci plus complètement, que nous avons institué les essais chimico-pharmaceutiques et les expérimentations physiologiques dont nous avons l’honneur de vous présenter le résumé.

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Lorsque Fon considère la facilité avec laquelle s’altèrent les principes immédiats organiques des végétaux, un doute s’élève dans l’esprit.

Ces principes, que la chimie n’obtient que par des manipulations longues et délicates, en employant, le plus souvent, des réactifs énergiques, sont-ils tels que les a élaborés l’organisation au sein de la plante qui les fournit?

Médecin plus que chimiste, c’est ce doute qui nous a guidé dans nos recherches pour isoler quelques principes actifs de la matière médicale; aussi disions-nous dans le mémoire sur l’apiol, qui nous est commun avec le docteur Joret :

« La chimie véritablement organique a pour but de séparer et d’isoler les divers principes coexistants dans les corps organisés qu’elle étudie ; conséquemment elle ne doit employer que des menstrues incapables de changer l’état moléculaire ou d’altérer la composition primordiale des éléments organiques divers combinés ou simplement associés dans les substances qu’elle veut analyser. En agissant autrement, en modifiant par ses réactions les éléments organiques dont nous parlons, elle rentre dans la chimie synthétique générale. »

Appliquant ces données à la digitale, nous nous étions attachés, dans le travail qui nous a conduits, Quevenne et moi, à la découverte de la digitaline, à éviter l’emploi de tout réactif capable d’altérer le principe à la recherche duquel nous consacrions nos efforts; et cependant, malgré ce soin, il fut évident, pour nous, qu’une proportion considérable de ce principe était détruite ou profondément modifiée pendant sa préparation, puisque le rendement n’était en moyenne que de 1/800 de la plante sèche, au lieu de 1/100 qu’indiquaient les expériences physiologiques comparées.

D’autre part, certains produits dénués d’action appréciable sur l’économie fl), tels que le digitalin, la digitalide, ne pouvaient-ils pas être considérés comme des transformations d’autres substances, et peut-être de la digitaline elle-même?

Ces diverses considérations soulevaient de nouvelles questions que l’on peut formuler ainsi :

1° La digitaline est-elle en partie détruite dans la série des manipulations employées à l’isoler?

2° Le digitalin et la digitalide préexistent-ils dans la plante, ou résultent-ils de l’altération d’autres principes?

3° Y a-t-il dans la digitale, en dehors de la digitaline, un principe dont les effets sur l’organisme, et spécialement Faction diurétique, puissent être appréciés, et rendent l’emploi de la plante ou de ses préparations pharmaceutiques préférable à celui de la digitaline isolée?

(t) Voyez Mémoire sur la digitale et la digitaline , p. 206-208,

Ix 5

C’est à résoudre ce dernier problème, qui intéresse plus particulièrement le médecin, qu’est consacré ce travail. En voici le programme:

Séparer par éliminations successives , au moyen de menstrues dépourvus de toute action chimique et né agissant que comme dissolvants, les diverses substances solubles contenues dans la poudre de digitale , pour étudier ensuite expérimentalement V action physiologique des principaux d'entre eux (IJ.

Voici, après plusieurs tâtonnements, le mode d’opérer auquel nous nous sommes arrêté :

100 grammes de poudre de digitale pourprée récente et séchée avec le plus grand ^ soin ont été traités dans un appareil à déplacement par 1 litre d’alcool à 45° cen- ^ tésimaux (18° Cartier), qui ne dissout que très-peu de chlorophylle.

Les liqueurs obtenues, évaporées à l’étuve, ont fourni 41 grammes d’extrait, de consistance pilulaire; celui-ci, ramené à l’état sirupeux, est repris par l’alcool à 82° centésimaux (32° Cartier), et laisse 22 grammes de résidu non dissous, mais encore amer, qu’on lave à plusieurs reprises avec l’alcool de même degré. Cette masse extractive, privée par ces lavages réitérés de presque toute son amertume, est mise à part sous le titre de produit n° 1 .

Les liqueurs alcooliques, réunies et évaporées en consistance sirupeuse, sont agitées dans un flacon tubulé par en bas, avec 100 gr. d’éther sulfurique à 755° de densité. Celui-ci, décanté, a fourni par évaporation spontanée une matière verdâtre, accompagnée de principe amer, que des lavages réitérés avec l’alcool à 45° centésimaux enlèvent à peu près presque complètement, ne laissant que 50 centigrammes environ d’une substance verdâtre, acide au papier de tournesol, d’odeur rance, nauséabonde, tenace, rappelant celle du vin antiscorbutique, tachant le papier à la manière des corps gras, et d’une saveur âcre des plus désagréables, mais presque dépourvue d’amertume (2). Ce sera notre produit n° 2.

L’extrait alcoolique, débarrassé de cette matière, est repris par l’alcool à 90° cen- P tésimaux, qui laisse indissous un résidu sirupeux, rougeâtre, que de nouveaux lavages avec le même alcool à 90° privent à peu près de toute amertume, et que l’on réunit au produit n° 1, pendant que les solutions alcooliques évaporées à l’étuve laissent 11 grammes d’une matière jaunâtre, transparente, d’odeur fraîche, légèrement nauséabonde, d’une amertume intense, contenant évidement, dans un grand état de concentration, le principe amer (digitaline). (Produit n° 3.)

Enfin ce produit abandonne au chloroforme une petite proportion de matière

(1) Ce mode d’opérer offre ainsi le complément, et en quelque sorte la contre-partie, des essais relatés dans notre mémoire sur la digitale, Impartie, paiagi. ù.

(2) Ce travail ayant essentiellement pour but d élucider une question physiologique, nous ne chercherons pas à préciser la nature chimique de cette substance qui se iappoF\e assez exactement à l’acide digitoléique étudié par M. Kosmann.

jaune rougeâtre, molle, d’une amertume excessive, produisant sur la langue une sorte d’engourdissement qui persiste quelques minutes (1). (Produit n° 4.)

