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ANALYSE ÉLÉMENTAIRE

La moyenne de trois analyses nous a donné les résultats suivants :

Ces chiffres diffèrent peu de ceux donnés pour la digitaline chloroformique dans notre mémoire de 1864 :

Il est impossible, avec ces données et sans connaître le poids anatomique d’une substance qui ne forme pas de combinaisons définies , de déterminer une formule % exacte.

Nous n’avons pas constaté de différences importantes entre la digitaline cristallisée et la digitaline chloroformique, au triple point de vue de l’amertume, des réactions et propriétés chimiques, et enfin de l’action physiologique ou plutôt toxique.

Le degré d’amertume déterminé par la méthode de dilution, offre à peine une nuance un peu plus prononcée pour la digitaline cristallisée.

Les propriétés chimiques sont pour ainsi dire identiques ; les réactions sont les mêmes, mais la digitaline chloroformique est un peu plus soluble dans l’eau et l’alcool faible. Elle abandonne à l’éther pur une matière résinoïde, molle, aromatique et de la digitalose. Enfin elle retient encore un peu de digitalise qui paraît faciliter sa solubilité dans l’eau.

Des expériences comparatives instituées pour étudier la puissance toxique des deux produits (digitaline cristallisée, digitaline chloroformique) n’ont pas permis de constater un degré d’énergie sensiblement plus grand à l’un qu’à l’autre.

Il nous paraît, de plus, qu’il sera de toute impossibilité, dans une expertise médico-légale, de ramener à l’état cristallin la parcelle de poison sur laquelle on opère ; tandis que la solubilité dans le chloroforme, l’amertume intense, la réaction chlorhydrique et enfin l’action toxique sur la grenouille, formeront des éléments de conviction le plus souvent suffisantes.

La digitaline obtenue directement par l’agitation avec le chloroforme d’un macéré de digitale, est plus belle que celle préparée au moyen du tannate; mais nous avons dit quelle faible proportion donnait ce procédé. Les liqueurs digitaliques restent chargées d’une proportion considérable de principe amer que le chloroforme n’en peut isoler; peut-être en raison de sa combinaison avec la digitalide. Reprises, en effet, par l’ancien procédé, elles ont donné un tannate dont nous avons séparé une nouvelle quantité de digitaline chloroformique qui a pu, à son tour, être amenée à l’état cristallin, au moyen de lavage à l’alcool faible (44° centésim.). Faut-il supposer que les portions solubles séparées par ces lavages, cons-

tituent une digitaline différente de celle que nous avions obtenue sous forme cristalline? ou bien l’obstacle à la cristallisation tient-il, comme dans la mélasse, à la présence de certains corps combinés ou simplement juxtaposés. En d’autres termes, faut-il admettre dans la digitale pourprée plusieurs principes amers doués des mêmes propriétés organoleptiques et ne différant que par quelques caractères physiques ou chimiques? Les expériences suivantes nous paraissent permettre d’affirmer le contraire.

Les liqueurs alcooliques faibles, provenant des lavages de la digitaline cristallisée, agitées avec une petite quantité d’oxyde de plomb hydraté préparé par précipitation du sous-acétate, sont filtrées et mêlées à du charbon animal lavé. Le mélange séché est repris par l’alcool à 95° centésim ., et donne une nouvelle quantité » de digitaline cristallisée, dont il faut séparer encore une petite portion soluble dans l’alcool faible, mais susceptible d’être amenée presque entièrement à l’état cristallin par le même procédé.

En présence des résultats si nets qui nous montraient dans la digitale l’existence d’un seul principe actif amer, nous étions conduits à nous demander si la digitaline soluble (digitaline de Merck) constituait un principe immédiat distinct, doué de caractères véritablement spécifiques. Voici l’expérience que nous avons faite pour nous édifier sur ce sujet :

20 grammes de digitaline de Merck sont traités par l’alcool à 95° centésim. qui n’en dissout que 7 gr, 40. Cette portion, évaporée à l’air libre, se présente sous l’aspect d’un vernis jaune pâle, fendillé, non hygrométrique; ses réactions ne diffèrent que par leur intensité de celles de la digitaline chloroformique ; son amertume est sensible dans une solution à 0 gr, 006 par litre.

Traitée par le chloroforme, elle lui abandonne 1,80 de digitaline presque pure, qui, après lavage à la benzine et à l’éther, est redissoute dans l’alcool à 95<> centésim. et cristallise.

