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CHIMIQUE, TOXICOLOGIQUE ET MÉDICO-LÉGAL

Le mode de préparation de la digitaline n’a guère subi de modifications importantes depuis nos premiers travaux ; aucune de celles qui ont été proposées ne nous a paru réaliser un véritable progrès ; nous nous en tenons donc au procédé décrit dans nos mémoire antérieurs et qui a pris place au Codex (1).

Il est de toute évidence que le produit ainsi obtenu, digitaline chloroformique, représente les propriétés physiologiques et thérapeutiques de la digitale et en renferme le principe actif, s’il ne le constitue pas absolument. L’emploi de divers dissolvants doit donc permettre d’en éliminer les traces de substances étrangères qui l’accompagnent.

C’est par cette méthode analytique, c’est en essayant successivement le pouvoir de dissolution élective des divers menstrues, que nous sommes arrivés à obtenir la digitaline sous la forme d’un produit blanc et cristallin.

Voici comment nous avons opéré :

Vingt grammes de digitaline obtenue par solution dans le chloroforme, en suivant le procédé du Codex, sont traités à froid par la benzine, qui en sépare de la digitalose cristallisée et de la matière grasse, acide, nauséabonde (acide digitoléique).

Après ce premier traitement, la digitaline, séchée et pulvérisée, est lavée à l’éther pur qui dissout une substance jaune, visqueuse, aromatique, mêlée de cristaux microscopiques de digitalose, encore très-amère et retenant évidemment de la digitaline; puis reprise par l’alcool à 95° centésim. La solution filtrée sur 50 gr. de charbon animal, lavé successivement à l’acide chlorhydrique, à l’eau distillée et à l’alcool, est versée sur des assiettes et laisse, par évaporation à l’air libre, une

(1) J’avais remis en 1864 à la Commission du Codex, sur la demande de son président, une Note sur la préparation de la digitaline et fait, moi-même, au laboratoire de l’École de médecine, l’application du procédé sur 2 kilogr. de poudre de digitale.

couche mince, évidemment cristalline, entourée d’une zone jaune paille transparente sous forme de vernis. Les portions cristallisées étant mises à part, le reste du produit coloré, lavé à froid avec deux fois son poids d’alcool à 44° centésim ., et jeté sur un filtre, laisse passer une solûtion jaune citrine, tandis que le filtre retient la partie indissoute, blanche et manifestement cristalline sous le microscope. Repris, en effet, par l’alcool à 90° centésim ., ce produit cristallise et peut être réuni aux premières portions comme digitaline pure.

On peut simplifier le procédé de cette façon : La digitaline chloroformique lavée à la benzine et séchée avec soin, est dissoute dans cinq fois son poids d’alcool à 90° centésim ., et la solution filtrée est additionnée d’eau distillée qui en précipite £ la digitaline, sous forme d’une pâte molle qu’on malaxe dans l’alcool faible. Deux dissolutions et cristallisations successives fournissent un produit blanc et cristallin. Enfin, on peut isoler d’emblée et directement la digitaline par le mode opératoire suivant :

Dix kil. de poudre de feuilles de digitale pourprée, sont traités à froid par l’eau (méthode de déplacement) de manière à obtenir 30 litres de liquide pesant 1,050 à + 15° centig. Après l’addition successive de sous-acétate de plomb, de carbonate de soude et de phosphate d’ammoniaque (1), la liqueur filtrée, limpide, jaune orange foncé, au lieu d’être précipitée comme dans l’ancien procédé par le tannin, est agitée par portions successives dans un flacon à tubulure inférieure avec 500 gr. de benzine rectifiée qui est décantée et mise à part.

Le macéré digitalique est repris et agité de la même façon avec 500 gr. de chloroforme. Celui-ci, recueilli par décantation, offre une teinte jaune verdâtre pâle, qu’il perd par filtration sur le charbon animal lavé. Évaporée sur des assiettes, la solution chloroformique abandonne une substance jaune paille, transparente, vernissée qui, reprise par l’alcool à 90<> centigr. et filtrée à nouveau sur le charbon animal, donne par évaporation à l’air libre une couche blanche, cristalline, mamelonnée, entourée d’une zone plus colorée qu’on peut en séparer facilement.

En résumé, la digitaline chloroformique retient des traces de quelques substances qui s’opposent à sa cristallisation, et qu’on peut en éliminer par des lavages successifs :

1° A la benzine, qui enlève l’acide digitoléique et la digitalose ;

2° A l’éther pur, qui en sépare une matière résinoïde, jaune, molle, visqueuse, aromatique ;

3° A l’alcool faible (44° centésim.), qui entraîne, il est vrai, une faible partie du principe amer associé à la digitalide et à de la matière colorante, mais laisse indis-

(1) On peut encore, après l’addition de sous-acétate de plomb en excès, filtrer la liqueur et y faire passer un courant d'hydrogène sulfuré.

soute la plus grande partie de la digitaline désormais apte à prendre la forme cristalline.

Il est d’une extrême importance, dans la préparation de la digitaline, de séparer surtout deux substances qui peuvent en imposer sur la pureté et la beauté du produit : la digitalose et le digitalin, toutes les deux solubles dans l’alcool concentré et d’un blanc éclatant; la première d’une cristallisation magnifique. Ces deux substances, inertes, insipides quand elles sont tout à fait isolées, adhèient avec force à la digitaline dont une faible proportion peut leur communiquer l’amertume et les apparences d’un produit pur.

Convaincus, comme médecins, que les principes actifs des végétaux doivent être obtenus dans l’état qui les éloigne le moins de celui sous lequel 1 organisme vivant lésa élaborés dans la plante, conduits par l’expérience à constater combien ces principes sont facilement altérés ou modifiés par les agents énergiques, nous avons repoussé de la préparation de la digitaline l’emploi de la chaleur aussi bien que celui des réactifs chimiques qui auraient pu la modifier.

Ce mode de traitement, appliqué d’ailleurs à d’autres plantes : digitale jaune et ferrugineuse, gratiole, scille, petite centaurée, pentstsmon gentianoïdes , nous a peimis d’en extraire des produits analogues à la digitaline.

La digitaline pure se présente sous la forme de cristaux microscopiques, blancs, réfractant fortement la lumière. Les cristaux, quand la digitaline se dépose au sein d’une solution concentrée, se réunissent généralement en groupes mamelonnés qui, sous le microscope, présentent une foule d’aspérités brillantes et une cassure rayonnée.

® La digitaline cristallisée est très-amère et provoque, quand on en dépose une parcelle sur la langue, un sentiment d’engourdissement assez persistant. L’amertume, encore sensible dans une solution renfermant par litre d’eau, 3 milligrammes de digitaline, est à peu près double de celle de la quinine pure ; elle est environ moitié de celle de la strychnine.

La digitaline a une action très-irritante sur la peau dénudée de son épiderme et sur les muqueuses; la plus faible quantité de digitaline pulvérulente répandue dans l’air, provoque de violents éternuements ; une parcelle introduite dans 1 œil détermine, après quelques minutes, de la douleur et du larmoiement, suivis plus tard de trouble de la vue, lié à une certaine opalinité de la cornée; enfin un véritable spasme de la glotte peut résulter de la présence de quelques particules de digitaline dans l’air inspiré.

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