ün premier fait ressort, pour nous, de ces essais, c’est l’impossibilité d’arriver, par l’emploi des simples dissolvants, à isoler complètement des substances bien déterminées: ainsi nous n’avons pu priver entièrement le produit n° 1 d amertume, malgré les lavages nombreux avec l’alcool auxquels nous l’avons soumis; le produit n° 2 (principe âcre nauséabond) n’a pu également être obtenu complètement exempt d’amertume; le produit n° 3, qui représente la matière amère dans un grand état de concentration, conserve toujours quelques traces du principe nauséeux, reconnaissable à son odeur, indépendamment d’autres matières extractives indéterminées; et enfin le produit n° 4 diffère, par ses caractères physiques, de la digita- £ line, quoiqu’il en possède les propriétés physiologiques à un degré très-élevé (2).

On ne peut donc baser un procédé d’extraction de la digitaline sur la solubilité élective des diverses substances qui l’accompagnent dans la plante au moyen de menstrues différents, et l’on devra toujours combiner préalablement la digitaline

(1) Des essais sur l’alcoolé de digitale nous ayant fait connaître que la propriété absorbante du charbon animal lavé s’opère d’une manière en quelque sorte élective: 1° sur la matière verte; 2° sur les principes colorants rouge et brun; 3° sur le principe astringent (variété de tannin) ; lx° et seulement en dernier lieu, sur la matière amère, nous avons modifié de la manière suivante l’essai analytique de la digitale.

100 grammes de digitale pulvérisée, placés dans un appareil à déplacement, au-dessus de 100 grammes de charbon animal lavé avec soin, ont été traités successivement par:

1° 200 grammes, mélange à parties égales, d’alcool à 90 degrés et d’éther;

2° 200 grammes alcool à 90 degrés centésim. ;

3° 250 grammes alcool à 50 degrés centésim.

Les liqueurs réunies ont été évaporées à l’étuve jusqu’à consistance sirupeuse.

Le produit de l’évaporation, versé dans un flacon tubulé par en bas, et additionné de 100 grammes d’éther sulfurique à 755 degrés de densité, abandonne à celui-ci, par l’agitation, une matière jaunâtre, acide au papier de tournesol, d’odeur rance, de saveur âcre, d’apparence grasse, présentant dans la masse quelques cristaux aiguillés, nacrés et brillants, qu’il est facile d’en séparer (digilalose). Cette substance, lavée à plusieurs reprises avec l’alcool faible pour en éliminer le plus possible du principe amer, répond au produit n° 2 de l’autre procédé. On a remplacé alors l’éther par 100 grammes d’alcool à 90 degrés centésim., qui, agité avec la masse sirupeuse, en a séparé et dissous une matière jaune extractive, d’une grande amertume, amenée par évaporation à consistance pilulaire et représentant le produit n° 3.

Le résidu resté dans le flacon tubulé, après plusieurs lavages à l’alcool à 90 degrés centésim., qui chaque fois en séparait un peu de matière amère, offre une masse rougeâtre, sirupeuse, de saveur aigrelette, légèrement sucrée, laissant à peine un arrière-goût amer, et se rapportant au produit n° 1.

La matière extractive amère, agitée avec le chloroforme, lui abandonne quelques centigrammes d’une substance jaune pâle, d’une amertume excessive, occasionnant sur la langue un engourdissement persistant, et que l’évaporation ne peut amener qu’à la consistance de miel épais (produit n° û).

(2) INous ferons observer que ce mode d’analyse ne nous a permis de séparer ni dîgitalhi, ni digitalide.

au tannin, pour arriver à vaincre l’adhésion qui la tient unie aux auties principes organiques de la digitale.

Ces résultats conduisent à une autre conséquence, c’est que l’essai physiologique des produits obtenus par cette sorte d’analyse pharmaceutique ne peut fournir des effets purs, et que par exemple le produit n° 1, c’est-à-dire l’extrait prive successivement du principe nauséabond par l’éther et du principe amer par l’alcool, pourrait encore, en raison des traces de ce principe que dénoie la persistance de 1 amertume, fournir quelques symptômes dus à la digitaline retenue. Ajoutons toutefois que cette cause d’inexactitude est renfermée entre des limites assez restreintes pour ne pas infirmer l’expérimentation.

C’est dans ces conditions, avec les quatre produits dont nous venons d exposer sommairement les caractères, que nous avons procédé aux essais physiologiques sur

Les exigences de la pratique médicale ne nous permettant pas de consacrer exclusivement notre temps à l’expérimentation et d’y apporter l’attention minutieuse qui permet de saisir les phénomènes les plus fugitifs et de les etudier avec toute la persévérance qu’ils réclament, nous avons dû recourir à l'administration de doses assez élevées pour rendre immédiatement sensibles les symptômes produits, en prenant le soin d’éviter, autant que possible, pendant la duree de 1 expenence, toute modification de régime ou d’habitudes capable d’apporter une perturbation

dans les fonctions physiologiques.

Avant de procéder à ces expérimentations qui, dans ma pensee, devaient sur ou porter sur l’action diurétique des produits divers obtenus de la digitale pourprée, j'ai cru devoir examiner préalablement les conditions dans lesquelles s exerçait chez moi la sécrétion de l’urine; voici le résumé de ces observations, qui ont ete

faites du 26 août au 9 septembre 1856 :

La quantité d’urine excrétée pendant vingt-quatre heures a ete, en moyenne, 1,495 grammes, osciliant entre 1,280, minimum et 1,680 maximum La densim moyenne a été de 1 ,024 ; la plus forte densile s observait le soir, 1 0,8 et , ,

la plus faible, une heure après le repas du matin, variait de 1,008 a 1,01».