Les 12 gr, 60 insolubles dans l’alcool à 95° centésimaux sont traités par l’aicool à 80° centésim.; on obtient ainsi 8 gr, 10 d’une matière qui se dépose en écailles brunes, sèches, transparentes, insolubles dans le chloroforme, d’une amertume très-affaiblie, mais dont on peut, après l’action de l’hydrate de plomb, séparer une nouvelle quantité de digitaline pure.

Le résidu (4 gr, 50) présente une masse blanchâtre, pulvérulente, conservant un peu d’amertume, et assez analogue au digitalin.

Nous avons constaté une décroissance des effets toxiques en comparant la digitaline pure à celle de Merck et celle-ci au produit qu’en sépare l’alcool à 80° centésim.

Deux faits ressortent évidemment de ces recherches :

1° La digitaline dite soluble est un produit complexe dans lequel la digitaline pure est unie à une proportion notable de matières inertes ;

2° Le degré de pureté influe d’une manière considérable sur la solubilité dans l’eau, de sorte que celle-ci semble être en raison inverse de l’autre.

Enfin, nous regardons comme parfaitement démontrée la proposition suivante, qui résume nos recherches chimiques : Il n'existe dans la digitale pourprée qu'un seul principe actif amer , méritant le nom de digitaline (1).

Les substances qui accompagnent la digitaline dans la plante sont connues grâce aux travaux de Quevenne, de Kossmann et aux nôtres. Elles n’offrent, en général, qu un intérêt purement chimique; nous voulons seulement appeler l’attention sur la matière acide, grasse, vireuse, nauséabonde séparée par la benzine ( acide digito léique ), dont les effets toxiques diffèrent de ceux de la digitaline. (Y. Archives générales de médecine , juillet 1861.)

En résumé, la conclusion pratique à laquelle conduit l’étude de la digitaline cristallisée peut se formuler dans les propositions suivantes :

La digitaline est un principe immédiat d’une nature bien définie, un médicament d’une composition toujours identique.

Elle a sur le cœur une influence régulatrice et ne devient un agent perturbateur que dans les cas où l’on a dépassé les doses thérapeutiques.

Enfin, sa préparation entraîne l’élimination d’une matière nauséeuse toxique, acide digitoléique , qui l’accompagne dans la plante.

Si la digitaline n’a pas été unanimement accueillie par le Corps médical, on peut expliquer ce fait : 1° par la qualité très-différente des produits livrés au commerce sous le nom de digitaline (v. Goethals, Histoire chimique de la digitaline , Gand, 1864); — 2° par la divergence des opinions émises et le désaccord des descriptions données par les chimistes qui n’agissaient pas sur des produits identiques.

Un autre fait non moins fâcheux, c’est qu’en général, les auteurs n’ont pas tenu un compte suffisant des travaux antérieurs à leurs recherches; de là des redites ou des contradictions, et surtout une synonymie qui n’a pas peu contribué à compliquer la question. On a créé des noms nouveaux pour des produits déjà dénommés, on a attribué des noms anciens à des corps pour lesquels ils n’avaient pas été créés; le nom même de digitaline a été enlevé au principe actif amer, ainsi désigné dès l’origine.

Il serait inutile et fastidieux de faire ici l’énumération des noms plus ou moins étranges dont s’est trouvée ainsi encombrée l’étude de la digitale; mais il y a,

(i) L’unicité du principe actif amer de la digitaline nous paraît ressortir également des expérimentations nombreuses faites dernièrement sur les grenouilles à l’hôpital militaire du Gros-Caillou. Si ces expériences ne permettent pas, en effet, de se prononcer sur l’intensité relative d’action des diverses digitalines ilomolle , Nat icelle, Merck, Tromsdorjf, Morson, digitaline chloroformique extraite des fleurs, des graines, du suc de la digitale pourprée, des feuilles des digitales jaune et ferrugineuse, elles conduisent au moins à admettre une action de même nature, des effets physiologiques semblables, indiquant identité du principe actif.

croyons-nous, justice à rappeler que les corps étudiés dans le premier mémoire d’Homolle et Quevenne sont, aujourd’hui encore, ceux sur lesquels on possède les données les plus certaines.

Disons, enfin, que, depuis bientôt trente ans, la thérapeutique est douée d’un agent nouveau, énergique, constant dans ses effets, et consacré par la plus large expérimentation.

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