L’ingestion de boissons aqueuses la faisait descendre assez rapidement a 1,008 et même 1,005. Un bain tempéré (33° centigr.) d’une heure 1 a fait tomber a l,00o. D’ailleurs, la densité a toujours été proportionnellement inverse a la quantité

absolue d’urine excrétée. .

Pendant ce même temps, le pouls, compté à differentes heures de la journée,

oscillait entre 66 et 58; le minimum de fréquence avait lieu le matin avant le pre-

mier repas, et le maximum après dîner.

, Tp te octobre 1856, à neuf heures du soir* après une journée

Première expertence. —-Le ïb ouume xow,

li 8

sans fatigue, le pouls battant 60 fois par minute, dans la position assise, je prends 50 centigrammes du produit n° 1, c’est-à-dire de la partie extractive de la digitale, dépouillée par l’éther et par l’alcool, des principes solubles dans ces deux menstrues; à neuf heures et demie, 2* dose de 50 centigrammes du même produit. Coucher à dix heures; sommeil jusqu’à trois heures du matin. A partir de ce moment, insomnie sans autre phénomène appréciable.

Le 17, à six heures quinze minutes, le pouls bat, étant assis, 59.

Je prends 1 gr. du même produit, n° 1.

A six heures quarante-cinq, 57 pulsations; l’urine pèse 1,030.

A huit heures trente, après déjeuner, 67 puis.

A neuf heures quarante-cinq, 62 puis. ; l’urine pèse 1,020. ' ,

A onze heures quarante-cinq, 58 puis., bâillements et tiraillements d’estomac, sans autre malaise.

A une heure quinze, 56 puis. ; après une légère collation, le pouls remonte à 60; retour des tiraillements d’estomac.

A quatre heures, 58 puis.

A huit heures du soir, après dîner, 62 puis.

A dix heures, étant couché, 58 puis.

L’urine se trouble par le refroidissement et pèse 1,030; la quantité totale rendue dans les vingt-quatre heures est de l,Zt60 grammes, et la densité est de 1,027.

A dix heures dix minutes, je prends 1 gramme du même produit. Nuit bonne.

Le 20, cinq heures du matin, le pouls, compté au lit, bat 55 fois.

A six heures et à sept heures, dans la position assise, le pouls est le même ; gastralgie plus prononcée ; selle diarrhéique.

A huit heures, déjeuner ; le pouls monte à 62 pour retomber, à neuf heures, à 58.

A onze heures trente minutes, excitation intellectuelle coïncidant avec un sentiment de faiblesse musculaire; l’appétit persiste sans soif exagérée, mais il y a, après comme avant le repas, des bâillements avec sensation de délabrement d’estomac.

Le pouls reste à 58, et remonte seulement à 62 après le dîner.

La quantité d’urine rendue pendant les vingt-quatre heures, 1,630 gram., est limpide et pèse 1,025.

Le 21 octobre, à six heures, le pouls est à 58, et monte à 6â après déjeuner.

La gastralgie a disparu; la sécrétion urinaire ne présente rien d’anormal.

A quatre heures après midi, étant assis et reposé, 56 pulsations.

Les 22, 23, 2&, le pouls reste à 58, 59, sauf une légère augmentation de fréquence après les repas. Nous n’avons à noter aucun trouble physiologique appréciable. La sécrétion urinaire n’est en rien modifiée.

11 ressort de cette expérience, que 3 grammes du produit n° 1 (extrait hydroalcoolique de digitale épuisé successivement par l’éther et l’alcool, pour en éliminer les principes solubles dans ces deux menstrues), répondant approximativement a 12 gram. de digitale pris dans un intervalle de vingt-quatre heures, n’ont provo-

qué, sauf un peu de gastralgie et de diarrhée, que les symptômes éprouvés après l’administration de quelques milligrammes de digitaline, sans que nous ayons pu saisir aucun phénomène physiologique étranger à l’action de celle-ci ; la sécrétion urinaire n’a pas été sensiblement modifiée; la quantité totale, descendue le premier jour au-dessous de la moyenne, dépassait le maximum le lendemain. C’est donc seulement à la présence du principe amer, dont l’extrait n’avait pu être complètement dépouillé, que nous devons attribuer les effets observés.

Qu’il nous soit permis, à ce propos, de dire quelques mots sur l’action des agents médicamenteux considérés comme diurétiques.

L’action diurétique est un des phénomènes les plus difficiles à apprécier, en raison des causes multiples et complexes qui peuvent influencer cette fonction physiologique et de la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, de tenir compte de tous les éléments du problème. À l’appui de cette proposition, il nous suffira de citer les différences provenant de la proportion des boissons ingérées et de la variabilité de la transpiration pulmonaire ou cutanée sous l’influence de la température, de l’état hygrométrique de l’air, de l’exercice, etc.

Si, prenant le phénomène dans sa plus grossière expresssion, on se borne à mesurer la quantité d’urine excrétée dans un temps donné, nul doute que l’eau ne soit le diurétique par excellence, et c’est à elle que doit remonter l’honneur des effets attribués à maint diurétique qui n’agit qu’en raison du liquide aqueux qui lui sert de véhicule.

Que l’on prenne pour unité la quantité d’urine rendue en moyenne par heure, on la verra doublée, triplée et même quadruplée par l’ingestion d’une boisson aqueuse, ou par l’absorption cutanée dans un bain tempéré et un peu prolongé, comme nous l’avons constaté dans notre travail inséré, en 1853, dans I’Union Médicale; mais on verra simultanément et corrélativement diminuer la densité de l’urine, et peut-être, en somme, l’élimination des principes azotés excrémentitiels n’aura- t-elle rien gagné.

Il faut, il est vrai, mettre en regard de cette action toute physique l’influence de l’innervation, qui peut, dans un temps donné et sous l’impression d’une cause morale ou d’une affection nerveuse, faire varier dans une énorme proportion la quantité et la qualité de l’urine.

Quoi qu’il en soit, on peut dire d’une manière générale que l’effet diurétique d’un agent quelconque a besoin, pour se produire, de rencontrer dans l’organisme 1 aptitude actuelle à être influencé par lui ; ainsi la diurèse, si manifeste et parfois si considérable, qui suit l’administration de la digitaline dans les anasarques liées à une affection organique du cœur ou à un trouble profond de la circulation, s obseivera rarement dans d’autres circonstances, mais cette aptitude accidentellement produite par la maladie, on peut cependant la rencontrer à 1 état normal chez des

personnes douées de cetle impressionnabilité plus grande appelée idiosyncrasie , que le hasard de la pratique médicale offre de temps en temps à l’observation, et qui nous a permis de constater plusieurs fois l’action diurétique de la digitaline en dehors des conditions d’anasarque, comme phénomène propre à cet agent thérapeutique et indépendant de son influence simultanée sur la circulation. On n’est donc pas plus en droit de nier la modification portée sur les organes uropoétiques, en raison de son incertitude, que celle de tout autre agent de la matière médicale.

Si, d’un autre côté, on veut bien considérer, après l’administration d’un médicament donné comme diurétique, non plus seulement l’augmentation en quantité du liquide excrété, mais aussi sa densité, on pourra le plus souvent constater une modification évidente dans la fonction uropoétique sous l’influence de certains agents, au nombre desquels nous plaçons la digitaline, et nous pouvons affirmer avoir observé bien des fois une influence exercée par elle sur l’appareil rénal, soit que l’urine, devenue d’abord plus rare, présentât une proportion d’urée et d’urates sensiblement plus forte, soit que cette sécrétion, après quelques jours de l’emploi du médicament, offrît une augmentation progressive portant sur la quantité, la nature et la densité du liquide excrémentitiel.

Passons à l’expérimentation du produit n° 2 (principe nauséabond).

Deuxième expérience. — Le samedi 25 octobre 1856, étant en parfaite santé, après line bonne nuit, à six heures du matin, le pouls étant à 58, je prends en deux fois 0 gr. Zi5 du produit n° 2 (matière âcre et nauséeuse), épaissi en consistance pilulaire par q. s. de gomme arabique pulvérisée et de magnésie carbonatée.

A sept heures, nul effet appréciable; 58 pulsations ; je déjeune avec appétit.

A huit heures dix minutes, le pouls s’est élevé à 6â; rien de nouveau.

A neuf heures, tension épigastrique avec léger malaise; je sors pour mes visites.

A onze heures, 64 pulsations ; légère céphalalgie.

Je rentre à une heure. Peu après le pouls, dans la position assise, descend à 57 ; tiraille- ^ menls d’estomac. Légère collation avec pain et compote de fruits, presque immédiatement suivie de nausées.

A deux heures, le pouls est à 59 ; les nausées persistent.

A deux heures quinze minutes, vomissement d’une partie des aliments pris à la collation d’une heure. Les nausées ne cessent pas et s’accompagnent d’un malaise général que j’espère dissiper par la marche au grand air, mais sans y réussir. Cinq vomissements successifs, à quelques minutes d’intervalle, rejettent la totalité des aliments pris au dernier repas, sans que la nature des matières vomies permette d’en attribuer une partie au repas du matin, dont la digestion paraît avoir été complète, malgré l’ingestion antérieure de la matière âcre nauséeuse.

Le malaise cède après le cinquième vomissement, et je puis prolonger la promenade jusqu’à trois heures et demie. Le retour des nausées me contraint alors de rentrer, me laissant à peine le temps de gagner le cabinet, où je rejette avec effort quelques gorgées de matière

glaireuse blanche, de saveur aigre. En même temps a lieu une garde-robe molle, verte, de 1er-

minant par son passage de la cuisson à 1 anus. i m . ips

A partir de ce moment, le malaise devient assez prononcé pour forcer de pie -

vomissements, devenus bilieux et de plus en plus pénibles se succèdent de T*r auart d’heure, puis de dix en dix minutes, et sont suivis d’une prostration très-giande s.ns céphalalgie ni trouble de l’intelligence. Le Poulsestmonté à72;lesbmssonsne=en influer sur les vomissements que pour les rendre moins pénibles, en évitant à lestoma

C°mlTpeXtrrqu’rdteheures du soir, malgré les divers moyens successivement employés (infusions chaudes et aromatiques, eau gazeuse, boissons, acidulées a la gta», d’éther, sirop de codéine , applications opiacées et chloroformiques sut . g trique). Mou ami, le docteur Joret, me conseille l’eau sucrée largement lauelanisee , 4 la dose d’une forte cuillerée, immédiatement après chaque vomissement. Ceux-ci s e oignen pent a L'irait jusqu’à laisser entre eux un intervalle d’une heure et demie. Les matières vomie sont vertes, visqueuses, d’une amertume excessive, et laissent après leur passage de la cms

aux lèvres, comme si celles-ci eussent été brûlées.

Le vomissement est de plus en plus pénible, et suivi d’un anéantissement complet des

forces ; la voix est éteinte, l’épigastre, fortement retracte, n est pas sensu ' d’

mais l’éprouve à la base du thorax une constriction douloureuse qui me paraît dépendre de

d’urine rouge ont été excrétés en déterminant de la cuisson au passage. Lu me refio de a laissé déposer une forte proportion d’urates. Le pouls est à 72 ; la tète La paume de la main et la plante des pieds sont le siège d’une chaleur ^*™**^'£ battements de l’aorte abdominale sont assez forts pour que leur perception ^Porle "n tacle au sommeil, et, quand celui-ci a lieu, il est bientôt interrompu par le besoin Répulsion insurmontable pour l’eau sucrée laudanisée. ^

Dimanche 26 octobre, à huit heures du matin, 58 pulsations, battements epigas 11(Iues ® et fatigants, affaissement extrême, voix éteinte ; la vue, très-nette jusqu’alors, commence d etre troublée par l’interposition de brouillards ou de corpuscules sommes ou uinineux

p“S“tvoque de vives coliques, suivies d’une garde-robe bilieuse dont le

passage détermine de la cuisson à l’anus. ^

Infusion légère de café à la glace, cataplasme laudanisé sur l’épigastre.

Les vomissements continuent à un intervalle qui varie d une dem.-heu e à une heu demie. Ils sont toujours très-pénibles et laissent à leur suite une angoisse de. plu. «

reuses. La tête est parfaitement libre, pas de céphalalgie, mais la prostration va ju q a ^ anéan tissement des forces, et je ne puis soulever la tête que lorsque je sms en que fin » mi te g nisé par le besoin de vomir. La sensation la plus pénible, dans 1 intervalle qui »epa e vomissements, est celle de l’angoisse épigastrique qui est devenue à peu près permanente.

Une potion stimulante avec l’éther acétique doit être abandonnée après la troisième cuillerée pour revenir à l’infusion de café à la glace et à l’eau de Seltz.

Enfin, à dix heures et demie du soir, a lieu un dernier vomissement, et la nuit passe

en intervalles d’une heure de sommeil profond, avec brusques réveils provoqués par l’angoisse épigastrique qui cède à l’ingestion de quelques cuillerées d’infusion très-chaude et sucrée de pétales de fleur d’oranger.

L urine, rare dans la journée, est jaune-orange foncé, avec dépôt floconneux rougeâtre

d mates; elle est très-acide et pèse 1,022 (1); l’émission est toujours accompagnée d’une grande chaleur.

Le lundi 27. Le pouls est descendu à 5â; l’angoisse épigastrique revient périodiquement à des intervalles d une heure, réclamant impérieusement l’ingestion de quelque boisson chaude et sucrée; la prostration est extrême, la voix toujours éteinte, les troubles visuels persistent, le besoin de dormir est prononcé, le sommeil paisible et profond, sans rêves ; mais le réveil est constamment accompagné de la même contraction spasmodique et douloureuse de l’estomac que calment quelques cuillerées de bouillon de poulet. Pendant la nuit, les accès de gastrodynie sont plus violents encore, mais cèdent à l’ingestion du même bouillon.

Le mardi 29. Le pouls est descendu à Zi8. Battements aortiques, toux avec expectoration ti ès-difllcile de mucus bronchique visqueux, transparent, de couleur sucre d’orge; sibilance trachéo-bronchique, coliques intestinales suivies d’une garde-robe douloureuse et très-fétide;

1 excrétion de 1 urine est abondante, mais exige l’effort synergique des muscles abdominaux.

La prostration est toujours excessive, mais sans endolorissement musculaire. Sensation de baire épigastrique, sans que la pression de la région sus-ombilicale soit douloureuse.

Le tiouble de la vue est considérable, il m’est impossible de fixer les objets vivement éclairés. La bouche est mauvaise, la langue large, blanche, avec saillie des papilles; pas de soif. (Potages légers, biscuits à la cuiller, vin de Bordeaux coupé et sucré.) Les aliments sont pris avec plaisir , et la sensation du besoin revient brusquement toutes les heures, accompagnée toujours de fangoisse épigastrique.

La nuit, les sommes sont plus prolongés que la nuit précédente, mais le réveil est toujours pénible, 1 angoisse stomachique extrême, le besoin de prendre un liquide alimentaire impérieux.

Le merci edi 30. Pouls à Zi8, régulier: battements de l’aorte sous-diaphragmatique moins

piononcés; mais la tête, appuyée sur l’oreiller, perçoit les battements de cœur dédoublés en

quelque soi te, deux battements répondant à chacun des deux bruits. On pourrait les décomposer ainsi: i

— - vm - -

La toux continue, faiblesse générale sans céphalalgie ni embarras intellectuel, mais avec persistance du trouble de la vue.

Pour la première fois depuis samedi, je peux me lever pendant le temps nécessaire pour laiie le lit et soutenir sans fatigue la conversation. Le besoin d’aliments se manifeste toujours par une sensation pénible et quelques renvois gazeux, mais les potages légers sont pris avec

(1) Cette densité, relativement faible, paraît dénoter que la proportion d’urée a diminué.

plaisir, malgré une saveur âcre et désagréable dont la bouche est le siège ; la digestion n est pas pénible.

La nuit se passe en deux sommes profonds de trois heures chacun, dont le réveil s accom¬

pagne encore d’angoisse épigastrique.

Jeudi 31. Pouls à 48 ; le mieux continue, les forces reviennent, l’amaigrissement est considérable; les aliments sont pris avec plaisir, mais en petite quantité, la satiété survenant trèsvite; la digestion n’est pas pénible, mais le besoin se fait toujours brusquement sentir ,

annoncé par un spasme gastrique allant jusqu’à l’angoisse.

Je puis lire dans le demi-jour, mais, à la lumière vive, la vue est voilée par un brouillai d

jaune et lumineux; la nuit est encore meilleure que la précédente.

Vendredi 1er novembre. Pouls à 52; les battements aortiques ne sont plus perçus par moi; l’appétit et les forces augmentent, mais la vue est toujours trouble au grand jour. A deux heures, je peux me transporter à Versailles et faire à pied un court trajet sans être trop fatigué; la vue même s’est affermie.

Samedi 2. Pouls à 5â ; retour des forces, régularisation de l’appétit : on peut éloigner les repas et les faire plus substantiels; la langue est blanche; le besoin d’aliments se manifeste

par des chaleurs épigastriques et des pincements d’estomac.

Dimanche 3. Pouls à 56; la vue est redevenue nette; progrès des forces; l’appétit se pro¬

nonce et ne se manifeste plus par une sensation pénible de contraction stomacale et de gastrodynie; la toux n’a pas encore cédé et s’accompagne d’expectoration plus opaque et moins visqueuse; l’inspiration profonde détermine toujours du sifflement trachéo-bronchique. Ce symptôme fut le dernier à disparaître, et, huit jours après, j’avais retrouvé la plénitude de

mes forces et de ma santé.

Cette expérience, dont les conséquences furent si fâcheuses pour moi, avait complètement trompé mes prévisions. Imbu de l’idée qu’en dehors du principe amer, la digitale pourprée ne contenait aucune substance douée d’une action énergique sur nos organes, j’avais cru pouvoir prendre d’emblée, en une seule dose, les O gr. 45 de matière âcre, nauséeuse, séparée par l’éther de l’extrait hydro-alcoolique de digitale (produit n° 2), quoiqu’elle répondît à 100 gr. de poudre de digitale.

Le fait qui domine tous les phénomènes observés à la suite de l’ingestion de cette substance est l’action vomitive, toxique, dont elle est douée, avec ce caractère paiticulier, que l’effet ne commença à se manifester que huit heures après, laissant s’opérer normalement la digestion du repas qui avait suivi, et ne piovoquant aucun autre trouble fonctionnel de quelque importance que la ténacité et la violence des

vomissements, qui, pendant trente heures consécutives, se montrèrent, à 1 exclusion de tout autre symptôme grave, laissant en quelque sorte en dehois les autres appareils organiques, cérébral, respiratoire, circulatoire, sécrétoire, etc.

11 est vrai que, consécutivement, survinrent des phénomènes nouveaux annonçant une perturbation profonde: le trouble de la vue, le ralentissement du pouls, la diminution de la contractilité vésicale, les battements de l’aorte sous-diaphrag-

matique, l’anxiété, l’angoisse gastralgique, la toux avec expectoration pneumonique, etc.

Mais, pour le plus grand nombre de ces accidents, ne faut-il pas faire large part à l’ébranlement déterminé par des vomissements violents et prolongés, et restreindre d’autant celle qui peut appartenir en propre à l’action directe de l’agent toxique?

Relativement au ralentissement du pouls en particulier, ne faut-il pas, entre autres causes, admettre l’influence d’une petite quantité de digitaline dont on ne peut entièrement débarrasser le principe âcre? Resterait en propre à ce dernier, outre l’action vomitive, l’influence curieuse exercée sur la fonction visuelle et peutêtre l’acinésie vésicale.

Il nous restait à expérimenter le produit n° 3, matière amère, isolée autant que possible par l’alcool des autres substances ; mais l’atteinte portée à ma santé par l’expérimentation précédente, l’interruption qui en était résultée dans mes occupations professionnelles, le retour de la saison où les malades, plus nombreux, absorbent le temps du praticien, me mirent dans l’impossibilité de le faire immédiatement, et ce ne fut qu’au retour de septembre et du repos relatif qu’il laisse au médecin, que je dus songer à reprendre la suite de mes expérimentations.

Après une dizaine de jours consacrés à l’observation de mon état normal, le pouls oscillant entre 60 et 64 :

Troisième expérience. — Le mardi 20 octobre 1857, à sept heures du matin, le pouls étant à 60 (assis), je prends, avant le repas, 0 gr. 02 (1) du produit n° 3 (matière amère, séparée de l’extrait hydro-alcoolique par l’alcool concentré, après lavage à l’éther). Forcé de sortir immédiatement après, je ne puis en observer les effets.

Le mercredi 21, à six heures vingt minutes du matin, le pouls est à 60, régulier. Je prends 0 gr. 03 du même produit n° 3,

A sept heures quinze minutes, 60 pulsations. Déjeuner, après lequel le pouls monte à 6â.

A une heure après midi, 62 pulsations. Je prends de nouveau 0 gr. 03 du produit n° 3.

A six heures, 60 pulsations; après dîner, le pouls s’élève à 66.

A dix heures du soir, il est à 60. Je reprends encore 0 gr. 03 du même produit n° 3.

Le pouls ne descend pas au-dessous de 60 pulsations; mais la journée a été très-fatigante (courses longues et nombreuses par la pluie). Appélit, tiraillements d’estomac, insomnie.

Le jeudi 22, à six heures du matin, le pouls est à 62. Je prends 0 gr. 03 du même produit n° 3.

A sept heures, 60 pulsations; le déjeuner fait monter le pouls à 6â.

A une heure, 60 pulsations ; collation, longues courses par un temps affreux. Tiraillements

(1) Chaque centigramme répond à 1 gramme de poudre de digitale.

d’estomac, renvois aigres ; céphalalgie avec sécheresse des conjonctives. La pression sur le globe oculaire est douloureuse ; chaleur de la peau. Le pouls ne dépasse pas 60.

A sept heures, dîner ; la céphalalgie reparaît bientôt après avec la chaleur de la face et de

la paume des mains.

A neuf heures, 62 pulsations; coucher à dix heures et demie, nuit bonne.

Le vendredi 23, à six heures et demie du matin, le pouls bat 58 fois dans la position assise.

Je prends 0 gr. 05 du même produit nu 3.

A sept heures un quart, 57 pulsations. t .

A huit heures et demie, après déjeuner, 60 pulsations; tiraillements d’estomac; boulimie;

le pouls oscille entre 58 et 60 ; chaleur pénible de la paume des mains. Courses longues et faü- • gantes toute la journée; herpès fébrile. Le pouls dans les mêmes conditions de fatigue se serait élevé certainement à 68 ou 72 pulsations sans l’influence du principe amer de la digi-

taie, comme nous l’avons mainte fois constaté.

L’urine, pendant ces quatre jours, a, présenté une densité moyenne supérieure (1,026) et

un dépôt d’urates; la quantité rendue pendant les vingt-quatre heures est restée un peu audessous de la normale (1,600 gr.).

Forcé, par un surcroît d’occupations, de suspendre cette expérimentation, constamment contrariée par la fatigue et le mauvais temps, je laisse passer huit jours, pendant lesquels le pouls revient au type normal, 62 à 64 pulsations. Les difficultés que j’avais rencontrées pour apprécier les effets physiologiques de cette derntere préparation me font modifier ainsi 1 expéiimentation.

Quatrième expérience. - 1" novembre 1857, à six heures du matin. Après une nuit incomplète (j’avais été appelé auprès d’un malade), le pouls, dans la position assise, étant à 68, je prends 0 gr. 05 du produit n° 3 (substance amère), représentant 0 gr. 50 de pour re

de digitale. , .

A six heures vingt minutes, bain à+ 34» centigrades, alcalisé par 200 grammes de potasse

carbonatée. Le pouls est encore à 68.

A sept heures, il est descendu à 58 ;

A sept heures trente minutes, à 53. Sortie du bain.

Le déjeuner fait remonter le pouls à 56 ; diurèse abondante.

A midi, après courses nombreuses, il est à 60.

Le soir, il est à 62. (Toute la journée a été fatigante.)

Cet abaissement de 15 pirations (de 68 à 53) doit incontestablement être attribué en grande partie à l’action de la matière extractive amere; mais, poui «ei^ 'J à l’objection tirée de l’influence du bain sur le pouls, qu’il abaisse en elle! de o 6 pulsations par minute, je me soumets à une nouvelle expérimentation

, T r nnupmhrp 1857 après une journée peu fatigante et une

soirée de repos, le pouls élanl à 60, je prends, quatre heures après le repas (dix bernes soir), 0 gr. 10 du produit n»5 (susbstance amère), répondant àl gram.de poudre de digitale.

A onze heures, au moment de prendre le lit, le pouls est descendu à 5Zt. Pas de phénomène particulier; sommeil paisible; réveil à cinq heures quinze minutes. Le pouls est à 55.

A cinq heures trente minutes, après le lever, dans la position assise, 5Zi pulsations. Tiraillements d’estomac; la sécrétion urinaire n’est pas sensiblement modifiée en plus ou en moins; céphalalgie légère, faiblesse musculaire, bâillemnnts, nausées.

A six heures et demie, 5Zi pulsations.

A huit heures, immédiatement après déjeuner, 60 pulsations.

A dix heures 56 pulsations.

A midi, 60 pulsations; après collation, 62.

A quatre heures, 56 pulsations, céphalalgie, excitation cérébrale coïncidant avec faiblesse musculaire, bâillements, sensation de défaillance stomacale.

A neul heures du soir, 56 pulsations, courbature; chaleur de la face, de la paume des mains et de la plante des piede ; rien de bien appréciable dans la sécrétion rénale.

Nuit bonne; nous constatons une certaine lenteur de la miction, qui nécessite un effort des muscles volontaires pour aider la contraction vésicale.

Le 7, à six heures et demie, 62 pulsations; après déjeuner, 68; la sécrétion urinaire nous paraît augmentée pendant la journée.

Le lendemain, le pouls a repris la moyenne de 6/h

Cette dernière série d’essais avec le produit n° 3 (matière extractive amère) manifeste évidemment une action semblable à celle de la digitaline pure. Nous nous bornerons à rappeler, pour ne pas allonger inutilement ce travail, les expériences relatées dans notre mémoire et dans le grand travail soumis par Quevenne et moi à l’Académie de médecine, expériences renouvelées à plusieurs reprises avec des résultats assez constants pour inspirer la conviction. La différence ne porterait que sur la moindre tolérance de l’estomac et l’action déprimante observées sur la contractilité musculaire de la vessie. L’effet diurétique, peu manifeste d’ailleurs, s’est montré secondairement, c’est-à-dire plus de vingt-quatre heures après l’absorption de ce même produit n° 3.

Restait à étudier l’action de la substance séparée en très-petite quantité par le chloroforme (produit n<> 4) pour établir son degré d’énergie comparativement à la digitaline.

La solubilité de la digitaline pure (l) dans le chloroforme, qui ne dissout ni le tannate de digitaline ni les autres matières qui l’accompagnent dans l’extrait amer (produit n° 3), devait a priori nous faire considérer la substance ainsi séparée comme douée d une énergie sensiblement égale à celle de la digitaline. L’essai par la dilution nous fit lui reconnaître, en effet, une intensité d’amertume égale, et les expériences sur les grenouilles sont venues confirmer ce résultat.

L indépendance des divers systèmes organiques chez les grenouilles, leur vitalité

(1) Voir notre Mémoire sur la digitale et la digitaline , p. 93 et 106.

énergique et la persistance de la vie partielle des appareils isolés, permettent de saisir chez elles, mieux que chez les animaux supérieurs, dont la mort atteint simultanément l’organisme entier, l’action élective des substances toxiques. Nous avons pu voir aux laboratoires de M. le professeur Cl. Bernard et de M. Kuhn, qui avaient bien voulu nous permettre de suivre leurs expériences sur les agents toxiques, le curare, la strychnine, la nicotine, déterminer la mort par une action directe sur le système nerveux rachidien, en laissant subsister un certain temps la vie indépendante du cœur, tandis que l’upasantiar, le corwal, le poison de certaines flèches remises par M. Boussingault, le venin du crapaud, anéantissaient les mouvements du cœur, en laissant, en apparence, intactes, pendant un temps assez long, la sensibilité et la myotilité générales. La digitaline présente cette même action élective sur le cœur (1).

Nous avons donc eu recours à ce mode d’expérimentation pour étudier comparativement le mode et l’énergie d’action de la digitaline pure et du produit n° 4

séparé par le chloroforme. Nous nous bornerons à rapporter succinctement trois expériences à ce sujet:

1° Avec le produit n° 4 qui nous occupe en ce moment;

2° Avec la digitaline pure ;

3° Avec la strychnine, pour bien faire saisir le contraste des effets de cet agent toxique avec ceux de la digitaline.

Une grenouille normale était observée simultanément comme terme de comparaison.

Disons d’abord que la matière vireuse (produit n° 2) n’a pas manifesté d’action sur le cœur, chez la grenouille, et que celle-ci a survécu après avoir éprouvé pendant plusieurs heures une prostration considérable, caractérisée par l’affaissement de la tête, l’immobilité, le ramassement des membres sous le tronc, etc.

► Première expérience. — Le 17 juillet 1860, à deux heures, on introduit sous la peau du dos d’une grenouille forte et bien vivace 0 gr. 03 du produit n° U (substance séparée par le chloroforme).

A deux heures quarante-huit minutes, la grenouille présente des mouvements bien coordonnés et exécute des sauts vigoureux ; on la fixe sur une planche de liège pour découvrir le cœur, en enlevant une portion du sternum, avec la précaution de ne pas déterminer de hernie du poumon ou du foie.

Le cœur est immobile, fortement rétracté et exsangue.

A trois heures, la grenouille exécute encore des mouvements d’ensemble; la sensibilité persiste.

A trois heures dix minutes, la mort paraît complète.

(1) Plusieurs physiologistes l’avaient constaté déjà, et M. Cl. Bernard avait bien voulu expérimenter la digitaline que nous lui avions remise à cet effet.

Deuxième expérience. — Le 17 juillet 1860, à deux heures seize minutes, on introduit sous la peau du dos d’une grenouille vigoureuse et très-vivace 0 gr. 02 de digitaline pure.

A deux heures quarante-cinq minutes, les mouvements sont énergiques et bien coordonnés ; on fixe la grenouille sur une planchette de liège, et Ton met le cœur à découvert.

Celui-ci présente encore des contractions rares, 36 par minute , dans l’intervalle desquelles le cœur reste longtemps rétracté et exsangue avant de se dilater de nouveau.

A trois heures vingt minutes, il n’y a plus que 12 pulsations.

A trois heures quarante minutes, le cœur est immobile, rétracté, exsangue; la sensibilité

et la myotilité persistent.

A quatre heures dix minutes, mort complète.

Le cœur de la grenouille normale, observée comme terme de comparaison, mis à nu, continue de battre régulièrement 72 fois par minute; elle vivait encore le lendemain, et le nombre des contractions n’était pas modifié (1).

Troisième expérience. — Le 26 juillet 1860, à deux heures, on introduit sous la peau du dos d’une grenouille très-forte et bien vivace 0 gr. 015 de strychnine pure. Immédiatement ont lieu des mouvements violents, des sauts très-énergiques.

A deux heures six minutes, le moindre attouchement détermine des mouvements convulsifs.

A deux heures dix minutes, convulsions tétaniques des membres antérieurs qui restent roides, immobiles et insensibles aux excitations.

A deux heures douze minutes, immobilité des membres postérieurs; les yeux sont convulsés.

A deux heures quatorze minutes, l’immobilité et l’insensibilité sont devenues générales ; la cornée peut être touchée et piquée sans provoquer de mouvements.

De temps en temps on observe encore quelques faibles mouvements spasmodiques spontanés.

Le cœur, découvert, bat régulièrement UO fois par minute; apparence cataleptique.

A deux heures vingt minutes, la mort paraît complète, quoique le cœur continue de battre régulièrement.

A trois heures, on sépare les membres inférieurs, dont les muscles se contractent énergiquement sous l’excitation galvanique, tandis que l’application de celle-ci aux nerfs cruraux ne provoque aucune contraction.

Il ressort des expériences qui précèdent, que le produit n«> 4 (principe amer séparé par le chloroforme) est d’une énergie d’action aussi grande que la digitaline, et qu’elle n’en diffère que par quelques-uns de ses caractères physiques; les réactions chimiques étant exactement les mêmes, comme d’ailleurs nous avons pu le constater.

Nous croyons pouvoir résumer dans les propositions suivantes les conclusions de ce travail :

(1) Chez la grenouille tuée instantanément par la piqûre du bulbe céphalo-rachidien, on constate encore pendant 30 ou û0 minutes la régularité et l’énergie des battements du cœur.

1° La digitale pourprée et ses diverses préparations ne possèdent aucune action physiologique utile qui n’appartienne en propre à la digitaline.

2° L’action vomitive toxique de la matière âcre, nauséeuse, explique la tolérance plus grande de l’estomac pour la digitaline, qui en est absolument privée, et conduit, dans le choix des préparations pharmaceutiques de la digitale, à donner la préférence à celles qui ont eu l’eau pour véhicule ou pour menstrue; les préparations alcooliques ou éthérées retenant toujours une proportion plus forte de la substance nauséeuse.

La digitale pourprée contiendrait donc, au point de vue physiologique et thérapeutique, deux principes actifs : l’un, la digitaline, représentant l’action élective de la plante sur l’organe central de la circulation et sur la fonction uro-poétique ; l’autre, matière grasse, nauséeuse (acide digitoléique), doué d’une action vomitive énergique, et auquel il faudrait rattacher sans doute des phénomènes observés sur les organes visuels.

Paris. — Typographie Félix Malteste et O, rue des Denx-Portcs-Samt-Sauveur, 22.

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